La crise du catholicisme

Philippe Brindet - 22 Janvier 2026

Je dois déclarer quelques positions de base :

  1. Que le monde aille bien ou mal n'est pas une préoccupation raisonnable. Le monde va et c'est ainsi.
  2. La croyance en un âge d'or qu'il date de 20, 200 ou 2000 ans - ou plus - est une croyance qui, comme toutes les croyances, se respecte. Passons à autre chose.
  3. Si on se place à un niveau suffisamment élevé, la marche du monde peut s'évaluer en fonction du respect de règles sociales élémentaires données. Les choses se troublent quand on redescend de niveau.
  4. A un tel niveau élevé, les philosophes et les religieux ont tous accepté que le monde va bien si le bien est le moteur, et il va mal si le mal est le moteur.

Or, à ce niveau d'observation du monde, et particulièrement du monde occidental, on peut s'accorder que, si les conditions matérielles se sont considérablement améliorées en Occident, la situation d'ensemble de l'Occident se dégrade et aujourd'hui, la situation est terrible. Or, l'Occident est mû historiquement par le catholicisme. Mais ce dernier se trouve dans une situation de crise inégalée, approchée peut être par le monde dans lequel il évoluait naguère. Le catholicisme et le monde dans lequel il évolue se trouvent tous deux dans unedébâcle que bien peu ne voient pas.

Voici une chronologie d'un naufrage coordonné du monde occidental et du catholicisme.

  • Première étape : Luther ;
  • Deuxième étape : la Constitution civile du clergé de 1791;
  • Troisième étape : la succession de Saint PieX ;
  • Quatrième étape : Le concile Vatican II.
I

Le choc de Luther est celui de la "Justice" en tant qu'elle est une émanation de la raison commune à tout individu." "Ma raison" me commande de dénoncer l'injustice des ecclésiastiques et de leurs nervis, les rois et leurs officiers, ..." Luther commet l'erreur primordiale : celle de s'arroger la puissance de juger qui n'appartient qu'à Dieu. Et Lüther avait de bonnes raisons pour faire celà parce que le catholicisme accumulait les fautes épouvantables contre Dieu. Mais, malgré tout, il se plongeait entièrement dans le Péché Originel et sa tentation radicale : "vous ne mourrez pas si vous vous arroger le droit de juger du bien et du mal". Luther renvoyait le christianisme 6.000 ans en arrière, annulant le judaïsme et le christianisme.

Luther a cependant un aspect positif : il dénonce la faillite du catholicisme à appliquer seul le règne du Christ. L'aspect négatif, c'est qu'il le fait en retournant à un stade primitif de l'humanité dont elle avait eu le plus grand mal à se sortir. Mais la Réforme de Luther, c'était résoudre un énorme problème en provoquant une catastrophe quasi cosmique. Accidentellement - ou pour d'autres raisons - Dostoïevsky trois siècles après Luther va pointer du doigt la même faute du catholicisme avec la Légende du Grand Inquisiteur. "Pourquoi reviens-Tu ? Nous tenons le peuple comme il convient. Nous n'avons nul besoin de Toi. Pourquoi ne trembles-Tu pas devant le pouvoir que j'ai de Te remettre en Croix !"

Nous sommes, nous autres catholiques, entraînés à considérer la Réforme - Luther, Calvin, ... - comme complètement extérieure au catholicisme. Pour nous autres catholiques, des "hérétiques" ont commis un schisme et professent toutes sortes d'hérésies. Et nous ne cherchons pas trop à savoir. Du moins jusqu'en 1960 environ ... Or, Luther, Calvin, Mélanchton, ... se développent de l'intérieur même du catholicisme. A la fois leur critique du catholicisme et les développements "positifs" de leur dogme - ou théologie comme il vous plaira - sont du catholicisme absolu, radical. Tellement radical qu'il n'en reste rien.

II

C'est ce qui, deux cent ans plus tard explose en Europe avec quatre mouvements qui se déroulent simultanément ou presque de 1770 à 1791 dans le catholicisme en quatre points de l'Europe :

  • le joséphisme en Autriche-Hongrie ;
  • le conciliabule d'Ems en Allemagne ;
  • le concile régional de Pistoia en Italie, and not the least ...
  • la Constitution civile du clergé de 1791 en France.

Ces quatre mouvements internes au catholicisme du XVIII° siècle se développent presque simultanément. Ils sont en continuité ontologique avec le protestantisme même s'ils refusent leur adhésion à ce mouvement ancien alors, et prévenu "schismatique". Si nous retenons le mouvement de la CCC de 1791 - qui a été le plus avancé et le mieux réussi .. même s'il s'effondre rapidement sous le poids de sa propre contradiction - ses traits avec l'organisation ecclésiastique qui sort toute frippée du Concile Vatican II sont patents. Retenons deux de ses traits :

  • l'intégration du catholicisme au régime révolutionnaire qui se prétend républicain, plutôt pour se démarquer de l'Ancien Régime plutôt que pour référer à Platon, à Cicéron ou Aristote ;
  • le rôle républicain des fidèles non ecclésiastiques pour contrôler et gouverner les ecclésiastiques à l'intérieur du régime politique.

On sait que le mouvement républicain de la CCC 1791 va être tragiquement interrompu en 1793. Mais, ce mouvement a divisé en deux parts à peu près égales le catholicisme français d'abord, mais ensuite par la victoire de la Révolution et de l'Empire et par les trois autres mouvements précités, le catholicisme de toute l'Europe. La première partie du catholicisme peut aujourd'hui être qualifiée de progressiste, attachée à la répubique en ce qu'elle est démocratique et sociale, largement laïque et anti-cléricale. La seconde partie, hélas attachée à l'Ancien Régime monarchique et clérical, a conservée seule le caractère religieux du catholicisme. Mais, sauf quelques années sous Charles X - et encore ... - cette partie du catholicisme n'a pas triomphée de la première qui a franchie les trois règnes monarchiques pour parvenir intacte à la Révolution socialiste de 1848. Révolution qu'on retrouve au même moment partout en Allemagne et en Italie. Il n'y a pas eu de résolution de l'opposition idéologique profonde entre les deux parties du catholicisme. Par paresse intellectuelle, les catholiques préfèrent ronronner leurs croyances et se contentent de cette admiration béate qu'ils soient de la première ou de la seconde partie.

Or, cette dichotomie religieuse entraîna l'absence de résistance contre un autre mouvement social qui se renforçait depuis Luther. C'est le mouvement rationaliste appuyé sur la montée de la bourgeoisie commerçante, puis financière, bourgeoisie que les subtitlités religieuses de l'une ou l'autre des deux parties catholiques ennuyaient progidieusement. Ce mouvement rationaliste a mis tout le monde d'accord dans le catholicisme : les conservateurs en les remisant dans leurs réserves d'"indiens de la République laïque et indivisible" et les progressistes dans les couloirs des ministères de la République ou les antichambres de la bourgeoisie d'affaires.

III

La grande catastrophe éclate en 1914. Et cette catastrophe n'est pas d'abord le déclenchement douteux de la "Grande Guerre", mais celle de la succession du Pape Saint Pie X. Ce dernier comme presque tous les Papes du XIX° siècle, ressortait largement de la seconde partie du catholicisme, sa partie conservatrice. Très nettement, l'espoir d'une restauration de la monarchie catholique en Europe avait été considérablement amoindri, même s'il ressortait de temps à autres comme une vieille tradition qu'on ne parvenait pas à oublier. Mais encore plus nettement, et à la suite de Pie IX, Pie X a compris que le problème du catholicisme venait de cette dichotomie entre la première partie progressiste et la seconde partie conservatrice. L'intuition de ce Pape extraordinaire a été de désigner la première partie comme l'ennemi de l'intérieur et de considérer que le plus grand danger n'était pas la République ou la Démocratie, indubitablement des ennemis mais de l'extérieur, mais les catholiques qui adhéraient de l'intérieur du catholicisme aux dogmes progressistes. A l'époque, les catholiques les désignaient comme des modernistes.

Or, après avoir condamné à plusieurs reprises le progressisme catholique et ses liens avec les ennemis extérieurs du catholicisme, Pie X entrepris de mettre en place des structures ecclésiastiques pour écarter la partie progressiste. Et le drame fut que Pie X mourut sans avoir pu donner son essor à son initiative d'élimination de la partie progressiste ennemie. Son successeur fut nommé par l'action du mouvement progressiste à la fois à l'intérieur du catholicisme et à l'extérieur dans la bourgeoisie progressiste. Il ne fut plus question ni de dénoncer "les ennemis de l'intérieur" ni de soumettre la partie progressiste du catholicisme qui, de ce fait put croître tranquillement dans une organisation qui lui était pourtant étrangère par nature.

Maintenant, il faut aussi reconnaître que la Grande Guerre de 1914 fut aussi funeste en elle-même à la fois pour le catholicisme - parce que beaucoup de catholiques, ecclésiastiques compris, furent tués sur le front - que pour la bourgeoisie progressiste qui fut largement ruinée en Europe et céda sa primauté à la bourgeoisie américaine. L'occident est mort en 1914 en Europe, dans les plaines françaises faites pour produire du blé et qui recueillirent des millions de cadavres. Annexe de l'Europe, la vitalité commerçante de l'Amérique ne la sauva pas d'être entraînée dans le naufrage.

Sur les décombres de 1918, le progressisme put se développer aussi bien dans la partie du catholicisme qu'il s'était ménagé, que dans la société de plus en plus matérialiste et anti-religieuse de l'Occident en décadence. Le conservatisme avait été définitivement vaincu.

IV

L'acte de scission du catholicisme de l'Eglise date de la clôture du Concile Vatican II. Parvenu au paroxysme de l'orgueil, le catholicisme progressiste parvint à déclarer que le catholicisme se ralliait au monde" par le fameux aggiornamento déclaré par Jean XXIII et confirmé par Paul VI. La déclaration solennelle du progressisme catholique signala en réalité la sortie définitive du catholicisme de l'Eglise. Et ce fut en réalité, non pas le triomphe du conservatisme qui imagine être resté seul dans le catholicisme avec Jean-Paul II puis Benoît XVI, mais celle du progressisme qui triomphait à peu près en même temps dans le catholicisme et dans le monde occidental avec Bergoglio puis Prévost. Et cette victoire totale fut la défaite, l'effondrement, la disparition tant du catholicisme que de l'Occident.

Le problème, c'est que personne, ni parmi les catholiques progressistes, ni parmi les catholiques conservateurs n'a conscience que le catholicisme a passé de trois à cinq siècles à péricliter en sortant progressivement de l'Eglise catholique. Ainsi, aujourd'hui encore, ne dites pas à un ecclésiastique catholique, qu'il soit conservateur ou progressiste, qu'il n'appartient plus à l'Eglise catholique. Il vous prendra pour un fou et ne vous répondra même pas.

Mais, les gens raisonnables constatent que, malgré les protestations de bonne santé, les divers catholicismes subsistant ne sont que des ruines. Or, ceci n'étonne pas ceux qui appartiennent toujours à l'Eglise catholique. Ces gens restent cachés, et parfois ils l'ignorent ou le croient pour de mauvaises raisons. Un membre de l'Eglise catholique n'est pas celui qui se soumet aux diverses formes de dégénerescence du catholicisme, mais celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu qui sauve les hommes qui croient en Lui et proclament son Nom. Ce n'est pas plus difficile que celà. Qui est membre de l'Eglise catholique ? C'est cette petite vieille qui s'agenouille devant une croix en pleine campagne ou qui apporte quelques fleurs devant une statue de la Vierge. C'est ce petit vieux minable et fragile qui ferme les yeux et prie silencieusement son chapelet. Le christianisme est très simple et réservé aux gens simples.

C'est tout.

Je simule ici des questions de lecteurs interloqués par mon discours.



Q. : Votre analyse est essentiellement intérieure au conservatisme. Il n'est donc pas possible pour un progressiste d'accepter cette analyse. Qu'en dites-vous ?

R. : En effet, j'écris depuis le conservatisme, en réalité le traditionalisme que j'ai rejoint en 2007, en provenance du progressisme. Mais, je dois indiquer que dans ce que je qualifie de progressisme - radicalement la réception de la messe issue du Concile Vatican II, se trouve aussi un conservatisme. Un certain nombre de catholiques ont en effet acceptée la messe du Concile dans un esprit d'obéissance à l'Eglise et y tiennent aujourd'hui comme si c'était la tradition de l'Eglise. Confrontés à la vieille messe en latin, ils la considèrent d'un regard désolé comme une innovation coupable.. C'était en réalité mon cas avant 2007. Mais finalement, exaspéré par les délires progressistes qui s'étalaient à la faveur de la messe concilaire, j'ai renoncé à l'assistance à cette messe, à laquelle les progressistes exigeaient d'ailleurs que j'y "participe".

C'est ultérieurement que je me suis trouvé devant un certain nombre de contradictions qui m'ont conduit à la conclusion que le catholicisme - qu'il soit conservateur ou progressiste - avait quitté l'Eglise catholique.

Aussi j'entends la seconde partie de votre assertion tandis que j'estime ne pas mener d'analyse depuis le conservatisme. Par contre, à mon grand regret, je suis d'accord avec votre impossibilité d'admettre mon analyse. Celà n'a aucune importance. Chacun est libre.



Q. : Votre façon de "juger" l'Eglise est absolument révoltante. Qu'en dites-vous ?

R. : Il faut me lire avec plus d'attention. J'ai fait très attention à ne pas utiliser le nom "Eglise" dans la description des quatre étapes de la décadence du catholicisme et de l'Occident qu'il a pourtant magistralement édifié. Le catholicisme emporte la conviction d'être la seule Eglise catholique, apostolique et romaine, assurée dans la Vérité, et Mère de toute sagesse religieuse. Cette conviction ne suffit pas à réaliser l'identification du catholicisme historique à l'Eglise catholique toujours et partout>.

Le catholicisme a été la tentative désespérée des chrétiens envoyés ou suscités en Occident de faire triompher l'Eglise catholique dans le monde occidental. Et cette tentative a produit la plus grande civilisation que le monde ait connue : la civilisation occidentale.

Tout le problème du catholicisme a été de ne recevoir que les éléments "posutifs" de la mission confiée par Jésus à ses apôtres. Le catholicisme à l'origine a bien compris le précepte de base du christianisme : "Allez et enseignez et de toutes les nations faites des disciples.". Mais, ce précepte est éclairé par un autre précepte : "Je vous envoie dans le monde, mais vous n'êtes pas de ce monde". Et alors là, le catholicisme s'est entièrement trompé.

Le catholicisme a défailli une première fois en s'associant intimement au régime européen dès l'époque médiévale jusqu'à l'époque moderne. Dans cette première faute, le catholicisme peut cependant être relativement exonéré parce que son triomphe initial s'est produit quand le monde romain dans lequel le christianisme se diffusait s'est effondré. Sur les ruines romaines, l'action historique du catholicisme a produit la civilisation européenne. Le problème apparait quand les Nations sont véritablement devenues des disciples. Et le catholicisme, alors identifié à l'Eglise catholique, ne s'est pas "gardé du monde">.

Par ailleurs, la diffusion de la religion chrétienne était si puissante que même si les relations avec les maîtres de l'Occident étaient critiques, celles avec les peuples étaient bonnes et même excellentes et ressortaient largement de la mission confiée par Jésus.

Enfin, le catholicisme, même original, est conscient qu'il est composé d'hommes faillibles parce que chrétiens. Un chrétien est nécessairement un mauvais chrétien. Il paraît que, notamment dans ses relations avec les maîtres du régime occidental, le catholicisme a été imprudent. Mais il était encore dans les limites ontologiques de l'Eglise. Et celà notamment parce que malgré des fautes inadmissibles, les maîtres de l'Europe sont largement restés catholiques. Et les peuples étaient dans leur immense majorité animés par une foi, peut être limitée à l'aune des exigences modernes, mais très profonde. De sorte que le catholicisme alors est réellement dans l'Eglise.

Le problème du catholicisme et de l'Eglise se pose bien plus tard, à partir de la première étape du processus de décadence du catholicisme et de l'Occident.où il glisse du régime monarchique à celui de la démocratie avec la même "évidence". Le catholicisme progressiste, adoptant l'idéologie du "monde occidental" devient un apport aux forces progressistes avec qui il cooopère. Or, le progressisme occidental est radicalement anticlérical. De sorte que l'association du catholicisme progressiste avec les forces progressistes anticléricales réalise la sortie du catholicisme de l'Eglise catholicisme qu'il persécute.



Q. : Le progressisme occidental n'est pas anticlérical. Il est laïc c'est-à-dire qu'il sépare la politique de la religion. Il n'est pas anti-clérical pour celà. Qu'en dites-vous ?

R. : Il est bien connu que les progressistes laïcs estiment que le principe de laïcité est déjà posé par l'Evangile dans lequel il est prescrit : "Rendez à César ce qui est à César". Or, ce précepte évangélique affirme les droits de Dieu face aux droits de César quand le principe de laïcité progressiste exige le repli de la religion dans la sphère privée, entendant que "Dieu" n'a aucune légitiimité dans la sphère publique ce qui est faux. Sauf à être anti-clérical.

Maintenant, il est vrai que, notamment en France où l'anti-cléricalisme a été extrêmement puissant au début du XX° siècle, ultérieurement, notamment dans le régime gaulliste, on en est venu à admettre une "laïcité" moins anti-cléricale. Par ailleurs, l'anti-cléricalisme se diffusait à une époque où le catholicisme était encore majoritaire en France. Il est loin de l'être actuellement, ce qui démontre une érosion constante depuis cette époque. La laïcité politique a donc bien été une arme anti-cléricale.



Q. ; Votre position critique semble excessive. Rien dans l'Histoire de l'Eglise depuis plusieurs siècles - cinq si je compte bien - ne trouve grâce à vos yeux. Comment peut-on dès lors prendre au sérieux votre analyse ?

R. Je suis désolé que vous pointiez mon extrêmisme et j'espérais que mes références à des faits historiques suffiraient à me conserver un statut d'observateur neutre. Je n'ai rien à voir dans cette affaire et vous non plus je pense. Simplement, cette analyse critique de l'Histoire de l'Eglise conduit à estimer que le dernier Pape a été Pie X et que depuis, chacun d'eux s'est si éloigné de la mission de l'Eglise qu'il a fini avec Bergoglio et Prévost à en sortir complètement. Et ils ont à la fois été entraînés par le catholicisme progressiste et ils l'ont entraînés par leurs renoncements.

Or, le catholicisme est une religion qui est extraordinairement hiérarchique et juridique. Tout part du Pape, puis des évêques et enfin des prêtres. Les fidèles n'ont aucune importance dans cette hiérarchie. Nous ne sommes que des moutons sous le contrôle de "bergers".

Or, de cette situation, la hiérarchie catholique en a toujours été consciente et avec sa compromission avec le régime occidental - rois chrétiens jusqu'au 19° siècle, puis démocraties athées à partir du XX° - son mépris des laïcs est devenu extrêmement gênant pour eux. Les efforts du Concile Vatican II ont été seulement théoriques pour parvenir à une "théologie du laïcat" admise par la hérarchie. C'est seulement depuis que la hiérarchie, alarmée par la sortie rapide des fidèles de la structure ecclésiastique que la hiérarchie anime seule, que la hiérarchie catholique tente désespérement de rattraper en leur confiant de plus en plus de tâches. Ainsi, dans certains secteurs du catholicisme, les laïcs ont entièrement pris le contrôle. C'est le cas largement en Allemagne avec la démarche du "chemin synodal" et les mouvements "Wir sind Kirche". Mais cela existe aussi aux USA, en France, en Espagne, ;..

Or, la nouvelle intervention des laïcs, qui est plus concédée par la hiérarchie qu'un mouvement autonome, est surtout animée par une revendication de la société "civile" hors de l'Eglise. Les laïcs qui peu à peu investissent la hiérarchie catholique sont des activistes athées ayant une motivation politique pour utiliser la "puissance" de l'Eglise - dont ils se font une idée largement fausse - dans un but de propagande. C'est essentiellement par une double motivation anti-cléricale et progressiste "woke" que ces laïcs ont investi l'Eglise.

Je conviens que des catholiques "sincères" se joignent sans comprendre à ce mouvement de laïcisation de la hérarchie catholique. Mais, l'analphabétisme dans la société occidentale fait de tels ravages que ces braves gens sont incapables de la moindre activité critique et se laissent emporter par le mouvement de destruction du catholicisme.

Toute cette "laïcisation" de la hiérarchie catholique renforce d'ailleurs le mouvement de sortie historique du catholicisme de l'Eglise.

Par ailleurs, il est clairement établi qu'un nombre de plus en plus élevé de membres de la hiérarchie catholique sont devenus complètement athées souvent en dissimulant leur apostasie derrière des protestations idéologiques douteuses. Prévost est clairement un spécialiste de ces manoeuvres destinées à masquer son athéisme. Bergoglio n'avait aucun état d'âme et ne se masquait même pas.

Si le haut de la hiérarchie catholique ne dissimule même plus son athéisme, les étages intermédiaires sont bien entendu entièrement acquis à l'athéisme. Le mode d'accession à la hiérarchie catholique l'exige.

Cependant, plus on "descend" dans l'échelle hiérarchique, plus la confession d'un Dieu Trinitaire devient sincère et s'identifie à la confession de foi de l'Eglise catholique. C'est la raison pour laquelle il reste très certainement dans le catholicisme des groupes de fidèles et de prêtres, mais aussi d'évêques, qui restent membres de l'Eglise catholique et qui de ce fait, animent encore aujourd'hui la partie visible de l'Eglise catholique. Cette dernière n'est pas du tout en voie de disparition. Seulement, elle est extraordinairement persécutée par l'Occident et son régime. Autrement dit, les ennemis de l'intérieur dénoncés par Pie X ont pris le contrôle de la hiérarchie catholique qui devient complice des persécutions du régime athée.



Q. : Votre analyse est d'un pessimisme épouvantable. Or, ce pessimisme ne semble pas en accord avec l'optimisme de la foi catholique toujours confessée par l'Eglise. Que répondez-vous ?

R. : Le pessimisme et l'optimisme n'ont rien à voir avec la foi catholique. Si le Christ s'était laissé guidé par ces sentiments, Il n'aurait jamais accepté la mission de sauver le monde. Or, Jésus a été à la fois optimiste et pessimiste. "Quand le Fils de l'homme reviendra sur Terre, trouvera t'Il la Foi ?" n'est pas une déclaration d'un optimisme débridé. Or, l'analyse historique du catholicisme est essentiellement un cheminement sur le fondement de cette déclaration de Jésus.

C'est la raison pour laquelle je vous conjure de ne pas cèder aux impressions de l'agréable ou du désagréable. Il faut aller au fond des choses pour réaliser une analyse correcte. Rester à leur surface nous emprisonne dans l'erreur.



Q. : Vous prétendez mener une analyse rationnelle. Mais, au bout du compte, vous décrétez autoritairement que tel est catholique ou tel ne l'est pas. De quel droit vous arrogez-vous un tel pouvoir ?

L'idéologie "pastorale" a fait des ravages épouvantables dans le catholicisme. Je vous assure que la critique de cette idéologie vous permettra d'avancer dans le mouvement critique. Au contraire, si vous y cédez, alors vous serez prisonnier de l'erreur. La hiérarchie catholique impose l'obéissance et elle l'a imposé de tous temps. Seulement, la gravité de la situation historique doit faire rejeter les hallucinations de l'obéssance. Elles sont souvent très agréables et déclenchent des réactions animales de satisfaction dont il faut se défaire par l'étude, l'analyse, le débat, ...

Or, le tyran impose toujours l'obéissance. Le message évangélique est clair sur le rôle de la raison dans l'acquièscement à l'autorité. Dans la Somme théologique, Saint Thomas commence par examiner la force des différents arguments qui fondent l'obéissance de la Foi. Et il estime que le plus faible de tous est l'argument d'autorité.

Nous pouvons donc admettre l'obéissance, mais quand elle est soumission à l'autorité, elle ne peut intervenir que lorsque la raison est impuissante à nous dicter notre conduite.

Jésus a été explicite sur ce rôle de la raison dans la liberté du croyant. "Alors ils comprirent qu’il ne leur avait pas dit de se méfier du levain pour le pain, mais de l’enseignement des pharisiens et des sadducéens." (S. Matt 16, 12) Cette méfiance est l'appel à l'usage de la raison. "Méfiez-vous des prétendus prophètes! Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups voraces. " (S. Matt. 7, 15) L'analyse historique de la sortie du catholicisme de l'Eglise n'est qu'une application de ces paroles de Jésus.

Je note que je ne décide pas si tel est catholique ou pas - quoique parmi la hiérarchie, il est loisible de désigner les bergers mercenaires et les faux prophètes. Je me borne à constater qu'un mouvement social historique est sorti historiquement de l'Eglise catholique. A chacun de juger.



Q. : Votre analyse historique est bien succincte pour parvenir à la conclusion que vous donnez. Pouvez-vous préciser des faits plus probants que les allégations que vous faites ?

R. Il y a des mouvements de la raison qui l'épuisent. Si on détaille une analyse au prétexte de la rendre incontestable, on empêche l'examinateur de l'analyse de parvenir à une idée claire de celle-ci. Je peux en effet ajouter des détails qui renforcent l'analyse succinte. Si on regarde un paysage, il faut prendre du recul pour en saisir l'ensemble. L'accumulation de plans de détail ne fait que cacher le paysage.

La Foi dans le Christ est radicalement adhésion au Bien qui est Jésus Lui-même. Et nous savons que le Bien produit le Bien. Aussi comme on juge d'un arbre à ses fruits, nous jugeons le catholicisme à ses fruits. Quand il a produit des cathédrales, la conversion de foules dans le monde entier, ... nous comprenons qu'il adhère au Bien. Mais quand il produit des cataclysmes, des guerres, des destructions sans nombre, alors nous savons qu'il n'est pas de Dieu.

La perversion de la hiérarchie est connue, exposée partout. Ce ne sont qu'abus sexuels, dilapidations de richesses, pactes avec les pires maux de la société occidentale, essentiellement rassemblés dans le progressisme woke.

Je conviens que de nombreux membres de la hiérarchie, de nombreux fidèles se gardent encore de l'erreur. Mais, celle-ci a fini par infester la partie la plus puissante de la hiérarchie catholique. Plus encore, l'absence de résistance aux progrès du progressisme, dès les années qui ont suivies le pontificat de Pie X dans la hiérarchie catholique a profondément pollué la théologie, le droit et les autres secteurs de la vie catholique. Bien sûr, de nombreux textes qui ont été produit à cette époque conservent la rectitude attendue. Mais ils sont environnés d'une doctrine infectée qui a corrompue les esprits et les pratiques.

Ainsi, les textes du Concile Vatican II comprennent de nombeux passages qui sont doctrinalement sûrs. Mais, ils sont environnés de formules critiques. Et souvent les esprits ont été trompés par des références à ces textes que l'on demandait d'accepter dans leur ensemble alors qu'il s'y trouvait des déclarations fausses.

Ainsi, même des auteurs prestigieux comme le Pape Jean-Paul II ont laissé prospérer des actes officiels, des ouvrages , mais aussi des actions sociales tout à fait dommageables alors que souvent, eux-mêmes exposaient des affirmations sages. On peut ici évoquer le préambule de l'Encyclique Ecclesia de Eucharistia vivit. On note que même le Pape Paul VI dont l'action durant le Concile a été si maléfique a écrit des pages splendides. On peut penser à l'encyclique Mysterium fidei.

C'est encore le cas du Pape Benoît XVI qui a développé deux initiatives qui ont pu faire espérer un certain renouveau. Il faut évoquer :

  • l'herméneutique de la continuité qui inscrit le catholicisme dans une interprétation du Concile Vatican II en continuité avec la Tradition de l'Eglise et
  • la législation de Summorum Pontificum qui reconnaît la pleine force de la messe latine de Saint Pie V.

Ces deux avancées démontrent que Benoît XVI était pleinement conscient de la catastrophe dans laquelle se trouvait le catholicisme et à laquelle il tentait d'y porter remède. Or, les ennemis de l'intérieur qu'avait déjà dénoncé Pie X ne lui permirent pas de rester et le contraignirent à la démission. Ils désignèrent alors Bergoglio parce qu'il était un affidé résolu du progressisme woke qu'il imposa alors dans le catholicisme romain comme seule option admise, rejetant totalement la tolérance de deux catholicismes que Benoit XVI avait imprudemment tenté à la suite des papes qui s'étaient succédés après Pie X.



Q. : Acceptons la faillite du catholicisme que vous dites. Qu'a t'elle à voir avec une faillite du monde occidental. Ce dernier a certainement des problèmes. Mais, le bien-être, la santé, l'éducation, la culture, ... n'ont jamais été si avancés. Nous vivons en Occident dans la liberté parfaite accordée par la démocratie.

R. : La faillite de l'Occident est une chose acceptée très largement. Simplement, si vous appartenez au décile le plus riche de la société occidentale, vous êtes excusable de ne pas vous en rendre compte. Mais l'excuse n'empêche pas l'erreur. Vous avez seulement l'aveuglement de ceux qui profitent encore du système. Je voudrais souligner que l'Europe et les Etats-Unis, mais beaucoup d'autres états rattachés comme le Canada, ou la Nouvelle-Zélande se débattent dans une misère qui croît de plus en plus vite. Pire, ce que vous louez, le bien-être, la santé, l'éducation, la culture, ... sont dans un état catastrophique. Pour ne parler que de l'enseignement, l'illetrisme est partout dans tout l'Occident. L'ignorance s'étale partout parmi les actifs de la société occidentale.

La société occidentale est actuellement la proie du Mal le plus hideux : avortements, euthanasie, viols, rapines, vols, meurtres, ... familles détruites, sociétés locales disparues, ...Tout sombre dans la barbarie la plus effrayante. L'incurie des castes dirigeantes est effarante aussi bien dans la société civile que dans la société politique. Dans cette dernière, les élus n'ont pas d'autre compétence que celle se se faire élire et de se maintenir dans sa sinécure. Toutes les élites sont soumises aux idéologies les plus effarantes : genrisme, féminisme, racisme, climatisme, écologie destructive, ... et toutes ces idéologies conduisent à la destruction accélérée de l'Occident.

Vous évoquez la liberté accordée par le régime politique de la démocratie. Aujourd'hui, la liberté est de plus en plus réduite, par exemple par la surveillance des moyens de communication : courriers, presse, commerce, vidéosurveillance, ... par le contrôle politique de l'individu et de ses liens sociaux, les réglementations interdisant presque toute initiative personnelle ou collective, .... Actuellement, la tyrannie est en place et commence son essor.

Je ne veux pas insister sur cet aspect. Il est d'ailleurs largement développé dans le monde des idées hélas de plus en plus éloigné des cercles de pouvoir.

Les sociétés humaines n'ont plus de traits nationaux et s'en font gloire. Les sociétés humaines n'ont plus d'enfants et s'en font gloire. Les sociétés humaines éliminent sans pitié les vieillards et les malades. Cette dernière barbarie était jusqu'à ces derniers temps masquée autant que possible. Mais, depuis quelques années, le mouvement d'euthanasie s'installe licitement en Hollande, en Belgique, au Canada. Bientôt en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, ...

Ce qui caractérse la société occidentale actuelle est sa soumission complète au Mal, en tant qu'il est révolte contre le Bien. Cette situation ne s'est pas installée en un temps. Cela fait ongtemps que les puissances de l'Occident ont rejeté le Bien et progressivement adoptées le Mal. Ce rejet du Bien a été synchrone avec celle de l'Eglise catholique. Dans ce mouvement, beaucoup de catholiques ayant adhéré au Monde, ont progressivement abandonnée l'Eglise catholique dans le mouvement que j'ai décrit plus haut.

Rappelez-vous le principe de base des philosophes et des religiux que je rappelais au début de cet écrit : "le monde va bien si le bien est le moteur, et il va mal si le mal est le moteur". Nous y sommes.






Revue C-Politix (c) 22 Janvier 2026