Des évolutions possibles de la guerre en Ukraine - Quelques Réflexions
Philippe Brindet - 31-07-2026, 28-08-2026
Les occidentaux ont leur idée sur la guerre en Ukraine. Manifestement, les russes en ont d'autres. Est-ce une guerre ? Les troupes russes en Ukraine sont-elles militaires ? Qu'attendent les occidentaux pour "secourir" les alliés ukrainiens ? Personne ne se forme une image correcte de la situation géopolitique. Et c'est bien naturel en la matière. Il faudra du temps pour que les historiens parviennent à dresser un panorama correct de la situation. Terrible peut être. Mais il ne s'agit que d'une simple situation historique dont les tenants et aboutissants seront révélés par l'analyse anecdotique. A condition de rassembler tous les faits et de les interpréter correctement.
Inutile de tenter de le faire aujourd'hui.
Livrons nous seulement à l'examen de quelques hypothèses sur les faits connus.
L'hypothèse de l'enlisement du conflit russe
Les médias occidentaux en accord avec les politiciens du régime occidental soutiennent que l'enlisement russe est manifesté par le fait que les russes n'ont pas avancé de manière significative en plus de quatre ans de combats et, plus encore, ils subissent maintenant les bombardements quotidiens de leur "faible" ennemi ukrainien à l'aide de drones aériens et de missiles.
La question de savoir si ces drones et ces missiles sont réellement de conception et de fabrication ukrainiennes est ouverte. La réponse est affirmative pour les occidentaux. Pour les russes, il semble disposer de renseignements indiquant une autre histoire. Mais, que les russes soient actuellement sous la menace quotidienne de raids ennemis et que leurs troupes en Ukraine ne se distinguent pas par des progrès significatifs sont deux faits indiscutables.
Les russes - je le suppose - doivent contester cette appréciation de la situation polémique. Mais les occidentaux, politiciens et médiacrates du régime, en déduisent que la Russie sera vaincue, appréciation qui commencent à énerver les russes semble t'il. On peut penser aux réaction de Dymitry Medvedev par exemple. Or, l'enlisement de l'opération russe en Ukraine a un effet incontestable : l'Etat ukrainien existe toujours et ses alliances avec les Etats occidentaux contraignent ces derniers à le soutenir de toutes les manières possibles. Deux effets principaux à cette contrainte imposée par la Russie sur l'Occident :
- Les réserves d'armes et de munitions de l'occident, Amérique compris, sont de plus en plus réduites. Les Etats-Unis sont contraints de déclarer des "cessez-le-feu" unilatéraux dans leur guerre contre l'Iran. Pratiquement, le ciel ukrainien est libre pour les forces aériennes russes. Et sur le front, les ukrainiens - ou les occidentaux - ne peuvent risquer d'offensive d'envergure.
- Le conflit avec la Russie a profondément perturbé le commerce de l'Occident qui compte sur la Russie pour de nombreuses matières premières comme le gaz, le pétrole, les fertilisants, divers minerais, des produits agricoles, ... Beaucoup de ces pénuries ont d'ailleurs été provoquées par les occidentaux eux-mêmes qui, à leur manière ubuesque, ont décidé de sanctions commerciales contre la Russie et ses alliés comme la Chine et l'Inde. L'enlisement de la guerre en Ukraine affaiblit l'occident.
Mais, l'enlisement pourrait aussi provenir d'une réelle faiblesse au moins militaire - peut être militaro-industrielle - de la Russie. C'est du moins l'analyse occidentale. Je n'étais pas convaincu par cette analyse. Je ne le suis pas davantage, mais, à titre d'hypothèse, je supose que l'enlisement pourrait s'analyser en ce sens. Et ceci aboutirait potentiellement à la défaite de la Russie.
L'hypothèse du but géostratégique occidental de la destruction de la Russie
En effet, depuis Georges Bush et l'effondrement de l'Union Soviétique, la destruction de la Russie est un objectif central de la géopolitique américaine, donc occidentale. Cet objectif était quasiment réalisé avec l'ère de Boris Eltsine. Les américains avaient mis la Russie et sa population en coupe réglée. Un agent de la CIA "trônait" dans le bureau directorial de chaque entreprise un tant soit peu importante. Et la nomenklatura des anciens apparatchicks soviétiques se régalaient des aumônes des maîtres américains.
Le problème pour les américains est apparu plus tard. Ils avaient, au World Economic Forum, repérés quelques "petits jeunes" qu'ils estimaient méritants. Parmi eux Nicolas Sarkozy, Bill Gates et Angela Merkel. Ils onté été promu cette année-là et ont démontré tout le bien que leurs "parrains" avaient espérés d'eux. Mais, il y avait un petit, encore plus obscur que les précités. Son nom était Vladimir Poutine. Lui aussi lauréat des Global Leaders du WEF ... Les américains parviennent à l'imposer près de Eltsine et ce dernier le désigne comme son successeur. Pour les américains, alors, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
C'est peu à peu, en montant les escaliers du pouvoir, que Poutine se révèle un véritable cauchemar pour ses "puppet masters". Il signe son arrêt de mort à la Conférence sur la Sécurité à Münich en 2007 où devant Merkel et Sarkozy, notamment, complètement médusés, et avec une froideur remarquable, il offre aux occidentaux un partenariat à condition qu'il soit équilibré. A l'avantage de tous et de chacun. Poutine avait trahi la confiance de ses maîtres.
Il faut dès lors détruire la Russie. Revenir à l'ère Eltsine et interdire toute vélléité à la Poutine. Par exemple en démembrant la Fédération de Russie en micro Etats confiés à des "gauleiters" de fortune. C'est la mission des Européens et des Ukrainiens.
La chronologie des menées des américains, de l'OSCE, de l'Otan, et de nombreuses institutions pro-occidentales montre que l'hypothèse est des plus sérieuses.
L'hypothèse de l'illusion russe d'un partenariat entre la Russie et l'Occident.
La plupart des avancées de la Russie sous l'égide de Poutine sont autant de raisons pour une guerre de l'Occident américanisé contre la Russie nouvelle de Poutine. L'Occident - en réalité les USA - n'a aucun autre moyen de maintenir son empire sur le monde. Parce qu'un empire qui recule dans ses menées impérialistes est un empire qui s'effondre.
Mais, la Russie rencontre un problème. Inattendu dans la logique des hypothèses précitées.
Le problème tient à Poutine et à une grande partie des cadres du régime russe. Ils sont convaincus de la légitimité du mondialisme américain. Poutine en est convaincu. Et avec lui des gens comme Kirill Dmitriev (diplômé de Stanford et de Harvard) ou Elvira Nabioullina (elle est 2007 Yale World Fellows) ... Leur force politique les conduit à imaginer que le monde, même américain, est gouverné par la raison. La raison au sens de Platon ou d'Aristote. Des anciens Hellènes en un mot. Pour Poutine, on peut se disputer un moment entre partenaires dans le monde installé du World Economic Forum. Mais entre gens rationnels, le business exige une attitude rationnelle. La Russie a besoin de vendre les produits aux occidentaux qui ont besoin d'acheter les produits que vend la Russie.
Il suffit d'un peu de souplesse et de beaucoup de raison pour comprendre que malgré des différends, l'intérêt économique est que tout le monde devienne partenaire.
Autrement dit, l'hypothèse de l'illusion russe tient à ce que Poutine n'a pas compris qu'il n'y aucune rationalité dans les dirigeants du régime occidental. Pire, il n'a pas compris que ces mêmes dirigeants occidentaux ont la nécessité de détruire la Russie. Cependant, le lecteur doit tenir compte que l'illusion russe n'est - ici - qu'une hypothèse. Plus encore, cette tendance pourrait ne pas être exclusive des autres hypoyhèses. La géopolitique est complexe et ne s'accomode pas de solutions simplifiées. Ce n'est pas de l'Histoire ...
Pour montrer davantage le caractère illusoire du partenariat Russie - Occident, on peut rappeler l'aventure des 400 milliards de dollars d'avoirs russes qui se trouvaient dans les banques occidentales au lancement de l'"opération militaire spéciale". Saisies, ces sommes constituent une "garantie" sur les dommages de guerre que l'Occident réclame à la Russie en Ukraine. Et les intérêts des sommes bloquées par l'UE financent déjà l'aide militaire européenne à l'Ukraine. Notamment en payant des armes aux firmes américaines ... qui en profitent même si - sauf erreur de ma part - le gouvernement fédéral américain a renoncé à mobiliser les intérêts des avoirs russes qu'il a capturé.
Malgré celà, et malgré différentes fortunes de guerre, toujours présentes, le régime russe continue - de plus en plus mollement il faut le reconnaître - à entretenir l'illusion du partenariat avec l'Occident.
L'hypothèse du déclenchement d'une véritable guerre de la Russie contre l'Ukraine
Ainsi qu'on le sait en Occident, les raids de drones ukrainiens en Russie détruisent de nombreuses infrastructures. Distribution électriques, usines prétolières ou gazières, centres logistiques civils ou militaires, transports, armement, ..... les dégâts sont nombreux. Chaque jour 300 drones ukrainiens sont lancés en Russie. Depuis quelques jours, il semble que le nombre quotidien passe à 600. Il est de plus en plus probable que l'armée russe doit changer de tactique pour empêcher les raids de drones ukrainiens à défaut de les détruire par la défense anti-aérienne.
Or, le problème des drones aériens est qu'il n'y a pas besoin d'une armée puissante pour les exploiter et que, sous réserve de disposer de données géographiques de navigation extrêmement avancées, il est très facile d'introduire un drone aérien et de le faire naviguer dans l'immense espace aérien de la Russie. On suppose que l'Ukraine a pu au moins à certaines occasions installer des bases de lancement de drones dans l'immense désert khazakh. Il est possible que l'Ukraine dispose aussi de bases clandestines dans les états baltes. Il est avéré par ailleurs que les américains et les britanniques fournissent des données de navigation aux drones ukrainiens, dont la construction implique plusieurs états européens dont la France et l'Allemagne.
Pour la Russie, faire cesser les raids de drones aériens "ukrainiens" est un objectif absolument nécessaire. Mais, la seule "opération militaire spéciale" engagée pourrait en être incapable. Se limitant au Donbass, cette "OMS" n'empêchera aucun raid de drones sur la Russie. SI l'"OMS" est élargie vers Kharkov, Sumy, Chernigov au nord et sur Mikolaïev et Odessa au Sud, elle n'aura aucune influence sur la capacité des "ukrainiens" d'opérer des raids de drones. De même, supprimer les voies de communications, les moyens de production industrielles et bien d'autres choses n'aura aucun effet.
La Russie sera donc inévitablement contrainte d'envahir toute l'Ukraine et d'épuiser complètement l'assistance occidentale, européenne d'abord, américaine ensuite. Après quatre ans et demi d'une presque guerre de vraie attrition, les résultats ne sont pas suffisants. Une véritable guerre d'annexion de l'Ukraine parviendrait-elle à arrêter les raids de drones "ukrainiens" ? C'est un objectif qui pourrait paraître atteignable aux russes.
L'hypothèse du déclenchement d'une guerre entre l'Occident et la Russie. Et l'Iran. Et la Chine. Et l'Inde ....
Mais, une telle guerre d'annexion de l'Ukraine par la Russie n'a que peu de chances de produire un arrêt des bombardements "ukrainiens" par drones. L'Ukraine est en effet un "excellent" prête-nom (à 200 milliards de dollars tout de même). Mais il faut identifier le véritable agresseur : l'impérialisme américain auquel l'Union Européenne - par construction - est vassalisée. Cette identification est compliquée par le fait que l'arrivée de MAGA-Trump au pouvoir a légèrement troublé le jeu occidental contre la Russie.
L'impérialisme américain et donc européen est massivement opposé à Trump, presque autant qu'à "Poutine" - une "figure" destinée à cacher au public béat occidental le véritable objectif du régime occidental. Or, rivé à l'objectif MAGA d'une part, et intellectuellement incapable de résister au néo-conservatisme américain, d'autre part, Trump est en pratique un agent acharné contre la Russie "qui doit être détruite à tout prix".
Or, le régime russe est en apparence un régime rêvant hors de propos de redevenir un empire dressé contre l'Amérique - c'est la teneur de la propagande occidentale - alors qu'il est dès son origine avec Eltsine ouvert à la mondialisation américaine. Et Poutine et la majorité de ses cadres sont des pro-occidentaux natifs. On peut citer Nabujila et Dmitriev parmi ces derniers (lire la paragraphe 3 ci-dessus).
Tant que le régime russe ne repoussera pas cette tendance financière et commerciale pro-occidentale - et malgré les apparrences et les "sanctions", il ne l'a toujours pas repoussée - Poutine ne fera pas la guerre à l'Occident quoiqu'il en coûte à la Russie.
A ce propos, beaucoup d'analystes estiment que cette absence de réaction des russes aux exactions occidentales directes par les ukrainiens, ou indirectes par leurs services spéciaux et leur aide à l'Ukraine - démontre ou bien la faiblesse des russes ou bien leur complète défaite. A cette dernière "analyse" on peut référer un récent article du New York Times complètement ahurissant de suffisance dans la sottise.
Il faut se souvenir que Napoléon a occupé Moscou et plus tard Hitler a massé près de 2 miilions de soldats autour de Moscou. Ils ont été tous deux écrasés par la profondeur stratégique russe. L'Histoire ne se répète pas identiquement. Mais, les mêmes causes produisent les mêmes effets. La stratégie russe classique devrait empêcher la Russie d'attaquer l'Occident et au contraire, lui laisser l'initiative de la guerre.
Cependant, actuellement l'Occident est faible industriellement et militairement. Pas d'armées, pas de matériel, pas de base de populations, pas de base industrielle, agriculture quasi ruinée, ... La tentation pour les russes d'attaquer l'Occident est donc grande.
D'autant que, entraîné par sa folie, l'Occident s'est lancé dans deux autres menées impérialistes : contre le monde islamique d'une part, dans les états du Golfe et en Iran, contre le monde chinois d'autre part. La Russie pourrait être tentée par la "convergence" des guerres qu'il serait aisé de relier en une seule guerre mondiale.
En manière de conclusion
L'Histoire répondra à la question existentielle : "Que va t'il se passer ? " Y répondre avec le temps du futur est une erreur essentielle à ne pas commettre.
Il faut tenir compte du fait que d'un côté, l'occident est en phase d'effondrement terminal, et que de l'autre, la Russie, le monde islamique et le monde chinois - sans parler de l'Inde et de l'Indonésie - sont en pleine ascension. Une guerre même mondiale n'est peut être pas nécessaire aux adversaires de l'Occident moribond.
C'est comme celà d'ailleurs que les Etats organisateurs de l'immigration en Occident ont construit leur géostratégie. Et elle ne démérite pas ...
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