Guerre en Ukraine - vers une offensive russe ?
Philippe Brindet - 19/08/2023
Les Américains imaginent jouer au poker ...
Nous disposons de plusieurs indices selon lesquels les américains viennent de comprendre qu'ils avaient perdu la guerre d'Ukraine contre la Russie. Ces indices sont schématiquement les suivants :
Les Ukrainiens ont refusé de poursuivre leur offensive de Juin 2023 selon la stratégie américaine :
C'est un fait que nous avons déjà noté dans plusieurs bulletins de situation de la guerre en Ukraine. Lire par exemple Revue C-Politix, "Guerre en Ukraine, stratégies et tactiques. Observations", - 07/08/2023. Selon la doctrine américaine, on commence par détruire les deéfenses de l'adversaire par des bombardements massifs, puis on lance l'arme blindée et l'infanterie suit pour occuper le terrain acquis. Les Ukrainiens ont tenté de bombarder avec l'artillerie, les missiles et les drones, sans aviation, puis de lancer les blindés fournis par les américains. Echec total en un mois. Les Ukrainiens changent alors de tactique :plus de masse blindée repérée par les Russes et détruites par les missiles, les drones et l'artillerie. A la place on lance une compagnie avec 5 blindés légers et un ou deux chars et on recommence tous les jours. Tant que la compagnie d'assaut envoyée n'a pas été détruite ...
Ce n'est pas très malin, mais çà fonctionne mieux. Par contre, çà fait des pertes énormes en hommes et en blindés d'infanterie. Et çà déclare aux américians que les Ukrainiens les tiennent pour de fieffés imbéciles ... Il y a mieux comme état d'esprit dans une alliance.
Les Américains peinent à fournir un armement et un approvisionnement suffisants aux Ukrainiens :
C'est une récrimination répétée sans fatigue par les Ukrainiens : le matériel occidental est fragile et fourni en trop petites quantités. De plus, les munitions et pièces de rechange manquent. Et pour réparer l'armement lourd, il faut le retourner en Pologne ou en Roumanie ... On a appris que les Russes font détruire les AMX-10RC avec des fusils de sniper. Le sniper perce les roues du blindé. Il s'immobilise et l'artillerie le "finit" ...
Les Américains ont échoué à fournir une arme aérienne capable de participer à la mise en oeuvre d'une stratégie conforme à la doctrine américaine :
Les Ukrainiens - le régime ukrainien - n'est pas forcément très formé aux techniques militaires. Un chasseur-bombardier pour eux ne se différencie pas d'un autre chasseur-bombardier. Alors, si les Mig-29 d'origine soviétique ont disparus, les américains n'ont qu'à les remplacer par des F-16. Seul problème auquel ils n'avaient pas pensé et les américains pas davantage - c'est qu'il faudra plus d'un an pour former les ukrainiens - pilotes, mécaniciens, mais aussi personnel de contrôle - au maniement du F-16 et d'abord, commencer à leur apprendre l'anglais pour qu'ils puissent suivre les cours sur F-16. D'où les américains viennent de s'aviser que le premier F-16 ukrainien n'apparaîtra pas avant l'été 2024. C'est tellement un problème que l'Administration Biden vient de donner licence d'exportation aux F-16 danois et hollandais pour l'Ukraine. Pour faire attendre le "client" ...
Les Américains sont en train d'accepter que les pertes des Ukrainiens sont absolument immenses pour un résultat stratégique nul :
Dans le New York Times du 18 août 2023, Troop Deaths and Injuries in Ukraine War Near 500,000, U.S. Officials Say, les Américains expliquent clairement qu'ils sont conscients qu'il y a un gros problème de pertes humaines. Même s'ils affirment sur la base d'analyses au doigt mouillé très en vogue dans les milieux militaires américains, que les pertes russes surpassent de beaucoup les pertes ukrainiennes - ce qui est évidemment faux - ils constatent que les forces humaines des deux belligérants sont dans le rapport de 1 à 3 en faveur des russes. Or, les armées russes sont depuis le 20 mars 2022 ur la défensive. Et ils utilisent 8 à 10 fois plus de munitions et d'armements lourds que les ukrainiens. Il est donc impossible que les pertes russes dépassent les pertes ukrainiennes et que le rapport des pertes est très certainement de 1 à 3 et possiblement de 1 à 6 en faveur des russes. Sachant que au début de la semaine, Zelinskiy a édictée une loi interdisant l'émigration aux jeunes ukrainiens de ... moins de 18 ans. Et qu'il a limogé tous les chefs de bureau de conscription pour corruption ...
Il est clair que, tout en agitant une propagande mensongère à destination de l'opinion publique occidentale - moins de 10% de la planète ... - l'administration Biden se trouve devant la masse encombrante des pertes ukrainiennes. Non que celà enfièvre sa conscience morale, mais en période de ré-élection, çà fait désordre.
Les Russes sont certains de jouer aux échecs
Dans le même temps, nous disposons de plusieurs indices selon lesquels les Russes ont décidé de changer de stratégie dans les jours prochains. Ces indices sont schématiquement les suivants :
L'établissement des forces Wagner en Biélorussie :
Vainqueurs de l'armée ukrainienne à Bakhmut fin juin 2023, après une tragi-comédie jouée entre Poutine et Prigojine, réputé propriétaire des Wagner, ces derniers sont partis "se faire oublier" en Biélorussie, pour former l'arméen biélorusse alliée des russes, et inquiéter la Pologne voisine. En fait, l'implication de la Biélorussie dans le conflit ukrainien est très improbable pour des raisons militaires, son armée est assez faible - et géoplitiques, la Biélorusise ppourrait servir de tête de pont en Europe après la résolution du conflit ukrainien. Les Wagner assisteraient l'armée biélorusse pour qu'elle défende son territoire d'une action de revers menée par l'Ukraine ou par la Pologne. Et si Wagner réussit sa mission, ce sera une bonne chose pour la Russie.
Mais, dans ce cas, c'est que la Russie a besoin de bloquer Ukraine et Pologne au Nord de la zone de guerre. En position défensive, l'armée russe n'a besoin de personne actuellement. Par contre, si elle passe à l'offensive, c'est différent. Premier indice.
La constitution d'une force puissante dans les oblasts de Koursk et de Belgorod :
Il existe évidemment des forces armées russes importantes qui bloquent les actions des forces ukrainiennes de toute intervention sur les oblasts de Koursk et de Belgorod, face aux villes ukrainienens de Sumy et de Karkiv. D'après plusieurs sources, il semble que les Ukrainiens occupés par leur offensive sur Zapozisja aient délaissés ce front. Or, il existe un intérêt stratégique d'un axe d'attaque russe vers le sud, peut être indépendamment de la volonté de capturer les villes de Sumy et de Kharkiv. Plusieurs indications montrent que les russes ont concentrés de puissantes forces sur ce front et qu'elles commencent la préparation d'artillerie en détruisant certains verrous stratégiques dans cette région.
Une "pré" offensive dans le secteur de Koupiansk
Depuis trois semaines environ, les russes qui avaient préparée une armée de 100.000 hommes, 900 blindés et de nombreux systèmes d'artillerie, ont commencé une offensive assez large entre Koupiansk et sur une trentaine de kilomètres vers le sud. Cette offensive très large de front rencontre une certaine prudence. En effet, les russes sont parvenus au village de Sinkivka et au-delà c'est une one ouverte propice à l'artilerie ukrainienne. Il est donc possible qu'une autre offensive prenne le relais.
Un changement probable de politique de communication publique sur la guerre avec la réduction au silence des informations sur les réseaux sociaux
Il est assez étonnant de constater que les soldats tant russes d'ukrainiens, puissent relâcher sur les réseaux sociaux des vidéos relata,t des actions militaires. Or, la plupart des ces vidéos sont géolocalisées ou géolocalisables de sorte que les analystes aussi bien indépendants que de propagande s'en emparent.
Or, dans l'offensive sur Koupiansk, les russes sont parvenus à faire un silence absolu. Les ukrainiens sont seuls à poster des informations et des vidéos. Dans le même temps, en Septembre est annoncée à la Douma russe une loi nouvelle qui bloquerait la diffusion d'informations, vidéo notamment. Pourquoi avoir attendu sinon que les russes voudraient protéger une offensive d'une importance capitale à venir.
Poutine est allé à Rostov rencontrer Gerassimov le général en chef de l'opération militaire spéciale
Hier, Poutine s'est rendu à Rostov pour rencontrer le général Guérassimov et son état-major. A chaque fois que Poutine s'est déplacé pour rencontrer un généralissime, il s'est produit un changement de stratégie important ou un acte de guerre changeant la situation.
Biden devrait cesser la guerre avant l'entrée en campagne électorale d'Avril 2024 :
Biden l'a annoncé depuis longtemps. Malgré son impopularité et son handicap mental, il se représentera à l'investiture du Parti Démocrate qui actuellement - et pour longtemps - contrôle l'administration fédérale américaine. Or, si l'Ukraine est destinée à s'effondrer devant l'agression russe, la réélection de Biden serait fortement compromise. Il est donc possible que Biden cherche à négocier une paix apparente dès la fin de l'été. Or, la situation de la Russie en Ukraine la laisse loin de ses objectifs essentiels. L'armée russe a donc intérêt à prendre l'offensive - et une offensive au moins aussi puissante que celle du 24 février 2022 et sans s'arrêter ce coup-ci - pour placer les Etats-Unis devant le fait accompli.
Pour toutes ces raisons, on peut estimer que les russes vont déclencher une offensive de grande ampleur très prochainement.
PS : on note cependant que certains politologues américains soupçonnent Biden et le Parti Démocrate d'exploiter la guerre en Ukraine pour empêcher les élections de 2024. Biden étant alors nommé "dictateur" dans l'état de guerre. Dans ce cas, l'offensive russe permettrait à Biden de déclarer la guerre à la Russie et de conserver son pouvoir. Pour celà, il lancerait ses vassaux européens dans une guerre directe avec la Russie. Si la France, l'Allemagne et l'Itaie en sont incapables, la Pologne, les Etats baltes notamment, sont disposés à attaquer. Celà aiderait Biden à se maintenir au pouvoir.
Le projet d'offensive russe
Déjà au début juillet, nous évoquions cette possibilité (Revue C-Politix, "Guerre en Ukraine. Nouvelle de l'offensive ukrainienne." - 09/07/2023) J'écrivais alors :
On s'interroge toujours sur le lancement d'une offensive russe par le Nord de Kharkov qui descendrait jusqu'à Odessa en coupant le front ukrainien de ses arrières, prenant le gros des forces ukrainiennes entre deux armées russes.
La chaîne Youtube Weeb Union, Wagner's New Meatgrinder | Operation Trident Siege | Russia's Plan To End The War, a retrouvé un tweet d'un officier d'état-major polonais, probablement très informé, qui aurait produit des cartes dès le mois de janvier 2023, pour montrer un tel projet. Depuis, les analystes militaires, mettant à jour le projet russe ont présenté un projet possible russe d'offensive. Le projet est résumé dans l'image tirée de la vidéo :
La première phase de l'offensive consisterait pour les forces Wagner à préparer l'armée biélorusse, forte de 250.000 hommes à tenir la frontière ukrainienne pour résister à toute offensive de ce côté. Et faie de même avec la frontière ouest avec la Pologne, déjà inquiète des mouvements de troupes. Les forces Wagner seraient alors en préparation d'une deuxième étape.
La deuxième étape de l'offensive consisterait à une offensive des forces Wagner, fortes d'environ 100.000 hommes, d'investir la ville de Chernihiv pour en faire un chaudron dans lequel se prendrait les forces ukrainiennes disponibles pour la défense de Kiev - environ 150.000 hommes. Ce chaudron attirerait nécessairement des troupes ukrainiennes du front du Donbas ou de Kherson. Il y aurait une certaine stabilité pendant la "prise" du chaudron.
La troisième phase de l'offensive consisterait en une offensive partant de la ville de Soumy puis vers Poltava au centre de l'Ukraine, avec environ 200.000 hommes. Cette opération consisterait à détruire les communications de l'armée ukrainienne dans le Donbass - environ 250.000 hommes - et à empêcher sa retraite pendant qu'elle serait attaquée par les troupes russes de l'actuelle opération spéciale - environ 150.000 hommes.
La quatrième phase comporterait trois mouvements conjoints :
- l'armée russe du front de Zaporijzia ferait mouvement vers le Nord pour rejoindre une branche de l'armée russe partie de Soumy sur Poltava de façon à se rejoindre sur la rive gauche du Dniepr en détruisant toute force ukrainienne ;
- une autre branche de l'armée russe arrivée à Poltava remonterait le long du Dniepr vers le Nord pour rejoindre une partie des forces Wagner;
- l'ensemble des forces russes du Donbass ferait mouvement pour capturer l'armée ukrainienne de l'Est.
L'intérêt de cette offensive est que son résultat ne dépend pas d'une armistice du régime ukrainien. Totalement détruite, l'armée ukrainienne n'existe plus à la fin de l'offensive. Et Moscou décidera de la suite à donner. A priori, l'armée russe s'installera pour de nombreuses années sur le territoire conquis. On parle de l'organisation de référendums d'autodétermination. Mais ce ne serait qu'un complément à la conquête territoriale. L'offensive russe se déroulerait de sorte que l'aide occidentale serait totalement tarie et les forces de l'Otan exsangues.
On note cependant plusieurs problèmes.
- L'offensive pourrait se bloquer en un point de son développement pour n'importe quel motif. Par exemple, le recours à l'arme nucléaire par l'Otan ou à des armes "sales" par le régime ukrainien et/ou par les américains.
- Plusieurs Etats pourraient décider que leur "destin national" les contraindrait à entrer en guerre contre la Russie. Ce serait le cas certainement de la Pologne et des Etats baltes. On note alors que les traités OTAN devraient conduire à l'entrée en guerre des Etats-Unis et des autres Etats européens. Mais en pratique, il est certain que les Etats-Unis n'entreront certainement pas en guerre s'il n'est pas de leur seul intérêt de le faire. Pourquoi sinon auraient ils imposées des sanctions économiques qui n'ont affecté que l'Europe en général et les membres de l'Otan en particulier.
- Une variante de l'entrée en guerre contre la Russie serait l'invasion par l'un des trois Etats qui ont des intérêts culturels en Ukraine, à savoir principalement la Pologne, dont une partie de la population vit en Ukraine depuis des siècles. Même chose pour la Roumanie et enfin pour la Hongrie. La Pologne est farouchement anti-russe. La Roumanie l'est parce qu'elle a intérêt à se soumettre à l'hégémonie américaine. Si celle-ci est vaincue en Ukraine, pourquoi la Roumanie se gênerait-elle ? Enfin, la Hongrie ne cache pas qu'elle souhaite défendre les intérets de la population magyare d'Ukraine. Et la Hongrie est quasiment pro-russe. En s'avançant dans le dispositif ukrainien survivant, elle tend la main à une liaison directe avec la Russie, liaison qui lui fait défaut et qui intéresserait notamment la Serbie.
- Mais, il y a un problème plus grave. Le projet tel qu'il est présenté par Weeb Union, pour intéressant qu'il soit, ne tient pas compte de deux impératifs pour la Russie : récupérer Odessa qui est une région russe et russophone, mais aussi rejoindre la Transnistrie moldave. On remarque cependant que, au problème de l'affection nationale près, avec les ports de Berdiansk et de Marioupol, la Russie s'offre un accès sur la Mer Noire. Laisser Odessa à l'Ukraine vaincue serait un beau "cadeau". Mais, dans le cas contraire, les forces russes devront ou bien débarquer à Odessa par la Mer Noire ou bien traverser le Dniepr à Kherson et rejoindre Odessa par le Nord. Dans les deux cas, cette opération serait exécutée alors que l'armée ukrainienne serait effondrée. Et l'effort pourrait ne pas être très important.
- Un dernier problème est à noter : les forces armées russes devraient agir vite. Et même très vite. Du moins pas comme au printemps 2022. Et celà d'autant plus que la Chine ne déciderait pas d'entrer en conflit armé avec les Etats-Unis notamment en Mer de Chine. De même, la situation africaine pourrait dégénerer et rendre la puissance américaine encore plus faible. Enfin, le fanatisme ukrainien, que la Russie qualifie d'ukro-nazi parce qu'elle est essentiellement raciale, pourrait provoquer une guérilla terroriste, alimentée notamment par la CIA et le MI6.
- Une chose devra être étudiée de façon sérieuse : pourquoi la Contre-Offensive ukrainienne de Juin 2023 n'a pas été une offensive militaire, mais s'est bornée à une multitude d'assauts répétés à l'échelon d'un compagnie sur une trentaine de points du front de Kharkov à Kherson. Pour mener une offensive, on choisit un point faible de l'ennemi. On accumule des forces d'assaut et des forces des destruction des défenses ennemies. On commence par détruire systématiquement, l'aviation, l'artillerie, les blindés, les positions fortifiées. On lance les troupes d'assaut et, juste derrière elles, les troupes d'occupation et d'exploitation en largeur.
Je ne répondrai pas à cette question parce que j'ignore la bonne réponse. Mais, je note que les russes, sauf le 24 Février 2022, n'ont pas menée d'offensive selon cette acception. Peur d'un échec, inadaptation des moyens ?
Sources
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