L'aggravation des émeutes footballistiques

Philippe Brindet - 03-06-2026

Samedi 30 mai 2026, dans la soirée avait lieu un match de football entre une équipe représentant la ville anglaise de Liverpool et une équipe représentant la ville française de Paris. Le match avait lieu en Hongrie. D'après les médias, le match n'a produit aucun débordement en Hongrie.

Par contre, des violences urbaines se sont développées partout en France. A Paris la situation a été critique avec des agressions contre des passants, l'investissement d'un immeuble résidentiel dans le XVI° arrondissement, des destructions et pillages de matériel urbain, de bars, restaurants, magasins. Les émeutiers ont interrompu la circulation automobile, molestant plusieurs automobilistes, faisant le blocus du Périphérique, ... Les émeutiers ont attaqués les policiers, souvent avec des mortiers d'artifice de forte puissance. Les forces de l'ordre ont enregistré 180 blessés.

Selon la police, 890 interpellations ont été pratiquées et ceux gardés à vue - 290 à Paris - ont été déférés en comparution immédiate devant la justice correctionnelle. Lors de ces audiences, aucune peine de prison ferme n'a été prononcée. Alors que le Parquet en avait requis de nombreuses.

A Londres, les mêmes exactions ont eu lieu autour de l'équipe d'Arsenal avec 6 agressions au couteau, 24 personnes arrêtées dont une dizaine pour des agressions de policiers, ... Il semble que l'amplitude des émeutes soit d'environ 1 à 10.

Les commentateurs notent qu'en France, la situation empire d'année en année alors même que les autorités - jusqu'au Président de la République - répètent inlassablement leur volonté de faire cesser ces émeutes.

Selon de nombreux témoins, souvent effrayés par la violence des émeutes, la bonne volonté de la police à faire cesser de telles exactions ne serait pas vraiment en cause. 22.000 policiers et gendarmes étaient déployés sur tout le territoire dont 8.000 à Paris. Mais, il semble que les pelotons d'intervention sont constamment freinés par leur hiérarchie à intervenir. De fait, les interventions ont souvent lieu après coup et avec une certaine modération. Des interrogations de policiers laissent percevoir que les instructions des autorités aux policiers sont d'éviter absolument toute blessure causée à un émeutier. Il semble qu'en haut lieu on redoute une "mobilisation" populaire en réaction à la répression policière si un "accident" survenait chez les émeutiers.

Un second problème est aussi relevé de nombreuses fois. La réponse policière - au détail relevé plus haut près - serait conforme à la volonté répressive des autorités. Mais cette répression consiste en dernier recours à déférer l'émeutier devant la Justice. Et c'est là où réside la faille qui explique peut être l'aggravation continue des émeutes. La procédure judiciaire met en jeu trois acteurs :

  • le délinquant qui doit reconnaître la matérialité de l'infraction ;
  • le parquet qui en déduit la peine que le tribunal devrait prononcer à l'encontre du délinquant ; et
  • le juge qui examine le délinquant et la réquisition du Parquet et décide souverainement.

Très souvent, alors que dans d'autres domaines pénaux, les juges du siège se caractérisent souvent par une application très ferme des peines prévues par la Loi, dans le domaine des exactions urbaines, notamment suite aux matches de football et autres réjouissances, il en est tout autrement. Les peines prononcées sont souvent "symboliques", de toute façàn ridiculement faibles, quand ce n'est pas une relaxe pure et simple.

Beaucoup récriminent contre "la partialité des juges" au bénéfice de délinquants qui sont de plus en plus détestés dans l'ensemble de la population. Il est probable que cette partialité existe. Mais il faut reconnaître que la Loi française moderne n'est pas adapté à la déliquance par émeute. La Loi suppose que le délinquant est "habité" par l'idée du "bien". Il n'est pas délinquant par "profession", mais parce qu'il a commis une erreur. Il doit recevoir une peine qui marquera pour lui le fait qu'il regrette cette erreur.

Et de fait, de nombreux juges ne comprennent absolument pourquoi la police leur fournit des délinquants et parfois des criminels, qu'ils ont déjà jugés 10, 20 fois, trente fois ....

Dans les exactions urbaines notamment, l'émeutier est souvent très fier d'avoir été arrêté par la police. Il reviendra dans son "quartier" avec l'aura d'un homme "accompli". Quelqu'un de respecté ... On peut déplorer cette attitude. Elle s'étend toujours davantage dans les milieux populaires.

A cette attitude de bravade, s'ajoute la "stratégie" qui consiste, pour le délinquant, à contester farouchement, contre l'évidence, la matérialité du délit. Un policier arrête un pilleur de magasins avec une caisse de champagne sur les lieux même de son vol. Devant le juge, le délinquant affirmera qu'il ne l'a pas volé, mais qu'un "camarade" le lui a mis sur les bras alors qu'il ne "demandait" rien ... Et le juge préfère croire sa version plutôt qu'à celle du policier. Parce que c'est judiciairement plus facile de relaxer cet individu que de convoquer le policier pour lui faire préciser les circonstances du vol et donc confondre le prévenu ... Or, la journée d'un juge en comparution immédiate n'a que vingt-quatre heures.

Voici deux raisons pour laquelle la Loi française n'est pas adaptée à la situation des émeutes urbaines et festives .... Il y en a d'autres. Mais laissons les dans l'ombre. Par pudeur ...

Il faudrait donc la modifier ... Et là, tout devient beaucoup plus difficile ...

Certains, de plus en plus nombreux, prenant conscience de l'inefficacité des juges de l'ordre judiciaire, espèrent trouver un "biais" en utilisant l'Administration sociale. En bref, dans ces exactions urbaines, ce qui exaspère les "honnêtes gens", c'est qu'elles coûtent de l'argent aux contribuables ... En général, pas aux émeutiers ...

La solution est donc de faire payer les dégâts aux émeutiers. La solution ravit les honnêtes gens. D'autant que les "honnêtes gens" sont persuadés - et peut être ont-ils raison - que les émeutiers sont gens grassement payés par les allocations sociales : chômage, RSA, familiales, .... C'est bien entendu une solution inappliquable et je laisse à mon lecteur le soin de trouver pourquoi ...

L'opinion publique est majoritairement persuadée que ces délinquants "urbains" sont des immigrés ou des descendants d'immigrés. En France, ils viennent pour la plupart d'Afrique Noire ou du Maghreb. Ils sont souvent musulmans. Un tel constat était interdit il y a seulement deux ans. Mais depuis quelques temps, plusieurs politiciens de première grandeur se sont plus ou moins ralliés - avec autant de prudence qu'il en faut - à cette opinion.

Alors une autre idée vient aux braves gens : "renvoyer chez eux ces immigrés sans foi ni loi" ... L'expression n'a évidemment aucun sens et elle ne sera jamais appliquée ... Même par un politicien qui semble adhérer à ce point de vue.

Pourtant, dans ces pays d'origine, il ne semble pas qu'il y ait d'émeutes du genre qu'on admire à Paris, ville touristique s'il en est ...

Ce qu'il y advient dans ces pays d'origine, c'est que le délinquant trouvé avec une caisse de champagne à la sortie d'un magasin, serait conduit poliment sur un stade avec cinquante mille compatriotes vociférant. Il y recevrait cinquante coups de bâton et on lui coupera une main. Deux, si le champagne est un Dom Pérignon ....

Est-ce qu'on peut trouver une solution pénale satisfaisante à notre problème de société ?

Quelques observations impertinentes

  • Le Paris-Saint-Germain, PSG, est une société anomyme dont l'actionnaire principal est un fonds souverain du Quatar ( Qatar Sports Investments à 85,9 %).
  • Le stade dont est originaire l'équipe anglaise Arsenal porte le nom de The Emirates Stadium. Cette désignation provient d'un accord commercial qui donne le droit à la Compagnie aérienne des Emirats Arabes Unis de donner ce nom à ce stade contre une redevance : Emirates is one of the two flag carriers of the United Arab Emirates (the other being Etihad Airways). Based in Al Garhoud, Dubai, the airline is a subsidiary of The Emirates Group, which is owned by the government of Dubai's Investment Corporation of Dubai.

Revue C-Politix (c) 3 Juin 2026