Face aux américains, que se passe-t'il au Venezuela

Philippe Brindet - 8 Janvier 2026

Pour légitimer le coup de Caracas - l'enlèvement par Trump du Président élu du Vénézuela et de sa femme - la presse occidentale excipe d'une dictature et de la volonté unanime du peuple vénézuelien qu'on le débarrasse de son dictateur ... C'est étrange qu'un "peuple" demande à l'étranger de le débarrasser de son dictateur, mais après tout ... C'est le droit des peuples à ce qu'on dispose d'eux ....C'est nouveau. Cà vient de sortir ...

Pendant des années, les mêmes auteurs de la presse occidentale ont loué le socialisme populaire de Chavez et Maduro, de leur tendance communiste, etc. la grandeur du protecteur Fidel Castro, etc.

Le problème de la presse occidentale est qu'elle doit se comporter le plus souvent de "sujets" comptant moins de mille mots ou de séquences vidéo durant moins de deux minutes. Au delà, elle perd le cerveau alangui de ses clients ... Dire la "vérité" dans de telles conditions est impossible. Alors on en reste aux slogans, aux clichés, ... Et ce sont eux qui restent dans l'opinion publique complètement trompée.

J'ai voulu en savoir plus. Et c'est encore plus compliqué que je le craignais.

Sur la dictature de Chavez, la presse occidentale depuis quelques jours présente deux preuves :

  • le témoignage de réprimés par le pouvoir chaviste décrivant l'horreur des prisons et des détentions arbitraires ; et
  • l'émigration massive qui n'aurait pas lieu sous un régime débonnaire ....

La preuve par les répressions est difficile.

Hier soir une télévision française citait un témoin détenu de manière arbitraire par le régime de Chavez et qui était horriblement torturé. Pensez ! On lui montrait des versets de l'Apocalypse et une photo de ses parents ! L'horreur guoi ...

Pour évaluer le degré de dictature, il faut donc chercher ailleurs. J'ai trouvé un document de l'ONG progressiste américaine Human Wright Watch qui intitule un document de 2013 : "Venezuela: La dérive autoritaire léguée par Hugo Chávez - Une extrême concentration du pouvoir et un mépris affiché pour les droits humains fondamentaux". On trouve surtout la "concentration de pouvoir" exemplifiée par le noyautage de la Cour Suprême.et "et un mépris flagrant pour les garanties fondamentales en matière de droits humains," HRW détaille :

  • Atteinte à l'indépendance de la Justice
  • Atteinte à la liberté de la presse
  • Refus de la supervision internationale en matière de droits humains
  • Solidarité avec les gouvernements qui violent les droits humains

Le document de HRW source un de ses rapports : "Tightening the Grip: Concentration and Abuse of Power in Chávez's Venezuela" (« Une mainmise accrue du pouvoir : concentration et abus sous le régime de Chávez au Venezuela ») Là aussi, les exemples donnés montre une répression des plus modérées. Ainsi, une militante des droits de l'homme participe à une émission de TV qui ne plait pas au régime. Elle est ensuite visée par une plainte pour financement américain et reçoit des menaces de mort d'origines non identifiées. C'est regrettable, mais largement répandue partout en Occident, en France notamment.

Par ailleurs, l'ingérence de services non identifiés animés par le gouvernement des Etats-Unis dans le but d'organiser des changements de régime sont réglulièrement dénoncés en Occident, et dernièrement, à la tribune des Nations-Unis par l'économiste américain Jeffrey Sachs. Aussi la mise en cause judiciaire d'une militante des droits de l'homme pour financement illégal n'a strictement rien d'étonnant et certainement pas de nature à qualifier de "dictature" un régime quelqu'il soit.

La preuve par l'émigration est elle aussi très peu démontrée.

Ainsi, depuis le coup de Caracas, les télévisions françaises sont inondées de "témoignages" de femmes- très maquillées et à l'accent hispanisant - et qui semblent vivre au moins aussi bien que la majorité de la bourgeoisie française.

J'ai donc un peu recherché ce que pourrait être l'émigration vénézuelienne. On trouve assez vite des documents Et cette émigration est en effet massive assez bien documentée. Depuis l'arrivée de Chavez au pouvoir en 1999, un peu moins de trente ans, elle s'élèverait entre 4 et 6,5 millions d'émigrants pour une population résiduelle en 2024 de 28 millions d'habitants. Celà représente donc une émigration moyenne de l'ordre de 160.000 et 260.000 vénézueliens par an. C'est très important, et sur du long terme semble t'il.

Cependant, il faut noter des circonstances particulières.

Suivant sa politique constante depuis les années 1940 de changement de régime, les USA ont instauré des sanctions commerciales, économiques et financières sévères contre le Venezuela. Ainsi Wkipedia rapporte :

Les sanctions contre le Venezuela sont des sanctions économiques contre le gouvernement de Nicolás Maduro mises en place essentiellement par les États-Unis, l'Union européenne, le Canada, le Royaume-Uni, la Suisse, le Panama et le Mexique.

Sous le mandat de Nicolás Maduro, les sanctions américaines s’accroissent dès 2013, après sa victoire à l'élection présidentielle, qui n’est pas reconnue par l'opposition et les États-Unis. En décembre 2014, le Congrès américain approuve la « loi publique de défense des droits de l’homme et de la société civile au Venezuela ».

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sanctions_contre_le_Venezuela

Or, l'économie du Vénézuela était florissante jusqu'à cette époque de sanctions. En 1950 le Vénézuela était le 4° pays du monde en terme de PIB par habitant. L'économie du pays est alors désorganisée par les chutes brutales du cours du pétrole (1974, par exemple) et par les politiques néolibérales imposées dans les années 80-90 par le FMI pour restreindre la dette. Il s'ensuit un appauvrissement du pays, une instabilité politique qui amène par des élections générales Chavez et Maduro au pouvoir.

Contrairement à ce qui est avancé, Chavez et Maduro ne sont pas communistes comme Castro. Ils sont étatistes autoritaires, mais démocrates ... Ils sont en fait des bolivariens, le régime inventé par Simon Bolivar au XIX°siècle pour libérer l'Amérique du colonialisme espagnol. Chavez et Maduro nationalisent largement et mettent le secteur privé sous surveillance de l'Etat. La France en prélevant 58% des richesses produites par le secteur privé ne procède pas autrement. Mais au Vénézuela, les intérêts américains sont alors mis en cause et les USA décident de promouvoir un changement de régime.

Au début, le chavisme a de bons résultats économiques surtout auprès des classes populaires. La pauvreté recule mais l'industrie aussi. Le pétrole et les autres ressources minières deviennent de plus en plus mal exploités. Mais dans l'ensemble, la population s'accoutume bien au chavisme. C'est à la fin du dernier mandat de Chavez que les sanctions occidentales se font le plus sentir et Maduro se rapproche alors de la Chine, de la Russie et de l'Iran, provoquant l'ire du gouvernement américain qui soutient ouverteent l'opposition de centre-droite disposée à lui redonner l'accès au pétrole et aux mines qui intéressent le secteur privé américain.

La situation économique, sociale et politique se tend alors sous Maduro. Et là, la situation devient très difficile.

Le problème des élections de Maduro

Les élections de Maduro et les élections législatives qui les suivent soulèvent des protestations véhémentes de l'opposition battue, mais soutenue par Washington. Sans accès à des sources indépendantes, il est difficile d'assurer la licéité des élections sous Maduro. De sorte que mes lecteurs doivent comprendre que je ne soutiens aucunement le régime de Maduro. Simplement je ne sais pas. J'ai des doutes sérieux sur la légitimité des protestations de l'opposition, contrôlée par les américains, doutes qui ne rendent pas, bien entendu, légitimes les élections sous Maduro.

Mais j'ai aussi une charge contre son régime qui se révèle peu à peu. Elle n'est pas encore entièrement certaine, mais elle fait peser une ombre de plus sur le régime de Maduro. C'est l'affaire Smartmatic.

Smartmatic.

C'est une affaire qui, pour moi, remonte aux élections américaines de 2020 : l'affaire dite des machines à voter. Plusieurs sociétés étaient dans le coup : Dominion était la plus connue. Mais il y avait aussi une société Smartmatic. Quel était le problème.?

Eb démocratie, le vote par bulletin est traditionellement manuel et la collecte des bulletins, puis leur comptage et enfin la capitalisation des résultats forment un processus complexe et susceptible de nombreuses interventions frauduleuses sans compter les erreurs involontaires. Dans les années 2000, la téléinformatique avec des machines à voter électroniques connectées par un réseau de communication à un serveur central semblait la solution technique idéale avec le principe :" il suffit de contrôler les machines à voter, leur réseau et le serveur pour s'assurer de la parfaite régularité du processus électoral."

En réalité, tout le problème réside dans le : "il suffit de ...". Toujours est-il qu'en 1999, trois ingénieurs vénézueliens installés en Floride décident de concevoir, puis de fabriquer et installer une machine électronique à voter. Ils fondent une société américaine dans le Delaware (paradis fiscal) et exploitent leur business en Floride.

Leur premier client est ... Chavez aux élections de 2004. Smartmatic va assurer 14 élections au Venezuela pour arrêter sur un fiasco en 2018.

Smartmatic va se développer de manière très importante. Il va même installer des machines à voter dans plusieurs Etats des Etats-Unis pour les élections présidentielles de 2020 qui sont l'échec de la réélection de Trump. A l'époque, une autre société exploite elle aussi des machines à voter et aussi bien Dominion que Smartmatic sont accusés de ne pas avoir fourni un processus électoral sûr. En réalité, judiciairement, les plaintes n'ont pas abouties.

Mais, le doute s'installe sur la "maniabilité" du processus électoral par voie "électronique". Au bout du compte, une partie - qui ne remporte pas nécessairement les élections ... - est favorisée par des manoeuvres somme toute pas très compliquées.

L'effet des élections "Smartmatic" sur la légitimité du régime de Chavez et Maduro

Je n'ai trouvé aucun document authentique permettant de pencher d'un côté ou de l'autre. Les élections vénézueliennes sont-elles régulières ou non ? Par contre, l'influence de Smartmatic qui peut donne rle moyen au régime ou à son opposition de corrompre le processus de vote est indéniable. Seulement, Smartmatic a-t'il installée une seule machine de vote ou a-t'il entièrement équipé tous les buraux de vote vénézueliens ? Je ne sais pas.

D'ailleurs la fraude peut parfaitement être ailleurs. Je ne sais pas.

Le problème est aussi que les Etats-Unis pouvaient aussi corrompre le processus électoral vénézuelien en influant sur la société SMartmatic. Ils auraient favorisés Chavez et Maduro pour instaurer une condition favorable à leur changement de régime. On note par exemple :

En juillet 2017, le Trésor américain annonce des sanctions contre 13 actuels et anciens hauts responsables gouvernementaux du Venezuela. Le secrétaire au Trésor des États-Unis, Steven Mnuchin ajoute : « Chaque personne qui participera à l'Assemblée constituante et qui affaiblit le processus démocratique au Venezuela doit savoir qu'elle s'expose à des sanctions américaines ».

Excipant d'un "affaiblissement du processus démocratique", les USA se donnent le droit d'intervenir au Vénézuela. Une fraude électorale par machine électronique serait un moyen idéal.

Quelques références

  1. https://en.wikipedia.org/wiki/Smartmatic
  2. https://threadreaderapp.com/thread/2007661600803525094.html : General Mike Flynn
    @GenFlynn
    Jan 4 • 4 tweets
  3. https://www.maurizioblondet.it/maduro-dara-dei-guai-alla-cia/
    Maduro darà dei guai al Deep State?
    Maurizio Blondet - 05/01/26
  4. https://www.maurizioblondet.it/larresto-di-maduro-e-una-operazione-contro-il-deep-state-usa/
    L'arresto di Maduro è una operazione contro il Deep State USA (spiegato bene)
    Maurizio Blondet - 07/01/26

Le problème de la "démocratie" et du changement de régime américain

Le régime occidental maitrisé par les Etats-Unis est le régime démocratique. Or, les Etats-Unis, à l'instar des révolutionnaires français jacobins, considèrent que le régime démocratique est le seul qui doive exister parce qu'il est le seul à appliquer et à garantir les droits de l'homme. Et les droits de l'homme déterminent un homme unique, l'homme des droits de l'homme. En pratique l'homme des droits de l'home est un individu. Ainsi, les démocrates occidentaux, comme les jacobins de 1793, tiennent que les peuples sont partout identiques, pour la raison que chaque peuple est conmposé d'individus chacun astreint aux droits de l'homme. Il en résulte que les individus étant partout identiques à l'homme des droits de l'homme, il n'existe qu'un seul régime politique admissible celui de la démocratie. Tous les autres doivent être détruits au nom de l'idéologie des droits de l'homme.

De ce fait, le régime occidental, étant le seul régime démocratique, a le droit et l'obligation d'organiser par tous moyens le changement de régime d'un régime qui ne serait admis comme démocratique par le régime occidental.

Comme le disait froidement Mnuchin : affaiblir le processus démocratique, c'est s'exposer aux sanctions américaines. Ne pas se soumettre au régime américain, c'est s'exposer au changement de régime.

Là dessus, la liberté, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le droit d'autres régimes à évoluer librement dans le monde, tout celà n'existe pas. Les jacobins de 1793 avaient un slogan qui expose la chose clairement : "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté". La guillotine, les barges coulées dans la Loire, les fours à pain de Vendée sont la solution du régime démocratique. Les américains ont mis en place un autre moyen : le changement de régime. Par tous moyens. Depuis les ONGs chargées de surveiller et d'encadrer les forces soumises à la démocratie, en passant par l'infiltration économique et financière et finalement l'enlèvement violent des organes de direction d'un régime non démocratique, comme celui de Maduro à Caracas, les américains considèrent qu'ils ont le droit de changer le régime politique qui ne se soumet pas au régime démocratique.

C'est la raison pour laquelle le coup de Caracas, comme plus de cinquante autres opérations fomentées par les américains et leurs vassaux démocratiques, doit être condamné avec la dernière force. Il ne s'agit pas de démocratie en ce qu'il serait le gouvernement du peuple. Il s'agit de la tyrannie insensée de gens affamés de rapines comme Donald Trump aux USA ou Ursula Von Der Leyen dans sa vassale UE.

Que le régime de Caracas ne soit pas soumis au régime américain qui, en réalité usurpe la démocratie, c'est une vérité que je suis disposé à accepter. Celà ne justifie pas le régime de Caracas, mais celà délégitime la tyrannie de Trump.

Et Platon l'avait montré : la démocratie se corrompt naturellement en tyrannie. C'est fait.






Revue C-Politix (c) 08 Janvier 2026