Iran entre révolution et changement de régimeLa situation est encore confuse - du moins depuis l'occident - parce que nous manquons d'informations fiables sur l'Iran. Il semble que des manifestations, de plus en plus violentes et hostiles au régime islamiste de Téhéran, seraient réprimées par des tirs des milices islamistes dans la foule des manifestants. L'importance de ces manifestations, l'importance de la répression mortelle sont assez imprécises. Le régime islamiste de Téhéran protesterait de l'implication des Etats-Unis et/ou de Iraël dans une manoeuvre clandestine de "changement de régime". La presse occidentale ne retient pas cette situation et estime que les conditions économiques et les conditions de la répression sociale islamiste provoqueraient la révolte des populations iraniennes. Cependant, les menaces de Trump, les menaces de Netanyaou, répétées depuis plusieurs mois, jointes aux bombardements qu'ils ont appliqué sur l'Iran, le récent coup de Caracas, rendent vraisemblables l'hypothèse d'un changement de régime organisé par les occidentaux, US et Israël - l'UE ne compte pas. Maintenant, la presse occidentale rapporte - surtout sur le témoignage de l'opposition iranienne en exil - de la violence de la contestation populaire contre le régime islamiste. On est cependant étonné de la débauche d'articles condamnant le régime islamiste pour des règles sociales imposées aux femmes alors que ces règles sont en vigueur dans les rues de Paris, de Londres ou de Bruxelles, qu'elles sont en vigueur partout au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Au sujet du changement de régime "en cours" en Iran, il est étrange de chercher à "énerver" les bourgeois parisiens parce qu'une fille a été arrêtée en bikini dans une rue de Téhéran ou parce que les Iraniennes ne veulent plus être voilées. Ah bon ? Alors qu'elles le sont partout en Europe, au Moyen-Orient et en Asie du Sud sans que l'occident ne s'en émeuve. Tout ceci rend suspectes la peinture médiatique des "colères populaires iraniennes". Maintenant, les conditions économiques iraniennes sont probablement très dures actuellement. Il semble qu'il n'y ait plus d'eau à Téhéran - probablement à cause des bombardements américains et israéliens et peut être aussi par incurie du régime islamiste. De ce fait, la colère du peuple iranien pourrait en effet conduire à un rejet violent de l'islam politique qui leur est imposé par les mollahs. D'un autre côté, le régime islamiste est en place depuis cinquante ans, soit deux générations. Il est probable que beaucoup de ses règles et disciplines aient été intégrées par les iraniens et qu'ils les trouvent normales. L'évaluation doit être strictement inverse pour les iraniens émigrés en Occident, mais qui ne sont plus de culture islamiste, même si, pour partie d'entre eux, ils restent musulmans. Et de fait, la tonalité des médias occidentaux semble reproduire plutôt la position standard de la diaspora iranienne plutôt que la position standard du peuple en Iran. Les occidentaux devraient aussi se souvenir qu'ils sont largement responsables de la prise de pouvoir des religieux chiites. Ils ont protégés l'ayatollah Khomeiny. Ce dernier était hébergé par Giscard d'Estaing en France, à Nauphle-le-Château. C'est la valise diplomatique de l'ambassade de France à Téhéran qui portait les cassettes audio des discours de Khomeiny en Iran. La presse occidentale de l'époque était remplie d'articles dénonçant avec la dernière extrêmité les exactions de la police politique du Shah d'Iran, la redoutable Savakh. Depuis quelques jours, la presse occidentale, malgré les réticences de Trump, évoque la possibilité que l'occident remette le pouvoir politique au fils du Shah déchu. Depuis toujours, dès que la CIA entre dans le circuit, tout est possible en politique ... Attendre et voir. Maintenant, le changement de régime en Iran, s'il comble les "voeux" des USA et d'Israël, pourrait être une catastrophe géopolitique pour la Russie qui perdrait un de ses alliés les plus proches. Et une catastrophe économique pour la Chine qui verrait s'interrompre la voie terrestre de sa Route de la Soie. Russie et Chine pourraient-ils perdre le lien avec l'Iran ? La Russie a déjà perdu la Syrie, suite à un changement de régime conduit par la CIA. La perte de l'Iran accroîtrait la pression américaine sur sa frontière sud. Cependant, le rôle de la Turquie pourrait évoluer si l'Iran s'effondre. Elle pourrait se rapprocher de la Russie ou au contraire accroître son influence en Asie centrale, de l'Azerbaidjan au Khirgistan. Et rendre encore plus délicate la position géopolitique de la Russie. Cependant, l'effondrement du régime islamiste iranien - sous réserve qu'il ne soit pas remplacé par un autre régime encore plus antisioniste et antiaméricain - donnerait de l'air à l'Amérique et surtout à Israël très menacé depuis plusieurs années par le Hezbollah et par les factions yéménites, liés à l'Iran des mollahs Pour revenir à Trump et à sa "version" de la doctrice de Monroë, l'implication des américains dans un changement de régime en Iran serait un écart à la doctrine trumpienne, puisque le National Security Statement (NSS) de Décembre 2025 affirme renoncer au changement de régime en dehors de la "forteresse" des continents américains. Le changement d'année introduirait ainsi deux exceptions : Israël avec l'Iran et l'Union Européenne avec le Groenland ... C'était bien la peine d'écrire un NSS de 30 pages pour en rester à l'impérialisme des Bush et Obama ... Mais dans ce cas, Trump augmente seulement la bellicosité de sa géopolitique. Le succès du coup de Caracas ne devrait pas le faire oublier : Trump n'a pas les moyens d'une géopolitique belliqueuse. Il contraint seulement la Russie et la Chine à prendre leurs responsabilités militaires ... Et çà n'est pas très rassurant. |