La Guerre en Iran - Quelques observations sur l'Occident

Philippe Brindet - 2 Février 2026

Le corps expéditionnaire américain serait aux portes du détroit d'Ormuz depuis quelques jours. Il semble que le détroit était fermé ce week-end par un exercice de tirs réels pratiqué par la Marine de Guerre iranienne. Et cela suffit à retarder l'avance de l'Armada yankee ...

Cette expédition est en réalité la nouvelle rodomontade de Trump. Nouvelle rodomontade destinée à faire oublier la précédente rodomontade de l'annexion du Groenland. Qui elle-même servait à faire oublier le kidnapping - réussi - du président de la République du Vénézuela.

La médiacratie est ravie : elle peut appâter avec des nouvelles sensationnelles des cerveaux malades pour la publicité qui est en réalité la seule motivation de la presse ...

Une psychiatrie rudimentaire

Trump n'est pas un "esprit de finesse". On l'excite avec des faits primaires. Il réagit immédiatement à de tels stimulis. Avec l'Iran, ses agents excitateurs lui ont présenté les faits les plus simples possibles, accessibles à son cerveau qui est ce qu'il est ...

Ils lui ont dit :

  1. Le fanatisme islamiste du régime iranien l'oblige à détruire Israël. Et, aujourd'hui, la destruction du peuple israélien entraîne une modification géopolitique inadmissible pour la Grande Amérique trumpienne - en fait, c'éta-t la même sous Biden, sous Obama, sous Bush ... Le devoir du Président Trump est donc d'empêcher cette destruction par tous moyens. Premier message reçu et compris par Trump ... Ce n'était pas forcément gagné ...
  2. Les alliances du régime iranien avec la Russie et, pire, avec la Chine, viennent de prendre ces derniers mois une viguer qu'elles n'avaient pas avant. Il faut détruire ces alliances. Il y a trois solutions et trois seulement : détruire la Russie, détruire la Chine ou détruire l'Iran. Détruire la Russie ? On essaye avec l'Ukraine et ce n'est pas gagné ... Détruire la Chine ? C'est actuellement un peu "osé" ... Alors il reste une solution : détruire l'Iran. Trump a compris.

C'est avec cette géopolitique sommaire que les agents excitateurs de Trump lui ont d'abord proposé la solution du consortium formé de la CIA américaine et du Mossad israélien : déclencher une "révolution de couleur" à Téhéran qui fera immanquablement s'écrouler le régime iranien. Pourquoi ? Parce que "la démocratie triomphe toujours ....". Argument indiscutable. Surtout pour un esprit de l'envergure de Trump.

Trump a donc ordonné une "révolution de couleur" à Téhéran au début janvier 2026. Or, il semble que, pour des raisons encore non publiques, cette "révolution de couleur" n'ait pas réussie. C'est diffiicle d'en être certain aujourd'hui. Mais c'est le plus probable.

Le possible échec de la "révolution de couleur" a donc contraint les agents excitateurs de Trump à recourir à une nouvelle solution du problème iranien : la guerre. Et ces mêmes agents excitateurs sont allé trouver Trump et lui ont dit :

On pourrait faire un bombardement massif des ressources militaires iraniennes. On l'a déjà fait en 2025 avec l'armée de l'air israélienne. L'US Air Force n'a pas duré très longtemps et de ce fait, on doute que le bombardement aérien soit une solution efficae pour faire s'effondrer seul le régime iranien. Une autre solution serait d'occuper le Golfe Persique et, si possible, les ports principaux de l'Iran. EN se rapprochant suffisamment, les bateaux de l'US Navy pourraient renforcer considérablement l'ampleur du bombardement aérien de la seule US Air Force, même complétée des avions israéliens.

C'est sur cette solution d'une armada navale que Trump a été dirigé. C'est fait. Elle est face à l'Iran.

Que se passe-t'il ?

En fait, plus l'Armada US se rapprochait de l'Iran, plus les américains recevaient de mauvais signaux.

  1. Bloquer le Golfe Persique,

    est certainement une "très bonne idée" si on ne tient compte que du trio US, Israël, Iran. Mais, les agents excitateurs de Trump ont oublié un détail. SUr le Golfe Persique, il y a plusieurs pétromonarchies qui font tourner des dizaines de super-pétroliers, vitaux pour leur richesse. Ils n'ont aucune envie que ce commerce fructueux soit interrompu.
  2. Frapper l'Islam ...

    est une opération en réalité assez difficile à conduire. D'accord les Sunnites n'aiment pas les Shiites. Mais pas au point d'accepter de les faire "massacrer" par des infidèles, fussent-ils américains. ALors si en plus c'est des juifs ... Les alliés sunnites des américains sont donc très circonspects sur l'action américaine ....
  3. Fâcher davantage la Chine et la Russie,

    en soi, Trump n'a rien contre. Mais les comptables du Pentagone lui ont dressé un inventaire des ressources matérielles de l'Armée américaine. Et ce n'est pas brillant... Les magasins de matériel et munitions de l'Armée US sont très entamés par la guerre en Ukraine. ET maintenant par l'Union Européenne chargée d'appuyer l'Ukraine contre la Russie en achetant des armes à l'Amérique ... Ce n'est donc pas vraiment le moment d'initier une guerre avec la Chine et la Russie, guerre qui viendra toujours bien assez tôt. Or, la Chine et la Russie envoient des signaux de plus en plus agressifs pour dire aux américians de se calmer avec l'Iran ....

Que va-t'il se passer ?

La solution la plus raisonnable est de supposer qu'il ne va plus rien se passer.

Mais, il y a un problème psychiatrique.

Trump ne dispose pas d'un cerveau qui accepte une situation dans laquelle il sent qu'il a perdu. Surtout sans faire un effort majeur ... On l'imagine difficilement ordonner demain matin à "l'Invincible Armada" de faire demi-tour. Autrement dit, Trump ne doit pas "perdre la face". Et c'est là toute la difficulté de supposer ce qui va se passer.

Il y aurait des solutions auxiliaires à une invasion par voie de débarquement dans le Golfe Persique : une guerre régionale développée par l'Irak américanisée ... Attaqué sur deux fronts, le régime iranien pourrait peut être s'effondrer alors.

Mais, la possibilité que l'Irak reprenne la vieille guerre Iran - Irak menée par Saddam Hussein il y a trente ans ans semble bien faible. En fait, l'Irak est très peu "américanisé". Il a un fort tropisme vers la Russie et vers la Chine. De plus, la force de l'armée irakienne est probablement très faible. L'occupation américaine a probablement eu comme but principal de ruiner toute reprise guerrière de la part de l'Irak, quelque soit son régime.

Une autre solution auxiliaire serait de relancer la "révolution de couleur" en même temps que le débarquement de l'Armada. C'était un peu la tonalité de Trump déclarant aux insurgés il y a quelques semaines que l'Amérique arrivait pour les aider ...Malheureusement, la force de la "révolution de couleur" est peu déterminée. Et une relance de la "révolution de couleur" paraît quelque peu improbable. Nous y reviendrons peut être.

L'arrogance vaniteuse de "l'Occident"

En vérité, les quelques semaines pendant lesquelles le peuple iranien s'est révolté contre le régime des mollahs ont surtout été le théâtre de l'indécence de la propagande occidentale. Les médias ont relayé sans aucune vérification des informations prétendument "factuelles" qui n'étaient que des élucubrations de gens complètement inconnus. Je veux dire de gens certainement très bien, mais qui ont le droit de dire n'importe quoi parce qu'ils n'ont aucune mission d'objectivité. La presse a, à l'aide de leurs déclarations ampoulées, réalisée une opération de propagande destinée à faire croire à l'opinion publique occidentale que le régime de Téhéran était sur le point de s'effondrer, que les "immenses foules de manifestants pacifiques et pro-démocratie" allaient faire s'effondrer le régime des mollahs.

Tout celà n'avait aucune réalité.

En fait, le régime occidental a ordonné à la presse à ses ordres de jouer la grande liturgie du "triomphe de la démocratie", une farce tragique en plusieurs actes que je n'ai pas l'intention de détailler ici. Le régime occidental se moquait complètement du sort des manifestants qu'il avait probablement excité en Iran. Il voulait seulement que l'échec - pas encore certain, mais vraisemblable - ne soit pas pris en compte par les opposants occidentaux au régime occidental. Alors, le régime occidental a fait donner de manière honteuse la propagande médiatique la plus stupide qu'elle ait produite depuis longtemps.

Vu de l'intérieur de la tyrannie occidentale, le drame - s'il existe - de la révolte iranienne servait de démonstration à "l'héroïcité des vertus démocratiques contre la dictature", ici la dictature des mollahs.

Le problème, c'est que le régime islamiste de Téhéran a été mis en place par une coopération entre les Etats-Unis et la France, cette dernière ayant accueillie l'ayatollah Khomeiny dans une résidence des hôtes du Président de la République française, alors Giscard D'Estaing. Et Khomeiny sur l'ordre de Washington, excitait les islamistes d'Iran à l'aide de cassettes audio enregistrées qui étaient introduites en Iran par la valise diplomatique de l'ambassade de France à Téhéran.

Pendant ce temps, la CIA excitait les forces marxistes très développées en Iran Entre la France et les USA, il avait été convenu que les communistes iraniens abattraient le régime du Shah, honni notamment pour les innombrables crimes commis par sa police politique, la Savakh. Et que Khomeiny serait chargé d'éliminer les marxistes en prenant le pouvoir.

C'est ce qui fut fait : les communistes soulevèrent les population des grandes villes qui chassèrent le Shah d'Iran, installé par les américains vingt ans plus tôt. Khomeiny atterrit à Téhéran dans un Boeing d'Air France, et fit exécuter l'ensemble des communistes iraniens par les futurs "Gardiens de la Révolution".

Là, il y eut probablement un raté. La CIA avait préparé une équipe de fantoches pour prendre le pouvoir à Téhéran en profitant de l'arrivée de Khomeiny, imaginant que le Grand Ayatollah était un genre d'archevêque, ou peut être de Pape insignifiant comme la CIA en connaissait en Occident.... Mais ces "bras cassés" échouèrent et les Iraniens, ravis qu'il les ait débarrassé du Shah détesté, donnèrent le plus démocratiquement du monde le pouvoir à Khomeiny et à ses ayatollahs. Ils restèrent au pouvoir, quoi que fissent les américains. Ou les français qui cherchaient surtout à se faire oublier.

On comprendra que "la grande liturgie de la démocratie" qui nous a été jouée ces derniers jours au sujet de la révolte du peuple iranien doit excéder les gens qui se souviennent de l'Histoire des années 1970.

Un régime de remplacement ?

Avec surprise, les connaisseurs des années 1970 ont appris par la presse occidentale que le seul prétendant pour reprendre en main le régime au pouvoir en Iran était ... le fils du Shah chassé d'Iran par Khomeiny et par l'alliance - peut-être fortuite - entre la France et les Etats-Unis. Cet homme, certainement fort méritant, est absolument inconnu en Iran et la référence qu'il ferait à son père suffirait certainement à le faire empaler sur la Grand-Place de Téhéran si la fantaisie le prenait de s'y rendre.

Or, dans un changement de régime, du moins tel que les américains de la CIA le pratiquent depuis 70 ans, le leader politique suivant est le plus souvent un parfait inconnu. Qu'il parvienne au pouvoir par une révolution de couleur ou par une "bonne guerre" ne fait aucune différence. C'est la psychiatrie particulière du régime occidental partagé entre manoeuvres qu'il estime "machiavéliques" et sentiments de "piété démocratique" derrière lesquelles il dissimule ses actes.

Pitoyable.

A Parte

Pour bien me faire comprendre, ce qui est inutile, je ferai deux remarques :

  1. Bien que critiquant ici la "démocratie du régime occidental", je dois déclarer que je suis un républicain au sens de la Constitution de 1958 actuellement en vigueur - si, si - en France. Dans cette République, l'Etat est confié à ses serviteurs les mieux qualifiés pour les tâches nécessaires aux affaires publiques et les plus éminents d'entre eux sont élus par le vote démocratique : Président, députés, ....
  2. Je suis adversaire de l'islamisme en tant que régime politique. Cependant, membre du peuple français, je ne me reconnais aucun droit de décider du régime adopté par n'importe quel autre peuple, y compris le peuple iranien. Et je dénie ce droit à toute autorité de l'Etat de mon pays et de ses alliés.

Est-ce bien clair ?






Revue C-Politix (c) 2 Février 2026