L'incident du Bureau ovale. Quelques idées

Philippe Brindet - 01/03/2025

1 - L'histoire

"Convoqué" à Wahington pour signer l'accord qui lui est imposé sur l'exploitation des terres rares de l'Ukraine, le président ukrainien Zelinsky avait les honneurs du bureau ovale à la Maison-Blanche pour une conférence de presse avant la séance officielle de signatures. Se trouvaient dans le Bureau ovale, le président Trump et le vice-président Vance, le secrétaire d'état Rubio et plusieurs membres de l'administration Trump. S'y était joint le Président Zelinsky accompagné de son équipe. En face d'eux étaient rangés les journalistes.

Il semble que Trump, en accueillant Zelinsky à l'entrée du Bureau ovale ait été défavorablement surpris par la tenue "militaire" de Zelinsky. Il a cependant choisi de ne pas trop se formaliser, se contentant de relever que Zelinsky s'était mis sur son "trente-et-un" ... L'autre n'a pas relevé.

La Conférence de presse démarre jusqu'à ce qu'un journaliste polonais, interpellant Trump, lui raconte que la Pologne connait la brutalité russe par l'occupation communiste. Et il lui demande froidement s'il ne craint pas d'être sous l'emprise de Poutine.

La question n'a qu'un rapport indirect avec l'accord sur les terres rares ukrainiennes. Mais ce rapport est pervers et elle semble déstabiliser Trump. Qui répond un peu à côté :

Trump: "Vous voulez que je dise des choses vraiment terribles sur Poutine et que je lui dise ensuite "Bonjour, Vladimir, comment se passe l'accord ?". Ce n'est pas comme ça que ça marche. Je ne suis pas aligné avec Poutine, je ne suis aligné avec personne. Je suis aligné sur les États-Unis, et pour le bien du monde, je suis aligné sur le monde, et je veux en finir avec cette affaire. Vous voyez, avec la haine qu'il y a contre Poutine, c'est trcs difficile pour moi de conclure un accord. (...) Ce n'est donc pas une question d'alignement. Je dois être en phase avec le monde. Je veux que les choses soient dites. Je suis aligné sur l'Europe. Je veux voir si nous pouvons faire avancer les choses. Vous voulez que je sois dur ? Je pourrais etre plus dur que n'importe quel être humain que vous ayez jamais vu. Je peux être tellement dur, mais vous n'arriverez jamais à obtenir d'accord de cette façon. C'est comme ça que ça se passe. Une autre question."

Et là, Vance commet certainement une faute. Trump a répondu à côté. Mais celà faisait sens comme réplique à l'insinuation du polonais. Il aurait mieux valu en effet passer à une autre question.

Vance: "Je vais répondre à cela. Pendant quatre ans, les États-Unis ont eu un président qui a tenu des conférences de presse et parlé durement de Vladimir Poutine, avant que ce dernier n'envahisse l'Ukraine et ne détruise une grande partie du pays. La voie de la paix et de la prospérité passe peut-être par la diplomatie. Nous avons essayé la voie de Joe Biden, qui consiste à montrer sa force et à prétendre que les paroles du président des États-Unis ont plus d'importance que ses actions. Ce qui fait de l'Amérique un bon pays, c'est l'engagement de l'Amérique dans la diplomatie. C'est ce que fait le président Trump."

L'intervention de Vance, qui ne répond pas mieux à la question du polonais, précise la position américaine de renoncer à la voie militaire pour lui préférer la voie diplomatique. Mais, il reste trop vague. Et il offre ainsi une possibilité d'intervention de Zelinsky, que Vance a ainsi relancé alors que Trump l'avait bloqué en appelant "une autre question" :

Zelensky: "Je peux poser une question ?"

Vance: "Bien sûr."

Zelensky: "Il (Poutine) a occupé nos territoires, de grandes parties de l'Ukraine, une partie de l'Est et la Crimée. Il les a occupées en 2014, ..."

Et Zelinsky reprend les raisons pour lesquels il veut à tout prix la guerre. Et il met en cause Vance :

Zelinsky : "... De quelle diplomatie parlez-vous, JD (Vance) ? Que voulez-vous dire ?"

Vance: "Je parle du type de diplomatie qui va mettre fin à la destruction de votre pays. M. le président, si je peux me permettre, je trouve qu'il est irrespectueux de votre part de venir dans le Bureau ovale et d'essayer de débattre de ça devant les médias américains. En ce moment même, vous forcez des conscrits à rejoindre la ligne de front parce que vous avez des problèmes d'effectifs. Vous devriez remercier le président (Trump)."

Zelensky: "Avez-vous déjà été en Ukraine pour voir nos problèmes ? Venez une fois."

Vance: "J'ai vu et lu des choses et je sais ce qui se passe : vous y emmenez les gens pour une visite de propagande, monsieur le président. Est-ce que vous niez avoir des problèmes pour mobiliser dans votre armée? Et pensez-vous que c'est irrespectueux de venir dans le Bureau ovale des États-Unis d'Amérique et d'attaquer le gouvernement qui tente d'empêcher la destruction de votre pays?"

La mise en cause par Zelinsky a énervé Vance qui - c'est lui le responsable - agresse alors Zelinsky en qualifiant sa position de irrespectueuse. Zelinsky tente de répliquer, mais alors Trump fait une escalade et la dispute a lieu entre Zelinsky et Trump. Et Trump reprend la position de Vance.

La conférence de presse est interrompue et le Secrétaire d'Etat Rubio se dirige vers Zelinsky pour lui intimer l'ordre de le suivre vers la sortie.

2 - Quelques idées

  1. La réaction des européens

    Elle a été unanime : une condamnation radicale de l'attitude de Trump et Vance contre le "héros" Zelinsky. Les politiciens européistes veulent la guerre contre la Russie. Ils ont donc soutenu Zelinsky et condamné l'attitude agressive de Trump et de Vance. Il est donc possible que l'attitude "militaire" de Zelinsky devant Trump et Vance était dictée par le bellicisme des européens.

    Pourquoi les européistes veulent ils la guerre avec la Russie ?

    La raison est la même depuis presque trois siècles : un régime en faillite tombe sous la révolte des peuples. Sauf si ce régime déclenche une guerre aussi violente que possible. La guerre interrompt la révolte populaire et le peuple est massacré par la guerre. Le régime peut se maintenir, quitte à changer de forme ... mais, assez vite, ce sont le smêmes qui retrouvent le pouvoir politique.

    La guerre avec la Russie permet au régime européiste de se maintenir alors qu'il a ruiné l'Europe en bande et dans chacune de ses nations. Et la révolte gronde. L'Union européenne a donc absolument besoin de la guerre avec la Russie.


  2. La réaction de Zelinsky

    Zelinsky sait que s'il arrête la guerre, il sera exécuté par l'extrême-droite ukrainienne. Mais, s'il continue la guerre, il risque de se réveiller un matin avec six divisions blindées russes dans les rues de Kiev. ET ce matin pourrait être demain, parce que les dernières fortifications ukrainiennes sont en train de tomber et que devant les troupes russes, il 'y a plus que la plaine ukranienne. Il est obligé de 'militariser" la demande de paix avec Trump et de civiliser sa réplique militaire parce qu'il n'a plus ni hommes, ni matériel.

    Il reviendra signer l'accord de Vance et de Trump. Demain, mais pas après-demain ... Et il recommencera à faire la guerre en "faisant la paix" avec les américains.


  3. La position de Trump et Vance

    Elle est assez rusée. Tout d'abord, ils prennent le contre-pied de la politique anti-russe de "Biden" - le pauvre n'y pouvait pas grand chose. Ce sont les bandes de progressistes "woke" qui alimentaient le bellicisme et ces "woke" sont tout antant américains qu'européistes. De sorte que la position de Trump et Vance est régnante à Washington, mais inefficace à Bruxelles, Berlin, Londres et Paris. Et Rome, bizarrement. Mais c'est comme celà et celà ne changera pas avant longtemps.

    Pourquoi la position de Trump et Vance est "rusée" ?

    La réponse réside dans une assertion formulée par certains analystes ces derniers mois. La Russie a gagné la "guerre en Ukraine" (l'opération militaire spéciale selon eux) depuis longtemps. Tout le problème de Biden - du progressisme "woke" - était de savoir comment assumer la défaite totale face au peuple américain ? Et bien, la réponse est donnée par Trump et Vance. Ils renversent les "alliances" et discutent avec Zelinsky comme s'ils avaient vaincus l'Ukraine ! C'est l'un des buts de "l'incident du Bureau ovale" ! Poser Trump en "vainqueur de Zelinsky" ...

    Et Poutine les laisse faire ! Au contraire, il a suggéré d'exploiter les terres rares d'Ukraine entre les Etats-Unis et la Russie ! Par cette proposition, il leur a proposé de partager les "fruits de la victoire" ! Ce que les américains ne manqueront pas de retenir si Zelinsky s'entête dans son bellicisme.


  4. Comment Zelinsky peut-il rebondir ?

    Il n'a qu'une alternative :

    • ou bien se soumettre à Poutine et à Trump - il est assassiné par l'extrême-droite ukrainienne ;
    • ou bien fédérer le bellicisme européiste à une hauteur égale à l'effort de guerre de la Russie - et il a l'exemple du Hamas.

    Il peut aussi faire un peu des deux, ce qui signifie qu'il a perdu.

    Son problème, c'est que avec la seconde branche de l'alternative, l'Ukraine :

    • perd le soutien des Etats-Unis : argent, matériel militaire, renseignement, "conseillers" militaires ... Trump et Vance auraient déjà ordonné de couper l'aide américaine.
    • doit garder le soutien "certain" et profondément immoral de l'Union Européenne. Or, l'UE n'a pas le premier sou des budgets de guerre qu'il faut pour affronter la Russie. Et elle n'aura pas l'accord des Etats-Unis pour l'emploi de son matériel. Et je parle ici du matériel non américain. En effet, il y a dans ce matériel des composants américains - normalisation OTAN fait loi - qui ne peuvent être utilisés qu'avec l'accord de Wasington.

    De précédentes foucades de Trump, mais aussi de plus sérieuses déclarations de Vance - à la Conférence sur la sécurité de Münich, notamment - on peut déduire :

    • l'OTAN en tant que défense militaire de l'Union européenne est morte ;
    • l'Union européenne, privée de son alliance native avec les Etats-Unis - quoi qu'en dise Trump - est politiquement, économiquement et militairement morte.

3 - Et demain ...

Je suis incapable de prévoir ... Les conservateurs en Europe n'ont qu'un seul avenir : la destruction totale de l'Union Européenne par les Etats-Unis. Je l'ai déjà écrit : l'Union Européenne est politiquement, économiquement et militairement morte. Mais, il manque une destruction essentielle : la destruction idéologique - culturelle, si vous préférez - du progressisme "woke" qui anime le monstre UE.

En tant que français, je me "moque" éperduement du sort de Zelinsky. Il est un valet corrompu du progressisme "woke" et rien de plus. Un bouffon ridicule et terrifiant.

L'intérêt de la France est d'abord dans la destruction totale du progressisme "woke". Le reste arrivera par surcroît. Et Trump et Vance montrent comment l'assurer : le frapper dans sa corruption même. Lui ôter l'accès aux dilapidations financières. Bloquer ses comptes bancaires. Détruire l'action pratique de ses organisations : universités, médias, ONG. Et surtout détruire impitoyablement le trésor de guerre amassé par les hypermilliardaires et leurs laquais.

Les français, les allemands, les anglais, les italiens, les ... y parviendront-ils seuls ? A un moment, nous serons seuls. Nous pouvons encore espérer que Trump et Vance vont commencer la besogne. Comment vont-ils intervenir dans le coup d'état "woke" en Roumanie où le candidat présidentiel Georgescu est menacé d'être emprisonné après avoir été dépossédé de sa victoire électorale ? Comment vont-ils intervenir en Allemagne quand le candidat "conservateur" Merz devenu chancelier tentera - il ne pourra pas faire autrement - de détruire l'AfD de Alice Weidel ? Comment vont-ils intervenir au Royaume-Uni quand Starmer va attaquer UK Reform de Nigel Farage ? Et en France, Marine Le Pen, menacée de prison et d"inéligibilité avant la fin du mois ? Et Zemmour, menacé par des dizaines de procès insensés ?

Malheureusement, les peuples n'ont pas d'amis. Ils n'ont que des intérêts. Que fera le peuple américain ?

L'Histoire ne peut compter que sur les peuples : le peuple roumain, le peuple allemand, le peuple britannique, le peuple ...


Revue C-Politix (c) 01 Mars 2025