Chute du régime syrien - Quelques observations au 15 Décembre 2024

Philippe Brindet - 15/12/2024

Les nouvelles sont formelles. Le Président syrien Bachar el Assad a été chassé de Damas par la rebellion sunnite activée depuis 2008 par les services spéciaux américains.

En dehors des Alaouites et de leur Président Assad, les grands perdants sont certainement les Iraniens quoiqu'on ne sache pas encore combien et ce qu'ils ont perdu. On ne peut le supposer que par leur absence de réaction militaire à la désagrégation du régime des Assad. Ensuite, viennent les Russes qui seraient en train de perdre leurs bases militaires dans la province syrienne de Lattaquié. Enfin, il y a diverses composantes présentes en Syrie et alentours comme les Kurdes, les Chrétiens, ... Mais, pour l'instant, on ne sait pas l'étendue des dégâts subis par les uns et les autres. Sauf pour les Assad. Pour eux, c'est - semble-t'il - terminé.

Du côté des gagnants, les premiers - et peut être les seuls gagnants - sont les services spéciaux américains qui ont été les protégés et les protecteurs des démocrates aux Etats-Unis. Ce sont eux qui, en 2008, ont lancé le mouvement de destruction des régimes laïcs au Proche-Orient, y installant à la place des régimes islamistes, souvent terroristes. Ce mouvement serait sur le point de s'achever sur un succès quasi total, puisque la Syrie était le dernier lieu où un régime effrontément combattu par les services spéciaux américains, résistait encore.

Or, du fait de leurs liens 'bidirectionnels" avec les démocrates - vaincus à la récente présidentielle emportée par Trump - il existe une certaine probabilité - pas très élevée - que ces services spéciaux subissent une épuration de la part de l'administration Trump. Leur écrasante victoire sur Assad pourrait alors être leur dernière. Mais, très clairement depuis au moins les années 1980, la géopolitique de ces services spéciaux aura été celle du chaos. Ils l'ont effrontément semé partout dans le monde. Le Moyen-Orient est partiellement dans cet état de chaos à cause d'eux. C'est le cas aussi de certaines régions d'Afrique, comme l'Ethiopie, la Somalie, le Niger, ...

Depuis, les années 1980, les services spéciaux US tentent d'introduire le chaos en Russie et en Chine. Selon eux, la Russie devait être une proie facile. Primakov, puis Poutine, leur ont ôté leurs plus grands espoirs de réussite. Très clairement, la guerre en Ukraine laisse apparaître une forte composante de déstabilisation provenant des services spéciaux US et de leurs "proxies" ukrainiens, notamment, mais polonais et baltes également. On citera le sabotage du gazoduc Nord Stream II, l'attentat contre le philosophe russe Duguin, l'attentat terroriste contre le Théâtre de la banlieue de Moscou, ...

Les actions des groupes islamistes qui ont renversé Assad sont typiques de celles organisées pour le compte des services spéciaux américains. La seule composante manquante que l'on trouvait en 2008 - 2012 était la présence d'ONG américaines comme Avaaz, qui soutenaient ouvertement les organisations djihadistes. En 2024, on n'a pas entendu parler de leur intervention. Mais celà peut venir.

Un "gagnant" de second rang est certainement Israël qui se précipite sur le sud de la Syrie et qui détruit autant qu'il peut de dépôts d'armes et de munitions de l'armée de Assad,, des iraniens et possiblement des russes. On note que l'administration Biden cherche à transférer autant d'armes et de munitions prises à l'armée de Assad vers l'Ukraine, qui a d'ailleurs participé avec ses dronistes à l'avancée des groupes djihadistes.

Un "gagnant" beaucoup plus hypothétique est la Turquie. Il ne semble pas qu'elle ait engagé de troupes régulières dans l'avancée et les liens des groupes djihadistes vainqueurs avec la Turquie sont probables, mais pas avérés au point d'apporter du territoire syrien à Erdogan. Plusieurs drones turcs seraient intervenus pour aider les djihadistes syriens lors de leur offensive. On n'en sait pas beaucoup plus.

La plus forte inconnue est certainement la sécurité des minorités en Syrie, chrétiens, alaouites, chiites, ... Selon certaines sources, des exactions seraient en cours. Mais elles ne sont pas détaillées par la presse officielle.


Revue C-Politix (c) 15 Décembre 2024