De la Soufrière de 1976 à la Covid 19

Philippe Brindet - 9 Mars 2021

Il y a 45 ans presque que les autorités politiques et géophysiques ordonnaient l'évacuation d'une partie de l'Ile de la Guadeloupe dont la population était menacée par l'imminente et annoncée explosion du célèbre volcan de la Soufrière. Importance locale en 1976. Importance nationale et même mondiale en 2019. Mais, le théâtre des deux événements met en scène les mêmes personnages caricaturaux et les mêmes motifs scéniques avec toujours le mensonge et le fabuleux dilemne du mensonge et de l'expertise. Du principe de précaution à celui de la catastrophe majeure. De la prévision entre la rigueur scientifique et la manipulation grossière de l'opinion.

Que les habitants de la Guadeloupe qui ont toute ma sympathie, ne se trompent pas. En 1976, le reste de la France et du monde se fichait éperdument de leur sort. La presse se délectait même des images fantasmées d'une explosion de leur volcan central qui dit tellement de leur île. On voyait dans l'"affaire" une histoire d'affrontements entre la Science et l'Ignorance, entre la puissance protectrice de l'Etat et la manipulation de l'opinion, de la panique affrontée au rassurisme. Sans savoir que 45 ans plus tard ou presque, la collusion entre l'expertise scientifique sur commande et la politique imposée en 1976 allait à nouveau l'emporter en 2019. Malgré les mêmes alertes, avertissements, admonitions désespérées des uns qui n'avaient ni le pouvoir, ni son oreille que les autres avaient.

Je suis absolument incapable de reconstituer de mémoire l'affaire de la Soufrière. A 45 ans de distance, j'en ai conservé un très vague souvenir. J'étais et je suis un métropolitain. Que les Guadeloupéens me le pardonnent. Parce que, les métropolitains ont beaucoup à se faire pardonner. Passons. Pour pallier mon défaut de mémoire, j'ai retrouvé dans ma bibliothèque un livre flamboyant "La Soufrière. A qui la faute ?" des journalistes Bernard Loubat et Anne Pistolesi-Lafont qui couvraient médiatiquement l'affaire, depuis la Guadeloupe, leur île. L'un des intérêts de ce livre est qu'il comporte une préface de l'un des trois protagonistes de l'affaire de la Soufrière, le célèbre - au moins en ce temps- là - vulcanologue Haroun Tazieff.

  1. Un rapide résumé de l'affaire de la Soufrière.

    Le 15 août 1976, le Préfet de la Guadeloupe prend un arrêté ordonnant l'évacuation de la zone menacée par l'éruption annoncée du voclan de la Soufrière. Il prend sa décision sur le rapport du géophysicien Robert Brousse qui estime avec les équipes de l'INPG, Institut National de Physique du Globe, émanation du CNRS de Paris, qu'une éruption majeure est imminente. 77.300 personnes sont évacuées par la gendarmerie de la zone. Elles reviendront dans quatre mois. Pendant ce temps, la vie économique et sociale de l'île est arrêtée. Quand elle reprend, lentement, aucune éruption de la Soufrière n'a eu lieu. Il n'y en a pas eu non plus de notable depuis.

    Quand Brousse a pris sa décision d'alerter le Préfet, il estimait que l'analyse physico-chimique des émanations de la Soufrière prouvait une intense activité magmatique, qui est le précurseur d'une éruption imminente. Brousse sera très vite remplacé par un géophysicien venu de Paris, le fameux Claude Allègre, qui d'ailleurs vient d'être nommé par le pouvoir giscardien à la tête de l'INPG. Il prend la direction de l'expertise auprès du Préfet et du gouvernement français et impose le dogme scientifique : la "Science officielle" a décidé que l'explosion de la Soufrière est imminente. Les autorités politiques ne pouvaient plus que maintenir l'ordre d'évacuation.

    Or, à l'époque, le vulcanologue le plus fameux du grand public était le géophysicien Haroun Tazieff, lui-même membre de l'INPG. Tazieff est déjà un homme âgé, qui considère la vulcanologie comme une science empirique - un peu comme la médecine dit-il - nourrie par l'observation permanente et au plus près du volcan sous surveillance. Il se heurte à l'opinion d'Allègre et de la majorité des experts qui estiment que Tazieff, c'est de la vieille science, un peu comme l'alchimie médiévale à la chimie moderne, et que la vulcanologie moderne est faite uniquement de données produites par des tas de capteurs et analysées depuis Paris. Malgré tout, Tazieff est envoyé par le pouvoir politique pour ajouter son expérience à celle de Allègre.

    Quand il arrive en Guadeloupe, Tazieff découvre que la Soufrière est calme et qu'il n'y aucun des "signes" que Brousse et Allègre disent. Il va tenter de contrer le "discours alarmiste", manifestant avec 45 ans d'avance le tactique du "rassurisme". Mais les "experts" massés autour de Allègre ne démordent pas de leur alarmisme et les autorités politiques sont persuadées qu'elles ne peuvent à aucun prix courir le moindre risque d'exposer la population de l'île à une éruption annoncée.

    Tazieff est donc "viré" de l'INPG. Il reçoit l'ordre de quitter l'île et de cesser de diffuser sa "propagande rassuriste". Ce n'est pas encore le terme, mais c'est la même intention. Tazieff - qu'on appelle d'ailleurs le "volcan" - ne se soumet pas et se répand partout pour promouvoir sa position scientifique.

    A l'époque, la presse, déjà très contrôlée par le "régime", était légèrement plus libre qu'aujourd'hui, et Tazieff a pu faire vivre sa contestation sans toutefois la faire triompher.

    Plus tard, l'opinion de Tazieff triomphant dans les faits - la Soufrière n'a jamais "explosée" - il deviendra ministre du pouvoir socialiste, successeur du pouvoir giscardien, tandis que Allègre restera "caché" à l'INPG et au BRGM. Quand son grand adversaire deviendra trop âgé, Allègre deviendra lui aussi ministre du régime socialiste et la mémoire de Tazieff va s'estomper à son décès.


  2. Les enseignements tirés par Loubat et Pistolesi-Lafont

    Loubat et Pistolesi-Lafont, en journalistes, veulent rester factuels dans leur livre intitulé 'La Soufrière. A qui la faute ?'. Toujours est-il qu'ils donnent la parole à Tazieff et à des intervenants comme les députés et sénateurs locaux qui donnent la préférence à Tazieff. 20 ans plus tard, un lointain successeur de Tazieff et Allègre, le géophysicien F. Beauducel, août 2006, produira une analyse très fouillée dans laquelle il minimisait tant les erreurs des experts gouvernementaux que les opinions de Tazieff. Beauducel semble estimer comme Allègre le pensait de Tazieff, que sa volcanologie moderne est plus efficace que l'ancienne. Cette querelle des anciens et des modernes est éternelle et ne caractérise pas vraiment ni la ciirse de la Soufrière, ni celle de la Covid.

    Mais, selon Loubat et Pistolesi-Laffont, si l'évacuation du 15 août 1976 était raisonnable, les autorités politiques l'ont maintenue trop longtemps au delà de décembre 1976 alors que même Allègre plaidait pour un retour depuis plusieurs semaines. Ils écrivent :

    Le Pr Brousse, le plus alarmiste des scientifiques, avouera six mois plus tard qu'on aurait pu regagner le périmètre interdit quinze jours après l'évacuation ... Ce fut cependant le même Robert Brousse qui affola tout un continent en exagérant éperduement des risques dont, six mois plus tard, aucun ne s'était encore manifesté." - p. 191

    Les auteurs posent une question redoutable qui se pose à chaque intervention concertée entre l'Etat et des experts :

    Le Plan Orsec n'aurait-il pas constitué pour certains une aubaine inespérée ? p. 192

    Et quelques lignes plus loin évoquant un article de la revue La Recherche qui soutenait le point de vue de Tazieff contre la position alarmiste de Allègre, Loubat et Pistolesi-Lafont écrivent :

    Le professeur Maurice Mattauer, ami inconditionnel du professeur Allègre, a cru défendre ce qu'il appelle "la Science officielle" opposée au charlatinisme. ... Mattauer fit parvenir à deux douzaines de scientifiques - liés à M. Allègre - une lettre circulaire leur demandant d'envoyer chacun de son côté une réponse à La Recherche ... p. 194
    La lettre de Mattauer à ses collègues se terminait par une liste de 21 arguments - numérotés de a) à p) - que les destinataires de la lettre circulaire de Mattauer étaient chargés de rédiger eux-même dans leur lettre individuelle à la rédaction de La Recherche. Mattauer fut finalement condamné pour diffamation à l'encontre de Tazieff.

    Et de conclure :

    [Les Guadeloupéens] ont assisté en spectateurs à la tragi-comédie quy s'est joué chez eux. On a dit aux gens qu'il fallait partir, ils sont partis. On leur a dit qu'il fallait rentrer, ils sont rentrés. Il n'y a eu ni mort, ni blessés, c'est vrai. Mais il y a eu l'évacuation, la ruine, ..., p. 195
    La ruine. Exactement comme le produit des mesures politiques contre l'épidémie en 2020.

  3. L'opinion perdante de Tazieff

    La position de Tazieff, est une position scientifique : il observe les faits réels, et refuse de lire les analyses qu'il n'a pas faites lui-même. Il se forme alors son avis et cet avis est que la Soufrière n'est pas éruptive. Il adopte donc une attitude "rassuriste" qui exaspère la "communauté scientifique" attachée à une autre forme de volcanologie et qui souhaite éliminer les "vieilles badernes". Mais, Tazieff est exaspéré par un tout autre problème. A la limite, l'évacuation lui est indifférente. D'ailleurs, il commence par l'approuver, avant de dire que sa cause invoquée est stupide. Dans sa Préface à l'ouvrage de Loubat et Pistolesi-Lafont, Tazieff écrit :

    Trahir des données scientifiques, truquer des chiffres, dissimuler des faits, celer des pièces, chacun de ces délits constitue un forfait majeur pour un homme de science ... il a été commis à propos de la Soufrière. - p. 12
    Tazieff estime que le taux de verre volcanique frais dans les cendres vomies par la Soufrière de la Guadeloupe annoncé par Allègre était faux. Ce taux n'a jamais été observé par Allègre qui a préféré supprimer les échantillons et leur analyse dans les pièces rendues publiques. D'ailleurs, les mesures effectuées ont été réalisées par une technicienne en vacances qui se trouvait là (Loubat et al. p. 153) et qui a ultérieurement reconnu qu'elle ne les a jamais trouvé (op. cité, p.191). Pire, en Octobre 1976, le Laboratoire US de Los Alamos écrit " Il n'y a pas de verrres frais et inaltérés dans les échantillons du 30 août et du 15 Septembre..." (id.).

    Allègre rétorque le 16 janvier 1977 qu'il n'a jamais attaché d'importance à l'existence de verres. Pourtant le 15 août 1976, Robert Brousse a alarmé tout le monde en affirmant la présence de verres dans les cendres, des verres détectés par Nelly Moneyron le 12 août 1976 ( op. cité, p. 55). Moneyron qui semble au courant des tenants et aboutissants de l'affaire de la Soufrière, déclare à l'équipe de scientifiques dans le local de travail de l'équipe de surveillance du volcan : "Cà y est. Cette fois, il y a même de la ponce. Il faut appeler le préfet, déclencher le plan Orsec." ( op. cité, p. 55)

    Or, une autre géologue examine à son tour les échantillons de Moneyron et est contrainte de déclarer qu'elle ne voit ni verres, ni ponce. Tout le monde, dont Brousse, se récrie et tout le monde voit "du verre et même de la ponce ...". Le Préfet ordonne l'évacuation.

    Ce que Tazieff n'a pas admis, c'est qu'on ait inventé la présence de ponce et de verre pour pousser le pouvoir politique à décider l'évacuation. Non pas que l'évacuation le gêne - il l'aurait demandé lui-même. Mais, il ne supporte pas l'idée qu'un scientifique puisse "fabriquer" des données scientifiques inexistantes, puise maquiller les dossiers et les enregistrements pour simplement aller au devant du désir d'évacuation des autorités politiques. Tazieff a perdu et l'alarmisme fabriqué de Allègre a triomphé auprès du pouvoir politique.


  4. L'expertise triomphante de Allègre

    Allègre n'est pas volcanologue, mais géophysicien. Il tient pour une volcanologie basée sur des capteurs et pas du tout sur l'observation à la Tazieff qui, lui, se fie à sa longue carrière à parcourir les volcans du monde. Toujours est-il qu'il arrive dans la polémique après que Brousse ait sonné l'alarme sur l'imminence d'une éruption explosive de la Soufrière. Au demeurant, Brousse n'était pas plus volcanolgue que Allègre, puisqu'il était pétrochimiste. Et c'est sur ces deux hommes décidés que l'opinion alarmiste s'est développée.

    Or, Allègre est très certainement en dette avec le pouvoir politique qui vient de le nommer à la tête de l'INPG. A t'il cherché à développer une opinion scientifique qui soutenait le souhait des autorités politiques ? Un article de la journaliste Martine Barrère (Martine Barrère — Enquête : Imbroglio scientifico-politique à la Soufrière, La Recherche N°74 — Janvier 1977) semble explorer une piste de ce côté. Une piste tellement proche de la réalité, que Allègre fera tout pour attaquer l'article de La Recherche.

    Loubat et al. écrivent :

    La polémique repartit de plus belle à la suite d'un article publié dans La Recherche ... une enquête démontrant le mécanisme et le mythe du savant inattaquable ; faisant ressortir les bavures des uns et des autres. Elle s'attacha à mettre en lumière la concordance entre certains objectifs politiques er économiques du pouvoir et l'attitude inexplicablement peu scientifique d'hommes ayant en main la responsabilité de l'interprétation des phénomènes.
    De cet article, Claude Allègre nous dira textuellement ; "C'est de la m... ""
    p.167

    L'auteur de l'article de La Recherche tiendrait la cause de la connivence entre les scientifiques du régime et les autorités politiques.

    Dans un article suggestif "L'affaire de la Soufrière", se fondant sur l'article de Martine Barrère dans La Recherche que je n'ai pas su retrouver, le vulcanologue Jean-Christophe Sabroux, qui a assisté aux événements en Guadeloupe, écrit en 1996 :

    L'objectif primordial de cette évacuation prolongée, rendue possible par la légèreté de scientifiques abusés ou de mauvaise foi, était bien “de montrer à la population [guadeloupéenne] qu'elle était une population mineure, démunie en l'absence de la France”. Et l'on en profitait au passage pour retracer la carte économique de la Guadeloupe, en assurant le développement de Pointe-à-Pitre aux dépens de la Basse-Terre, sans consultation de la population. - Les Cahiers de GLOBAL CHANCE N° 6 - Février 1996, page 48

    Sabroux poursuit son analyse :

    Dans l'affaire de la Soufrière, comme chaque fois que la science investit le champ de la politique, ou plus précisément que la connaissance scientifique est conviée à un processus de décision, les experts ont confisqué avec empressement, et avec les débordements que l'on sait, un débat dont les véritables enjeux se trouvaient ailleurs. Pour le bon plaisir des médias, et au grand bénéfice des politiques, dont les responsabilités passaient ainsi au second plan. L'enquête réalisée par Martine Barrère allait, elle, à l'encontre de ce camouflage qui privait les Guadeloupéens de leur droit à choisir le niveau de risque auquel ils accepteraient, en toute connaissance de cause, d'être exposés. - p.49

  5. Et on a l'explication du triomphe de Allègre auprès des autorités politiques.

  6. L'alarmiste a eu tort et le rassuriste avait raison

    Pourquoi Tazieff le rassuriste a t'il perdu le débat contre Allègre l'alarmiste devant les autorités politiques ?

    A l'époque, le régime politique n'était pas encore soumis au principe de précaution. Mais, il ne pouvait écouter l'analyse de Tazieff alors que Allègre disait l'inverse. Le pouvoir avait plus à perdre à avoir raison avec Tazieff que tort avec Allègre. De manière générale, si on avertit d'un risque, on est en position de force pour obtenir l'acquièscement plutôt que si on plaide pour l'absence de risque. L'être humain préfère t'il toujours le risque à la tranquillité ? Non. Ainsi de l'Histoire contemporaine, en 1938, tout le monde a préféré croire Chamberlain qui rassurait plutôt que Churchill qui inquiétait.

    Dans l'affaire de la Soufrière, le risque était celui d'une explosion du volcan. Allègre et Brousse estimaient qu'elle allait avoir lieu et Tazieff non. Quel était la précaution à l'explosion de la Soufrière : une simple évacuation temporaire. Si on ne la fait pas, on est certain de mourir. Si on la fait, on est sûr de rester en vie. Autrement dit, l'action conséquence de l'opinion de Allègre, si cette opinion est fausse, ne coûte pas cher et l'inaction conséquence de l'opinion de Tazieff, si cette opinion est fausse, fait cent mille morts. Le choix était évident pour les politiques, même si on n'a pas eu la catastrophe à laquelle on croyait. C'est sur un raisonnement de ce genre que les politiques ont admis depuis ette époque le principe de précaution et ses nombreuses dérives.

    Dans l'affaire de Münich, il suffisait de se convaincre que Hitler n'avait pas les moyens militaires des ambitions qu'on lui prêtait pour acclamer Chamberlain à son retour, même si Daladier a bougonné que "Ces cons n'ont rien compris". L'opinion "scientifique" utilisée pour la décision - que Hitler n'avait pas les moyens de ses rodomontades - était fausse. On a choisi la catastrophe à laquelle on ne croyait pas.

    Sur l'affaire de la Soufrière, Tazieff quelques mois après, écrit un article dans Nature, Septembre 1977 dans lequel il pose le problème :

    The easiest course for the authorities is naturally to choose, amongst various scientific counsels, the most pessimistic if not necessarilly the best one. Their responsability is then shielded againtst the worst, and if the catastroph eventually does not occur the only reproaches they suffer are minor ones that are swifty forgotten."

  7. Comparer le régime politico-scientifique de 1976 à celui de 2019

    Il n'y a rien de plus vain que de rechercher artificiellement des redites de l'Histoire. Mais, il n'y a rien de plus dangereux que de répéter ses erreurs. Une éruption volcanique se distingue profondément d'une épidémie virale. Et le caractère local, régional même de l'éruption de la Soufrière n'a rien à voir avec le développement mondial de la pandémie de Covid-19. De même, la volcanologie n'a rien à voir avec la virologie et si l'évacuation de 1976 ressemble au confinement de 2020, les mesures scientifiques utilisées pour détecter le virus en 2020 sont bien plus puissantes que celles pour détecter l'imminence de l'éruption en 1976.

    Mais, si on y regarde de plus près, puis de plus loin, on est frappé sur les ressemblances de ces deux catastrophes si différentes. Même si l'une a eu lieu et pas l'autre, dans les deux cas, le pouvoir politique devait prendre une décision et cette position ne pouvait pas se prendre sur une seule analyse politique. Un volcan ou un virus ne sont pas soumis aux lois de la politique. Une population si. Et dans les deux cas, le pouvoir politique a convoqué l'expertise qui lui convenait.

    Le lien entre la politique et la catastrophe se fait par l'expertise scientifique. En 1976, elle se limitait (à peu près) à Tazieff contre Allègre. En 2020, il y a en France des centaines d'experts et de plusieurs domaines scientifiques : virologie, infectiologie, biochimie, génétique, médecine, pharmacie, .... Et la pandémie étant mondiale, il faut ajouter l'OMS. Et la politique s'étant internationalisée, il faut ajouter les instances européennes, et celles des Etats-Unis. La question de l'expertise était simple en 1976. Elle devient inextricable en 2020.

    Et pourtant, une fois de plus, l'unification de l'expertise retenue par le pouvoir politique s'est faite sur l'alarmisme. Sa contestation s'est faite sur le rassurisme. Comme en 1976. Mais pas seulement sur le rassurisme. Des expertises supplémentaires sont apparues très vite dans la crise de 2020 :

    • autres spécialités médicales frappées d'inactivité par le confinement et les autres mesures politiques prises sur la seule expertise épidémiologique.
    • consultations de santé mentale pour traiter des conséquences psychologiques des confinements ;
    • mesures économiques pour traiter des conséquences de l'arrêt des activités économiques ;
    • expertise sociale et politique pour traiter des conséquences du chômage et de l'arrêt des activités économiques et professionnelles.
    Tous ces experts semblent avoir été écartés de la décision politique. Si la décision politique s'est fondée sur la seule expertise épidémiologique, en appliquant la seule forme épidémiologique du principe de précaution, le pouvoir politique a ignoré tout principe de précaution dans les autres domaines d'expertise. C'est bien entendu une erreur politique majeure.

    A tout bien considérer, en 1976 le pouvoir politique semble aussi avoir pris sa décision d'évacuation sans tenir compte des effets économiques de sa décision, donc peut être sans expertise économique. Or, de l'enquête de Martine Barrrère, évoquée par Loubat et Pistolesi-Lafont et exposée par Sabroux, on soupçonne que l'Etat avait un objectif d'exploiter la catastrophe économique de l'évacuation pour favoriser le développement économique de Pointe-à-Pitre au détriment de Basse-Terre évacuée. Il se pourrait donc que, en 2020, le pouvoir politique ait décidé d'une conséquence économique catastrophique pour bénéficier d'un avantage qui nous ignorons. On sait de Schwab et de Attali que les conséquences du confinement servent à une opération économique de grande ampleur : le Great Reset, mais dans lequel le rôle du pouvoir politique est associé à celui des élites industrielles et financières. Contre les peuples.

    Mais, alors, si de l'expérience de l'expertise volcanologique de 1976, on comprend que l'alarmisme de Allègre servait les objectifs économiques du pouvoir giscardien, alors l'alarmisme des épidémiologistes en 2020 et au-delà sert de nouveaux obectifs économiques, sociétaux, médicaux peut être, en fait de toutes les branches d'expertise dont le régime politique n'a pas voulu tenir compte dans son intervention contre l'épidémie. Et pas seulement en France. Et pas seulement en Europe, mais dans tout l'occident américanisé.


  8. La ruine de la réputation des scientifiques de 1976 à 2019

    En 1976, devant les tromperies et les manipulations de Allègre, les autorités locales de la Guadeloupe, mais aussi les Guadeloupéens ont fait un triomphe à Tazieff. Et Allègre est rentré très vite en France. Il a ruiné la réputation de la science.

    Le problème de Allègre, c'est qu'il est en effet un scientifique. Mais, il est surtout un fonctionnaire de l'Etat - comme Tazieff - nommé par lui, salarié par lui. Le nommer expert et prétendre à son indépendance et un mensonge de plus. Pourtant, Tazieff, tout aussi fonctionnaire que lui, avait une opinion opposée. Mais Tazieff n'a pas admis de répondre aux désirs du gouvernement, peut être d'ailleurs parce qu'il ne les connaissait pas. On est ainsi conduit à construire la fiction de la "Science officielle", c'est-à-dire d'une Science consciente des désirs du régime et qui produit alors de l'expertise conforme aux intérêts du régime.

    Dans la crise de 2020, pour se limiter à la France, on a vu les rassuristes Raoult, Perronne, Toussaint et quelques autres contester les expertises conformes du "Conseil scientifique" absolument comme Tazieff contestait l'expertise de Allègre. Et les rassuristes de 2020 ont été aussi peu écoutés du pouvoir politique que Tazieff en 1976.

    Or, comme en 1976, les experts alarmistes de 2020 du Conseil Scientifique sont tous des fonctionnaires de l'Etat. Tout comme les rassuristes Raoult, Perronne ou Toussaint. Et encore une fois, on a dressé des temples pour révérer la Science officielle qui éructe des oracles faux, sur des données fausses, fabriquée, manipulées. A la grande rage impuissante de leurs contestataires. Mais à nouveau, la Science officielle se couvre de honte en se parant d'honneurs politiques.


  9. L'anéantissement de la volonté du peuple par le pouvoir politique à l'aide de la "Science officielle"

    En 1976, très clairement les manipulations de Allègre et de ses employés sur les données scientifiques des cendres du volcan pour soutenir leur alarmisme commandé par le régime giscardien ont troublé l'opinion publique. Comment, s'est-on demandé, peut-on tromper à ce point l'opinion pour une catastrophe qui n'a pas eu lieu. Le problème, c'est que les impressions de l'opinion publique s'oublient vite. Très vite.

    Parce qu'en 2020, on a accepté sans broncher les 500.000 décès annoncés au Royaume-Uni, les 400.000 décès en France. On a accepté sans broncher un confinement alors qu'aucune étude scientifique sérieuse n'a été produite pour démontrer même qu'elle ralentirait le progrès de l'infection. On a accepté de ne pas porter le masque puis on a accepté de porter le masque, alors qu'aucune étude n'a montré l'efficacité du masque pour protéger de l'infection.

    Cette passivité du peuple est particulièrement frappante et elle est notée en 1976 par Loubat et Pistolesi-Lafont qui concluent leur livre par ces mots :

    A huit mille kilomètres de là, les Guadeloupéens attendent toujours. ... On a dit aux gens de partir, ils sont partis. On leur a dit de rentrer. Ils sont rentrés. Mais il y a eu l'évacuation, la ruine, l'exacerbation de trop de ces différences ..." - p.195

    En 1976 et en 2020, ce qui a servi à manipuler les gens, ce fut à chaque fois la peur de la mort. Agiter la peur de la mort est le meilleur moyen de neutraliser la volonté populaire. La peur comme antidote de la démocratie dont le régime ne veut à aucun prix. C'est principalement l'expertise que le régime demande à la Science officielle, à ses experts alarmistes : faire peur au peuple de la démocratie pour mettre la République en danger.




Sources documentaires
Sur la Soufrière 1976 :
  • 'La Soufrière. A qui la faute ?', par Bernard Loubat et Anne Pistolesi-Lafont, Préface de Haroun Tazieff. >Presses de la Cité 1977
  • Martine Barrère — Enquête : Imbroglio scientifico-politique à la Soufrière, La Recherche N°74 — Janvier 1977
  • Jean-Christophe Sabroux, L'Affaire de la Soufrière", in Les cahiers de Global Chance - Février 1996, N°6.
  • François Beauducel, A propos de l'Affaire Soufrière 197-, sur le site de l'IGP.
  • "Le limogeage de Haroun Tazieff fait de gros remous dans les milieux scientifiques", Jacques Lesinge, L'Aurore 29 Octobre 1976.
  • L'apaisement relatif de la Soufrière n'a pas calmé la polémique, Le Monde, 6 Novembre 1976.
  • Haroun Tazieff, "Et Maintenant", in Le Monde 6 Novembre 1976.
  • Tazieff H., 1977. La Soufrière, volcanology and forecasting. Nature, Vol. 269, pp. 96-97
  • Tazieff H., 1980. Letter to the Editor. J. Volc. Geotherm. Res., Vol. 8, p. 3-6
  • Sur l'épidémie, lire dans la Revue C-Politix : Sur les conséquences économiques d'une épidémie au XXI° siècle, on peut lire :
    • World Economic Forum Founder and Executive Chairman Klaus Schwab and Thierry Malleret, Co-Founder of Monthly Barometer, explore these themes in their new book, COVID-19: The Great Reset, en vente sur Amazon. On peut lire aussi l'article de promotion du World Economic Forum sur le livre : COVID-19: The Great Reset de Juillet 2020..
    • Jacques Attali,, le 6 mai 2009, "Avancer par peur", dans L'Express.


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