Guerre en Ukraine - Faits divers

Philippe Brindet - 23-04-2026

1 - Nouvelles du front

La situation sur le front - de Sumy à Kherson - n'a pas changé de manière significative. Il y a toujours une avance continue des russes partout et toujours 1 à 4 contre-attaques ukrainiennes en cours.

La situation de la conscription - emploi des civils pour remplir les effectifs de l'armée ukrainienne - serait difficile depuis plusieurs années. Celà n'empêche pas la résistance de l'armée ukrainienne à l'avance russe et ni l'organisation de nombreuses contre-offensives relativement réussies. On s'interroge sur l'amplitude des difficultés des conscriptions ukrainiennes d'une part et sur l'ampleur des effectifs des troupes étrangères - occidentales notamment- dans le camp ukrainien, d'autre part..

2 - La guerre aérienne

Sur la guerre aérienne, une chose est en train de changer. Alors que les Ukrainiens semblaient disposer déjà de très fortes capacités en matière de drones FPV soutenant l'infanterie sur le front, il semble qu'ils disposent maintenant d'une ressource extrêmement puissante en drones aériens à longue portée et ces drones semblent entrer sur le territoire russe au moins aussi facilement que les drones de bombardement lourd des russes sur le territoire ukrainien.

Par exemple, cette nuit - nuit du 27 au 28 avril 2026 - un raid de plusieurs centaines de drones ukrainiens est parvenu à percer les défenses anti-aériennes russes au rivage de la Mer Noire, frappant à nouveau après le raid du 24 avril, le port pétrolier de Tuapse. Et la défense aérienne a été impuissante de sorte que la ville a subi au moins 7 destructions notables.

Le premier raid a démontré la faillite de la défense antidrone russe, le second démontre que les russes n'ont pas les moyens d'y porter remède. Du moins pas pour l'instant.

Et par ailleurs ce raid est loin d'être le seul à avoir traversé la défense anti-aérienne russe. Par exemple, dans la nuit du 27 au 28 avril, au moins 5 cibles de bombardements par des drones ukrainiens de type FP-2 ont été détruites loin à l'arrière du front dans le Donbass. Et on ne compte pas les attaques de drones ukrainiens sur le front proprement dit.

On note que les Russes bombardent largement le territoire de l'Ukraine quasiment toutes les nuits depuis des mois. Ceci sans effet notable sur le cours de la guerre.

3 - Observations géopolitiques

A regarder froidement la situation en Ukraine, on peut faire les remarques suivantes :

  1. Une guerre limitée

    Contrairement aux assertions de la propagande occidentale, on peut identifier la stratégie prise en 2022 par la Russie de faire une opération militaire n'ayant pas un but de guerre ouverte. Les objectifs stratégiques de la Russie étaient limitées :

    1. bloquer l'avance de l'OTAN en Ukraine ;
    2. neutraliser le rôle politique de l'Ukraine en Europe ;
    3. stopper les exactions nazies contre les populations russophones ;
    4. détruire le potentiel militaire de l'Ukraine.

    En mars 2022, ces objectifs auraient pu être atteints au moins partiellement. Au dernier moment, les dispositions négociées à Istanbul ont été bloquées par les Occidentaux.


  2. Une guerre devenue longue

    Devant l'échec des accords d'Istanbul, la Russie a choisi de ne pas modifier ses moyens militaires ou très peu. Elle a renforcé légèrement ses effectifs, utilisé des armements parfois nouveaux comme les missiles hypersoniques et les bombes planantes. Mais les occientaux ont eux renforcé les moyens militaires ukrainiens, et ceux-ci - peut être avec les occidentaux - ont développé des drones aériens et navals. Malgré l'allongement de la guerre, la Russie n'a pas changé de tactique. La défaite électorale de Biden a amené au pouvoir un Trump qui est radicalement ennemi de la Russie, mais qui devant les autres problèmes géopolitiques qu'il rencontrait, a semble-t'il préféré se retirer de l'animation du conflit, laissant ce soin aux Européens.


  3. Un conflit qui militarise l'occident woke

    Il faut bien comprendre que lorsque Trump ne sera plus au pouvoir, et s'il est par exemple - ce qui est le plus vraisemblable - remplacé par le progressisme woke déjà illustré par Obama et Biden, les forces américaines reviendront dans le conflit qu'elles n'ont d'ailleurs pas forcément quitté. Mais, Trump a trouvé dans le conflit ukrainien un moyen de pousser l'Union Européenne à sortir de son insignifiance militaire. L'armée allemande réduite à un régiment de chars, la marine britannique obligée de louer un croiseur pour participer à un exercice naval et l'armée française capable de tenir un front de 80 kilomètres pendant huit jours ...

    Si Trump réussit à réveiller le militarisme européen, il va en fait armer le progressisme woke. Or, c'est ce dernier qui est animé d'une haine mortelle contre la Russie nationaliste et chrétienne. Trump n'a probablement pas compris le rôle du progressisme woke qu'il est en train d'armer. Mais sa haine de la Russie qui se dresse comme un concurrent sur le "marché géopolitique" le pousse à s'autoriser tous les coups qui "blessent" la "candeur" russe qui croit toujours aux traités et aux promesses - parfois seulement verbales des américains ou des européens.

    On peut s'interroger sur l'ampleur de cette "militarisation" de l'Europe ... Mais, l'Histoire prouve qu'il n'est pas très malin de mener une telle opération ... L'irresponsabilité et l'emportement du "caractère" européen devraient pourtant donner à réfléchir. C'est trop demander à Trump.


  4. Un conflit qui rend instable la situation de la Russie

    Un conflit ukrainien terminé en mars ou avril 2022 aurait été une réussite russe qui leur a échappé. Une véritable guerre ou une opération allongée devenaient nécessaire. Les russes ont préféré "allonger" leur opération militaire spéciale. Mais cet allongement rencontre ses limites.

    Si réellement l'Ukraine s'était affaiblie tout comme l'Occident, la stratégie russe aurait été un succès. Or la situation militaire ne semble pas aller dans ce sens. Les bombardements ukrainiens sur la Russie, probablement conduits par l'Occident, y occasionnent des dommages qui semblent de plus en plus importants. On se réfère par exemple à la ville pétrolière de Tuatse sur la Mer Noire.

    Il y a quelques jours, Ziuganov, le leader de l'opposition communiste à Moscou, a averti à la Douma qu'il pourrait se préparer en Russie une révolution pire que celle de 1917 ... Il semble que Ziuganov faisait un parallèle entre la stagnation de la Guerre russo-allemande en 1917 avec la stagnation de la Guerre en Ukraine ... Comparaison n'est pas raison. Mais, il faut bien admettre que la situation en Ukraine n'est pas bonne pour la stabilité du régime russe actuel.

    Plus la Russie rencontre de difficultés militaires en Ukraine, plus elle se dirige vers une situation géopolitique dans laquelle son avenir sera menacée. Or, la Russie est indubitablement une puissance nucléaire. Et elle a comme doctrine d'utiliser la force nucléaire lorsque son existence est en jeu. Là aussi, il n'est pas bon de jouer de la situation.

La situation de la guerre en Europe n'est pas bonne.


Revue C-Politix (c) 23 Avril 2026