La nomination de François Bayrou comme Premier Ministre

Philippe Brindet - 14/12/2024

Hier, vendredi 13 Décembre 2024, Le Président Macron a nommé Premier Ministre François Bayrou, avec comme mission première de former un gouvernement.

François Bayrou, spécialiste du roi de France et de Navarre, Henri IV, a rappelé les vertus "diplomatiques de ce grand ancêtre, venu de la même région que François Bayrou, le Béarn. Double malheur, C'était un "vendredi-13" et Henri IV a terminé assassiné par Ravaillac ... Or, le célèbre assassin Ravaillac avait été "armé" par une faction française, exaspérée par le caractère par trop "consensuel" du Vert Galant ... Autrement, dit, le patronage de Henri IV n'est peut être pas aussi fécond que Bayrou le pense.

Or, c'est vrai. L'Assemblée Nationale, que Macron ne peut pas dissoudre avant le mois de Juillet 2025 est composée de trois blocs principaux, dont les deux plus faibles se divisent en plusieurs groupuscules de plus en plus irréconciliables. Et Bayrou a l'appui, parmi ces trois blocs du plus faible des trois ... Il imagine donc que ses qualités "manoeuvrières" vont lui permettre d'arranger les deux blocs minoritaires en une seule force parlementaire capable de voter les lois qui vont bien à Bayrou ... Cà paraît difficile, très difficile, impossible ... Après tout, il peut - peut être - réussir ...

En dehors du problème "politicien" - qu'il ne faut pas sous-estimer - Bayrou a deux problèmes de gouvernement avec lesquels il ne pourra pas composer ... : le déficit budgétaire et l'endettement. En fait, les deux sont comptablement inconnus. Mais l'aveu des politiciens précédants les évalue à plus de 150 milliards de déficit annuel et plus de 3.000 milliards d'endettement cumulé.

A cause de la complexité de la finance internationale en général - et occidentale en particulier - Bayrou ne peut pas changer l'endettement cumulé, sauf à l'accroître. Ce qui pourrait être le résultat de son tempérament "henri-quatrième" ...

A cause du réalisme économique, Bayrou devrait prendre deux mesures :

  1. réduire le déficit du Budget ; et
  2. garantir aux intitutions financières internationales la solvabilité du paiement des intérêts de l'endettement cumulé.

Or, ces deux mesures - surtout celle qui consisterait à présenter un budget en équilibre - auraient des conséquences sociales que beaucoup tiennent pour catastrophiques et le reste pour délicates. Réduire ou annuler le déficit budgétaire oblige deux mesures :

  1. accroître les impôts (au sens large ...) ; et
  2. réduire les dépenses de l'Etat.

C'est tellement simple que ... la plupart des citoyens français sont conscients que c'est la seule façon raisonnable de gouverner aujourd'hui. Sauf que les contribuables, les consommateurs, les assujettis sociaux, les fonctionnaires, les entreprises, les migrants et leurs passeurs, .... sont tous "vent debout" contre ces mesures de bon sens.Et qu'importe si ce sont les mêmes individus ...

Mais, il y a un autre écueil. Depuis les années 1990, les politiciens occidentaux ont été persuadés que l'investissement est la condition nécessaire et suffisante de la "croissance". Or, pour faire de la croissance du PIB, la solution la plus facile, c'est de faire de la dette. Les Etats-Unis sous Bill Clinton sont brusquement apparus parmi les vingt premiers Etats endettés de la planète et, en quelques mois, sont parvenus à la première place qu'ils n'ont plus quitté depuis. Il n'y a pas de "miracle". C'est parce qu'ils sont le régime politique le plus endetté que les Etats-Unis ont le plus grand nombre d'hypermilliardaires et les plus "riches" d'entre eux. Grâce à la dette. Par contre, dans le même sens, la plupart des Etats en développement des années 1980, qui tenaient "facilement" la tête du classement des Etats endettés, en ont été "chassés" sans pitié.

Bien entendu, depuis trente ans, la France endettée n'investit plus. Son régime politique, comme partout en Occident, se borne à distribuer le crédit qu'il a perçu vers "les copains et les coquins" - General Electric, Uber, Pfizer, ... - et à exclure de l'"orgie romaine" du libéralisme occidental tous ceux qui travaillent et qui innovent.

Mais, la politique gouvernementale en Occident se heurte à une autre difficulté. "Ils" savent tous que le déficit budgétaire et l'endettement cumulé sont les plus forts aux Etats-Unis. Les microcéphales qui nous gouvernent en déduisent donc que le meilleur moyen de devenir aussi fort que les Etats-Unis, c'est de faire comme eux ... "Faisons du déficit et faisons de la dette", voilà leur unique slogan répété sans arrêt ...

Or, Bayrou est un vieux politicien. Comme Barnier. Sauf erreur de ma part, qu'un lecteur voudra bien corriger, François Bayrou n'a pas de formation, ni d'expérience politique, qui depuis cinquante ans pourraient le pousser à changer de politique. Probablement que, dans son esprit, il n'y a aucune raison de changer une "politique qui gagne". Comme le Parlement français actuel est quasiment à l'unanimité acquis au déficit et à l'endettement, pourquoi Bayrou irait-il contre ce "mantra" ?

Faire plaisir à tout le monde, n'est-ce pas le motif politique essentiel de Henri IV ? Et, a priori, ce n'est pas Bayrou qu'un Ravaillac assassinera, c'est le peuple français très capable de le faire lui-même.


Une anecdote. Selon des journalistes "bien informés", le vendredi 13, à cinq heures du matin, Macron téléphone à Bayrou pour lui annoncer que, contrairement aux rumeurs savamment distillées dans l'opinion publique, il ne sera pas nommé Premier Ministre. Furieux, Bayrou engueule son vieux "copain" depuis 7 ans et le contraint à le recevoir à 8 heures 30 à l'Elysée. Il s'y rend comme convenu avec le visage fermé de celui venu en découdre. Quand il ressort, deux heures plus tard, le visage radieux, il est nommé Premier Ministre.

Bizarre non ?


Une autre anecdote. Le célèbre romancier, Michel Houellebecq dans son roman "Soumission" de 2015, imagine qu'un président de la république français musulman est élu en 2022. Il choisit comme Premier Ministre ... François Bayrou ! ... Sans commentaire.


Les conservateurs se posent une question : "Bayrou aurait-il une opinion particulière au sujet de l'immigration, et particulièrement de l'immigration illégale ?". Ils ont placé beaucoup d'espoir sur les déclarations de Bruno Retailleau, Ministre de l'Intérieur de Michel Barnier dans le gouvernement précédant. Retailleau sera t'il autorisé à poursuivre ses déclarations si délectables aux oreilles des conservateurs ?

Il se trouve que l'une des contraintes qui est aussi l'une des possibilités d'une politique de réduction du déficit, et donc de l'endettement cumulé, est de tarir la source des aides aux migrants. Or, si Bayrou tarit cette source, il devra faire face à une agitation alliant les migrants à leurs passeurs, partis politiques comme LFI ou le PS, ONGs comme SOS Méditerranée, ou France Terre d'Asile. L'admiration pour Henri IV devrait pousser Bayrou à ne rien faire qui "fâcherait" les migrants et leurs complices. Plusieurs millions d'individus très organisés, soutenus et excités par l'Union Européenne, la presse et la "culture", ...

Contrairement à ce que croient les conservateurs - les personnes qui, en France, sont les plus faciles à berner - la nomination de Retailleau à l'Intérieur ou à la Justice ne signifierait pas qu'une telle politique anti-migratoire de réduction des subventions diverses à l'immigration serait mise en place. En réalité, bien bernés, les conservateurs pourraient se satisfaire de discours martiaux contre l'immigration clandestine et les délits et crimes des "migrants" .... C'est là qu'on verra si Bayrou mérite bien d'Henri IV. Avec le risque d'un Ravaillac ...


Revue C-Politix (c) 14 Décembre 2024