L'offensive islamiste en occident n'est pas seule

Philippe Brindet - 20.11.2023

La question de l'actuelle offensive islamiste en occident se pose depuis une vingtaine d'années. En réalité, à écouter les spécialistes comme Gilles Kepel ou Florence Bergeaud-Blackler ou les lanceurs d'alerte comme Boualem Sansal, cette offensive est intrinsèque à l'islam. Sauf que l'islamisme est un mouvement religieux qui se moque de l'influence politique. Son objectif n'est pas la prise du pouvoir politique. Que le régime soit une démocratie, ou une autocratie l'indiffère. Il ne cherche qu'une seule chose : soumettre à l'islam tous les peuples qui ne s'y pas encore soumis.

Pourquoi ?

Par "pure bonté d'âme".

C'est étonnant pour des laïcs sécularisés comme le sont les occidentaux. Mais c'est comme çà.

Du coup, dans cette perception de ce qui nous arrive, la distinction entre islamisme et islam, entre musulman modéré et islamiste radical, se comprend, s'admet. Il faut adhérer à un "frérisme" particulier pour se transformer de musulman en islamiste radical.

Malheureusement, cette distinction est calquée de la vieille distinction qu'il y a en occident depuis plus de deux siècles entre le peuple et le révolutionnaire. La "Révolution" - elle est interdite par la Loi en occident contemporain - peut être une idée qui flotte dans le peuple. Elle ne devient active chez quelques uns qu'au moment où le révolutionnaire adhère au mouvement organisé révolutionnaire. Et c'est là que l'attend la police du régime.

En France, le "coup" usé, rabattu de la "fiche S" appliquée aux islamistes est une très vulgaire application de cette expérience occidentale. En surveillant le peuple, la police tente de repérer tout individu qui se "rapproche" d'une quelconque organisation révolutionnaire. Dite "terroriste" ou même "islamiste" et vous tenez la vieille "recette" qui ici échouera immanquablement. Considérez le nombre avoué de "fichés S" qui commettent des attentats islamistes et vous comprenez le nombre élevé "d'attentats déjoués" dont se vante le régime dans sa lutte frénétique contre le "radicalisme islamiste" et en faveur d'un "islam républicain".

Le "frérisme" musulman ne cherche pas à prendre le pouvoir. Il le pénètre à l'insu de son plein gré. En s'insinuant dans l'enseignement, la "culture populaire", la police, la justice, les médias, .... En tissant des liens de clientélisme avec les partis politiques occidentaux et leurs politiciens corrompus et qui ne demandent qu'à l'être davantage.

Or, la majorité des musulmans occidentaux, selon cette analyse, ne peuvent pas être tous membres de conféries islamistes. Ils vivent la plupart du temps en parfait "laïcs" au sens occidental du terme, complètement "sécularisés" et prêts à "vivre leur foi limitée dans la sphère privée" pour reprendre la folie autosatisfaite et impuissante de la laïcité.

Mais il existe bien dans des problèmes complètement méconnus des occidentaux. Le premier problème est que la culture musulmane au sens large ignore complètement et se méfie même du concept de nation et partant de celui d'Etat au sens occidental du terme. La culture musulmane est une évolution du VII° siècle de notre ère et dans une aire où l'unité sociétale est la tribu et pas la nation. Vous pouvez artificiellement constituer des nations dans la sphère musulmane. Mais "la nation arabe" est une invention de demi-fous occidentaux, comme le fameux Lawrence. Ce qui existe dans la culture musulmane, ce n'est même pas la tribu. C'est "l'oumma", qui est quelque chose de très insidieux, d'informel, de non institutionnel. L'oumma, c'est le Coran et la charia, c'est la langue et l'écriture arabes. L'oumma, ce sont les "cinq piliers de l'islam". Ce sont exactement les points que le régime occidental entend inclure dans sa laïcité satisfaite à l'égard des musulmans qui n'en attendaient pas tant ...

Le second problème méconnu des occidentaux au sujet de l'islam - et pas seulement de l'islamisme, pour autant que la distinction ait un sens - leur est pourtant bien connu. Déjà au XIX° siècle et, plus encore au XX° siècle, le "révolutionnaire" se fondait dans le peuple "comme un poisson dans l'eau", pour reprendre la formule du stratège vitenamien Giap qui écrasa les français à Dien Bien Phu. Dans une large mesure, l'islamiste radical se fond dans la population comme le révolutionnaire. Avec ce détail que le musulman se fond déjà lui-même dans la population et que l'islamiste se cache dans la population musulmane.

Et l'islamisme est loin d'être le seul "candidat" à détruire le régime occidental. Si l'occident s'est à peu près complètement dépêtré du marxisme et de ses sectes maoïste, polpotiste, trotskyste, ... il s'est déjà fait exploser avec le "libéralisme économiste" d'une part et avec le "progressisme politique et sociétal d'autre part. Nous sommes d'ores et déjà "atomisés", dispersés, divisés, par ces deux terribles dictatures purement intérieures à l'occident.

Et le second problème que pose l'islam à l'occident, c'est qu'il a fait alliance objective avec les mouvements de l'état de droit, des minorités actives. Comtre le racisme et contre l'islamophobie, l'islam radical est prêt à faire allia,nce avec les LGBT même juifs, avec les wokistes, avec les genristes. Une fois parvenu à ses fins, l'islamisme les éliminera sans problème. Et de fait, si l'islamisme recrute d'abord parmi les immigrants musulmans, il ne dédaigne pas les mouvements minoritaires protégés par le régime occidental.

Ainsi on a vu aux Etats-Unis des bannières LGBT agitées par des juives de campus de la Ivy League dans des manifestations palestiniennes, dirigées par le Hamas, mouvement islamiste, frériste s'il en est. L'islamisme utilise pour atteindre ses objectifs toutes les "bonnes volontés", sans exclure personne. C'est bien ce qu'ont compris les islamo-gauchistes qui espèrent les voix électorales des musulmans d'une part, et ne désespèrent pas d'utiliser les bras djihadistes, d'autre part, pour leur propre révolution prolétarienne, le migrant africain remplaçant l'ouvrier des villes et le travailleur des champs du XX° siècle.

C'est tout celà qui forme les dangers que coure l'occident.




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Revue C-Politix (c) 20 Novembre 2023