Européennes 2024

Philippe Brindet - 08/06/2024

Le problème des européennes, c'est qu'on y parle de tout sauf de la calamité de l'Union européenne. La cause ? Elle me semble se situer dans le fait que les élections européennes se déroulent en interne de chaque Etat membre. Il s'ensuit que ceux qui se présentent aux européennes sont des nationaux de l'Etat local. Comme la plupart des candidats, du moins ceux qui ont une quelconque chance de l'emporter, sont des politiciens professionnels de l'Etat national et pas du tout de l'Union qui n'a aucun politicien professionnel, ce sont essentiellement des questions ressortant de la politique nationale qui sont considérées.

Clairement, ces européennes 2024 ont en France deux sujets :

  • infliger un désaveu aussi important que possible au régime macronien au pouvoir ;
  • s'alarmer de la situation dramatique dans laquelle la France est plongée.

Aucune considération concernant l'Union.

Je crois qu'il existe en France seule, 38 listes présentant des candidats pour devenir députés européens. Je dois en connaître une dizaine et encore, je n'en suis pas certain : Hayer pour le régime Macron, Bardella pour le RN, Glucksman pour le PS, Aubry pour LFI. Voilà les quatre listes principales qui ont une chance raisonnable d'obtenir quelques députés. Les autres listes ont très peu de chance d'en obtenir, ou alors 1 ou 2 par un hasard incroyable. Parmi celles-ci, je citerai les listes Maréchal pour le parti Reconquête de Zemmour, Asselineau pour l'UPR et Philippot pour le parti les Patriotes.

Ces trois dernières listes ont mon soutien et mon seul souhait est qu'elles obtiennent assez de voix pour obtenir autant de places de député européen qu'elles le pourront. Les quatre "grosses" listes sont des pièges à con, avec un doute favorable à la liste Bardella.

Un autre problème des européennes est que les électeurs ne comprennent pas toujours qu'il s'agit d'un scrutin de liste et pas d'un scrutin majoritaire. Cela signifie qu'il ne sert à rien de voter pour la liste qui vous paraît devoir être la "plus grosse réussite" du vote du 9 juin 2024. Il y en aura une et laquelle ce sera n'a aucune importance dans l'Assemblée parlementaire européenne. Chaque liste nationale ayant des élus se "fond" dans un nouvel ensemble qui peut parfaitement tenir une politique européenne complètement adversaire du programme de la liste nationale "élue" !

Je voudrais illustrer le cas d'une "petite liste" comme celle du parti dit de droite, "Les Républicains". A cause de l'ancienneté du parti, il ne s'agit pas en réalité d'une petite liste, même si les intentions de vote lui sont aussi défavorables qu'à ceux de "vraies petites listes". Je ne l'ai pas cité notamment parce qu'elle pourrait n'obtenir aucun député européen. Son leader est un homme politique "intéressant", notamment pour les électeurs "de droite". Eh bien, cette liste dite "de droite" se destine à adhérer à un groupe parlementaire européen de centre-gauche dont le programme est parfaitement opposé aux intentions conservatrices de la plupart des électeurs de la liste nationale française "Les Républicains".

Ainsi, plusieurs observateurs craignent que les électeurs conservateurs se détournent des "petites" listes qui ont leur préférence politique au profit d'une liste qui leur semble assurée d'avoir des sièges au Parlement européen. Ce choix peut s'avérer désastreux parce que, en adhérant à un groupe parlementaire conforme aux intentions politiques de leurs électeurs, les quelques députés européenne d'une telle petite liste peuvent parfaitement avoir une relative influence sur la législation européenne à venir. Il existe en effet en Union Européenne un mouvement de fond d'appel à une politique conservatrice sur de nombreux sujets politiques : nation, sécurité, immigration, paix, pouvoir d'achat, ...

Je voudrais faire une dernière observation concernant la liste Bardella du Rassemblement National. Ce parti qualifié d'extrême-droite - et même de fasciste ou même nazi par les LFI et les macronistes - ces gens n'hésitent devant aucun mensonge, auucune calomnie - a fait depuis quinze ans des efforts considérables pour écarter cette accusation infâmante. Infâmante et stupide puisque ce parti est un parti parfaitement républicain qui évolue exclusivement dans le cadre des institutions démocratiques de la Constitution.

Dans cet effort pour éviter les insultes de ses opposants, le RN a développé une politique sociale extrêmement marquée à gauche, par le socialisme d'Etat. Et ce "socialisme d'Etat" le pousse à adhérer aux "valeurs européennes" qui détruisent les nations. Pour un conservateur, il est difficile de voter pour une telle "intention politique". Cependant, il faut noter que son positionnement "gauchiste" qui fait ressembler le RN à un vieux parti 'rad-soc' des années 1950, très désagréable à mes yeux, pourrait n'être qu'un positionnement électoral. Il est très probable qu'un certain nombre de conservateurs nationaux estiment que la liste Bardella n'aura pas cette intention politique de socialisme d'Etat, intention parfaitement compatible avec les pires errances de l'Union européenne "de nos valeurs". Ces électeurs feraient un pari dangereux sur l'avenir ...

Dernière observation. Il ne faut pas se leurrer sur la "puissance" du Parlement européen. Les "maîtres" qui ont prévu cette institution essentielle de la démocratie, se sont assurés qu'il ne prendra jamais une décision législative contraire à la volonté de fer qui préside au fonctionnement de l'Union européenne. Cette dernière n'est ni une République, ni une Démocratie. Elle est une oligarchie, de plus en plus tyrannique et n'a aucune intention de se réformer.


Revue C-Politix (c) 8 juin 2024