La crise policière à Nanterre
Philippe Brindet - 28/06/2023
Dans la matinée du 27 juin 2023, une Mercedes jaune passe de manière inconsédérée devant la Préfecture de Nanterre. Immédiatement, un peloton de gendarmes motocyclistes qui se trouvait en escorte là, se lance à la poursuite de la voiture. Ils l'interceptent à un feu rouge. Un premier gendarme se place en avant de la portière conducteur, le coude appuyé sur le pare-brise et menace le conducteur avec son arme. Il semble qu'il ait menacé ce dernier de tirer ce qui paraît conséquent avec le fait d'avoir sorti son arme. La vidéo de la phase finale de l'intervention policière est largement diffusée sur les réseaux sociaux.
Le second gendarme ouvre la portière conducteur et se place dans l'ouverture et semble commencer le contrôle. C'est alors que le véhicule redémarre assez brutalement, ce qui déséquilibre le premier gendarme qui semble avoir ouvert le feu. Le conducteur est mortellement blessé à la poitrine et décède très vite.
Très fortement remontée contre la police, notamment par les incessantes interventions des chaînes d'informations continues, radio et télé, la population d'origine immigrée met en scène sa colère contre la police devant la complaisance des journalistes. Comme c'est l'usage, dès la nuit tombée, les "jeunes de Nanterre" harcèlent la police dépêchée en nombre, incendient voitures stationnées et mobilier urbain, et tirent des fusées d'artifice sur policiers et pompiers. Mais aussi sur les journalistes.
Selon quelques informations glanées, les contrôles routiers dégénèrent en refus d'obtempérer par dizaines de milliers chaque année et la situation empire sérieusement. De manière de plus en plus importante, les jeunes issus de l'immigration africaine opèrent une prise de contrôle de quartiers entiers qu'ils disputent non seulement à la police, mais à tout ce qui représente l'Etat français : pompiers, médecins et infirmières, ... On accuse le traffic de drogue d'être la cause de cette guerrilla entre les "jeunes des cités" et la police en général. Mais, il semble qu'on se cache le problème en se limitant à l'apparence de la drogue.
Je voudrais me limiter à quelques observations :
Le tir policier pourrait avoir été accidentel
Un rapide visionnage de la séquence connue de l'intervention conduit à l'idée que, la 'Mercédès' étant certainement équipée d'un dispositif "start and go", lorsque le véhicule s'est immobilisé au feu rouge, le moteur s'est placé en arrêt. Le contrôle a pu alors se développer. Ensuite, le moteur a redémarré parce que le conducteur a appuyé sur l'accélérateur. Cet appui pouvait être volontaire, le conducteur voulant échapper au contrôle, ou accidentel si le pied du conducteur a effleuré la pédale par inadvertance. [*]
Toujours est-il que, lancé assez violemment en avant, le véhicule a déséquilibré le policier qui tenait en respect le conducteur et le coup a pu partir par accident. Cet accident a pu être provoqué par l'attitude du conducteur qui aurait volontairement effleuré l'accélérateur. Contre cette intervention volontaire, on peut imaginer qu'un adolescent de 17 ans, mis en joue par un gendarme casqué, comprenait qu'il était en danger de mort. Mais, pour une intervention volontaire, le conducteur savait qu'il n'avait pas le permis de conduire et animé de la haine de la police voulait lui échapper quelque soit l'effet de sa fuite sur la vie d'un policier.
Quoiqu'il en soit, le tir du policier place et le policier et l'institution devant un problème. Un très gros problème.
Le pointage d'une arme pourrait être un abus d'autorité
Il paraît très improbable que les procédures d'intervention de la gendarmerie prévoient le pointage d'une arme de poing à moins de un mètre d'un conducteur arrêté. Pour le fait d'avoir pointé son arme, le gendarme origine de la catastrophe va devoir maintenant démontrer qu'il a sorti son arme en légitime défense. S'il n'y parvient pas - et il est possible qu'il n'y parvienne pas - la première phase du drame place ce gendarme en état d'abus d'autorité.
Ce fait abusif me semble inspiré de deux "principes" de plus en plus fréquemment revendiqués par les tenants de l'ordre :
- la police "a" le monopole de la violence légitime ;
- force doit revenir à la Loi ... et à ses représentants.
Avec de tels principes qui se lisent partout dans la presse conservatrice, depuis des mois, l'excitation de la police est à son comble, lui permettant de croire qu'elle a le soutien de la population. Il est clair qu'elle ne dispose cependant que d'un soutien très limité de la part de l'exécutif et de la branche législative, d'une part, et que majoritairement, la branche judiciaire n'a pas les mêmes intérêts qu'elle, d'autre part. Le travail de la police en vue d'une restauration de la sécurité civile est donc fortement amoindri d'une part et l'exaspération des policiers s'accroît, d'autre part. Il semble que, dans la vidéo, le policier qui, quelques secondes plus tard, fera usage - accidentel peut être - de son arme, faisait au "prévenu" une déclaration de haine ...
Le fait de faire porter à la police tous les "espoirs" pour une restauration de l'ordre, poussera de plus en plus à des situations de ce genre. A l'inverse, les policiers peuvent de demander à quoi sert la démonstration de force si c'est pour se retrouver devant une situation violente qui leur échappera finalement, alors même qu'ils sont seuls détenteurs de "la violence légitime".
L'excès de confiance politique aurait débouché sur une crise policière
Le macronisme a déjà plusieurs années. Il a commencé sous le signe de Jupiter, curieusement oublié depuis. Parce qu'en réalité, le macronisme - comme avant lui le hollandisme et le sarkozysme - est un totalitarisme de la raison : "ils" sont les sachants et nous sommes les ignorants. Si notre "ignorance" se lève contre leur "science" - leur "expertise" si vous préférez - alors la police est chargée d'y mettre bon ordre. Et de fait, la dévolution de la police à protéger la "science" n'a jamais été aussi évident que depuis les révoltes pitoyables des gilets jaunes, répétées à l'écoeurement avec les protestations contre la loi des retraites.
Ceci a conduit la police à croire en sa propre efficacité. Or, ce n'est pas parce qu'on éborgne 200 marauds et qu'on abat un gamin de 17 ans dans sa voiture que l'ordre règne à Nanterre ou à Paris. Et la police le sait si bien que la justice ne devrait pas avoir besoin de le lui rappeler. Alors, l'institution est en crise. Pointer une arme de service sur un gamin dans une voiture est un aveu d'impuissance ... et de crise policière grave.
La partie de la population d'immigration et d'origine immigrée d'Afrique aurait fait sécession
C'est une chose qu'on n'ose jamais dire tout haut et rarement penser : il y a probablement 15 millions d'immigrés africains de générations 1, 2 et 3, le régime depuis cinquante ans tente désespérement de cacher la situation. D'abord parce qu'il a voulu cette situation, ensuite parce qu'il n'y peut plus rien. Or, à partir d'une certaine masse critique, le fait de se reconnaître un trait particulier confère à un groupe humain une sorte de nationalisme qui se compose de deux parts : l'identité (l'immigration), la haine (contre les "souchiens").
Et là aussi, à partir d'une certaine masse critique, l'identité et la haine servent de lien social et pousse le groupe conscientisé à faire sécession. Au début de la crise, seuls les "jeunes" étaient les "rebelles" - les "beurs". Puis, se sont joints les trafiquants et voleurs. Depuis peu de temps, les adultes, souvent même agés, sont du côté opposé à la "police". Les flashes d'infos en continu d'hier ne laissaient aucun doute à ce propos.
Mais la sécession est un crime de lèse-majesté de l'unité républicaine. Alors personne - parmi les rescapés de la république que sont tant les macronistes que leurs ridicules opposants - n'oserait prononcer le mot. En effet, la réponse s'appelle la guillotine et le bagne ... Or, c'est fini ...
La partie de souche de la population revendiquant la sécurité excite la crise policière
Si la sécession rassemble peut être 15 millions d'individus, les 50 millions restants constituent une pitoyable majorité de braves gens sans aucune aspiration politique. Le macronisme s'en occupe pour eux ... Ils ne comprennent rien à ce qui leur arrive et continuent de chérir leurs vacances au Touquet et leur prochain voyage à Ibiza. Et pour cela, ils ont besoin, urgemment besoin, de la sécurité. Et ils ne pensent pas une seconde au respect de la légalité. Ils veulent simplement que la police élimine brutalement les troubleurs de paix sociale.
Cette exigence alimente la crise policière, cette police qui recrute majoritairement dans les rangs des gens "qui-ne-font-pas-sécession". Qui en perçoit et en comprend les aspirations et l'horizon indépassable des congés payés et de la Sécurité Sociale. Même, s'il le faut, complétée par les mutuelles ... Le problème c'est que les politiciens et les juges ne viennent plus de ce milieu. Ils ne viennent pas davantage - ou rarement - du peuple de la sécession. Mais, ils les ont promu en tant que "gens d'ailleurs", espérant qu'ils dissoudraient les "souchiens" dans l'indistinction grégaire.
Ceci explique pourquoi les juges "libèrent" le soir les délinquants de la sécession que les policiers ont arrêté le matin. Ceci explique pourquoi, même quand ils répriment les "émeutes urbaines" et prétendent lutter contre le traffic de drogue, qui ne s'en porte pas plus mal, les politiciens courtisent sans relâche les gens de la sécession.
Et cette aspiration à la sécurité des souchiens contre les gens de la sécession excite la crise policière qui joue son rôle magré le machiavélisme de sous préfecture des politiciens et des juges.
Que faire ou comment tout cela va-t'il évoluer ?
Contre un danger fondamental comme celui de la sécession qui porte atteinte la sécurité publique, il n'y a que deux solutions :
- ou bien on détruit la sécession - c'est la solution de 1793 ;
- ou bien on pactise avec elle.
Très clairement, les politiciens et les juges ont décidé de ne pas suivre la première solution. Il nous faudra donc pactiser avec la sécession. Une stratégie consisterait à :
- accepter le multicommunautarisme en excitant les divers particularismes de la sécession ;
- confier le maintien de l'ordre à la sécession elle-même ainsi que la gestion de la plupart des services publics.
Pour l'instant, les politiciens ne sont pas prêts ni au multicommunautarisme, ni à l'établissement de polices islamistes pour faire régner l'ordre dans les quartiers occupés par la sécession.
En fait, la situation est entre les mains de beaucoup d'intervenants, tant en Afrique, qu'à Bruxelles, Londres et Berlin, mais aussi à Washington et New York. Et nous ne sommes plus que les badauds d'une révolution instaurée par d'autres qui se pensent malins, et qui implorent le dieu du chaos de favoriser leurs vues. Celui-là, personne ne l'a jamais invoqué en vain.
Mise à jour
[*] Dans ma première observation, je notais que le véhicule redémarrant dans son 'stop and go' avait avancé assez violemment. Or, ceci n'est pas possible avec un simple effleurement de l'accélérateur. Cet effleurement aurait bien démarré le moteur. Mais l'avancée brutale exige que le conducteur ait aussi appuyé sur l'embrayage ET enclenché une vitesse. Cela fait beaucoup pour un geste accidentel ... Comment le gendarme placé à l'embrasure de la portière ne s'en est pas aperçu pour alerter son collègue armé ?
|