L'effondrement de l'Occident - Deux observations

Philippe Brindet - 23.09.2026

Des observateurs, des analystes, des penseurs en Occident estiment que l'effondrement est ou bien en cours ou même qu'il est réalisé. L'effondrement est donc une chose établie, indiscutable, évidente. J'ai la propension à me joindre à cette position, en réalité pas si confortable qu'on veut bien le croire.

D'abord, un nombre très élevé de gens en occident sont particulièrement satisfaits de leur sort et n'imaginent pas que "leur" civilisation" serait menacée ou - plus saugrenu encore pour eux - squ'elle erait en train de s'effondrer. De ce fait, l'évidence de l'effondrement est une opinion difficile à soutenir en public. Il serait intéressant de caractériser les populations qui se gaussent de la thèse de l'effondrement et celles qui la jugent exacte. Ce sera pour une autre fois.

Je voudrais ici me limiter à deux réflexions :

1 - L'étendue géographique de l'effondrement

Les critiques de la civilisation occidentale actuelle partent souvent de circonstances très locales, généralement nationales. Par exemple, vous pouvez trouver des auteurs qui estiment que "la France" n'est plus ce quelle était sous de Gaulle ou sous Charlemagne ... Or, des auteurs d'autres nations occidentales - au Royaume-Uni, aux USA, en Allemagne ... - professent pour leurs nations respectives le même genre d'opinions. Plus rarement, certains estiment que c'est l'ensemble de l'occident qui décline. La comparaison entre ces diverses opinions nationales devrait permettre d'élargir l'effondrement de sa propre nation occidentale à l'ensemble de l'occident..

Pratiquement les mêmes traits apparaissent dans toutes les sociétés occidentales en Europe, en Amérique du Nord, ...

Or, il faut admettre que les Etats-Unis, surtout depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ont exporté largement le modèle culturel occidental "américanisé" en Amérique Latine, en Asie, en Afrique, ..Et dans une certaine mesure que je ne suis pas en mesure de préciser, les traits de l'effondrement se retrouvent aujourd'hui partout dans le monde.

Dès lors ce n'est pas seulement une civilisation locale, particulière, située dans le temps et dans la géographie, qui s'effondrerait comme la civilisation des Astèques, celle des Incas, Athènes,, Rome, .... Ce serait le monde entier qui s'effondrerait. Avec peut être des modalités différentes en Afrique, différentes en Asie, différentes ... Mais qui s'effondrerait de même.

Cette observation entraîne une foule de remarques que je n'ai pas l'intention de laisser s'échapper aujourd'hui. Mais, en particulier, déjà que dans la seule France, une majorité de gens sont très satisfaits de leur "décadence", Si on ouvre la question de l'effondrement au monde entier, les satisfaits deviendront innombrables. La généralisation ne simplifie pas la thèse de l'effondrement.

2 - Une caractéristique remarquable de l'effondrement occidental

Avec des accomodements, on peut remarquer que la civilisation occidentale s'est répandue sur toute la Terre. C'est ce qui permet de valider en premier instance ma remarque sur l'extension géographique de l'effondrement. Si l'occident américanisé s'effondre, alors le monde entier s'effondre ....

Or, les occidentaux, quand ils acceptent au moins en partie la thèse de l'effondrement font souvent référence à la chute de Rome entre le Troisième et le Cinquième siècles de ... l'ère chrétienne. Chrétienne ? Quand on parle de l'effondrement de l'Occident, beaucoup de gens ne font même plus référence au christianisme. C'est étrange, mais explicable par la déchristianisation pratiquement totale et de l'Occident et des institutions chrétiennes occidentales qui se sont alignées - elles se disent "ouvertes" - sur la civilisation occidentale.

Parmi ces institutions, se trouve l'Eglise catholique. Ses dirigeants se sont progressivement rapprochés de la société athée occidentale jusqu'à en épouser tous les traits décadents. Il en résulte que, sur plusieurs siècles, le catholicisme - les catholicismes devrait-on dire - sont sortis de l'Eglise catholique qui pour sa partie visible contemporaine ne contient plus que des individus qui se relient à l'Eglise catholique fondé au premier siècle de l'ère chréteine par Jésus de Nazareth. Ce lien avec l'Eglise se réalise par la Tradition de la Foi, cette Tradition se présentant sous une forme ou sous une autre. Ce n'est pas le lieu d'en débattre.

Or, si le catholicisme, mieux les catholicismes, vont disparaître dans l'effondrement de l'Occident, les chrétiens qui se relient par la Foi à l'Eglise assurée dans le Temps resteront.

Quand Rome s'est effondrée, les chrétiens étaient déjà là. Ils ont été persécutés. Mais ils sont restés. Et la civilisation occidentale a surgie, non pas de rien, mais de l'effort de l'Eglise d'annoncer le Règne de Dieu dans la fin de la civilisation romaine.

L'effondrement occidental n'est donc pas une route vers le néant. Il pourrait l'être. Mais ceux qui ont reçue la Foi du Christ savent que malgré les tribulations, tout est espérance dans la fin de la civilisation américaine que cette fin soit déclin ou cataclysme.

En marge de cette seconde remarque, je voudrais soutenir l'idée que la décadence de la civilisation occidentale est au moins pour partie causée par la décadence des catholicismes - et j'insiste sur "les catholicismes", qui sont devenus étrangers à l'Eglise catholique. L'une des institutions qui anime les catholicismes en occident vient de publier une brève statistique de son activité en France depuis 1980. Les chiffres montrent l'effondrement de ces catholicismes :

Description198019902000201020202024
Parishes38,39134,88522,15615,76513,57710,925
Diocesan priests31,48125,20319,23414,44810,3499,095
Professed religious87,04465,17848,49934,84621,47817,452
Baptisms513,501472,130401,054306,841173,300186,165

Source : https://press.vatican.va/content/salastampa/en/bollettino/pubblico/2026/09/18/260918f.html

Le taux en pour cent de l'effondrement des catholicismes est le suivant :

Taux de variation en %
sur la période
1990- 19802000-19902010-20002020-20102024-2020
Parishes-9,1-36,5-28,8-13,9-19,5
Diocesan priests-19,9-23,7 -24,9-28,4 -12,1
Professed religious-25,1-25,6-28,2-38,4-18,7
Baptisms-8,1-15,1-23,5-43,57,4
Taux de variation en %
annuel moyen
1990- 19802000-19902010-20002020-20102024-2020
Parishes-0,9-3,6-2,9-1,4-3,9
Diocesan priests-2,0-2,4-2,5-2,8-2,4
Professed religious-2,5-2,6-2,8-3,8-3,7
Baptisms-0,8-1,5-2,3-4,41,5

Si on excepte l'augmentation paradoxale du nombre des baptêmes depuis 2020, l'ensemble des secteurs catholiques réduisent leur importance d'environ 2 à 3% par an en moyenne et plutôt plus vite aujourd'hui. Cette décroissance rapide dénote un effondrement des catholicismes à l'intérieur du monde occidental qui suit la même trajectoire.

Or, presque personne en occident ne s'interroge sur la critique implicite que cette situation devrait susciter. Bien au contraire. L'effondrement est alors irréversible. Mais les chrétiens sont toujours là comme déjà lors de l'effondrement de Rome.


Revue C-Politix (c) 23 Septembre 2026