La (très prochaine) guerre de l'OTAN contre la Russie

Philippe Brindet - 20 Décembre 2021

Nous sommes le 20 décembre 2021.

Que s'est-il passé ?

  1. Des bruits de bottes en Europe Centrale depuis trente ans

    Cela fait trente ans que les Américains tentent d'allumer une vraie guerre en Europe Centrale. Ils ont commencé en Yougoslavie, puis en Géorgie, puis en Ukraine. Maintenant en Biélorussie.

    Jusqu'à une époque récente, la puissance militaire de la Russie repose sur une fiction qui pourrait avoir été vraie ou une force qui aurait pu être fictive, nul ne le sait. Il s'agit de son formidable arsenal nucléaire.Jusque dans le courant des années 90, les américians qui avaient table ouverte dans la Russie d'Eltsine, devaient parfaitement savoir à quoi s'en tenir. Quand Poutine est arrivé au pouvoir, il a commencé par les évincer totalement du monde russe. Puis, il a évincé les collaborateurs russes des américains comme Khodorovsky.

    Les américains ont alors répliqué avec des guerres locales : Balkans, Géorgie, Ukraine, en se gardant autant que possible d'intervenir militairement ... sauf en Yougoslavie. La Russie n'a pas fait jouer sa puissance nucléaire. Etait-elle alors en état opérationnel ? Nous l'ignorons. Mais on peut supposer que, si elle ne l'avait pas été, les américains auraient envahis au moins l'Europe centrale et la Géorgie. Ils ne l'ont pas fait.

    Aujourd'hui, tout porte à croire que la puissance militaire conventionnelle de la Russie est certainement restaurée et à un niveau appréciable. Je ne crois pas que la Russie seule ait les moyens de vaincre l'OTAN, mais elle peut certainement opposer une résistance redoutable. La puissance militaire conventionnelle russe est-elle plus puissante encore ? Nous l'ignorons.

    De son côté, l'OTAN c'est à 95% l'armée américaine. A priori, son armement nucléaire est intégralement opérationnel et il menace certainement la Russie au moins dans ses zones de peuplement et certains sites des déserts, où se trouveraient les armements classiques et nucléaires de la Russie. Cependant, les américains pourraient ne pas avoir la puissance conventionnelle pour envahir la Russie, l'OTAN et ses satellites encore moins. Cependant, on se demande si l'armée américaine peut mener une guerre aérienne contre la Russie qui semble dotée de puissants moyens de défense antiaérienne.


  2. La Russie en alliance objective avec la Chine

    Il y a une chose qui change le débat d'un affrontement entre la Russie et l'OTAN. C'est l'alliance objective qui existe entre la Russie et la Chine d'une part et l'animosité terrible qui oppose les Etats-Unis à la Chine, d'autre part. Nous ignorons l'étendue de l'alliance Russie - Chine Mais on sait que les armées des deux Etats ont mené plusieurs exercices conjoints notamment en Orient. Dans cet Orient compliqué, la Chine agite au moins trois zones de conflits liés : le Japon, les détroits et Taïwan. Ses alliés locaux sont la bizarre Corée du Nord et la fantasque Vietnam. Les américains, s'appuyent sur des armées locales assez puissantes en Corée du Sud, Japon et Taïwan, avec le secours plus lointain et très modéré de l'Australie et de la Grande-Bretagne.

    L'Inde est en conflit ouvert avec la Chine, mais en alliance avec la Russie. Elle pourrait actuellement rester neutre, ou servir de puissance médiatrice. L'Indonésie et d'autres Etats pourraient rejoindre la Chine. Et en parlant de l'Indonésie musulmane, il faut se demander quelle sera la position des puissances du Moyen-Orient. Leurs liens avec les Etats-Unis ne sont plus aussi "attentionnés" qu'autrefois. Et ils pourraient décider d'en finir avec le problème juif.

    Cependant, il semble que les Chinois perdent patience sur la question de Taïwan. L'alliance formelle entre la Russie et la Chine implique que le conflit entre la Russie et l'Otan déboucherait immanquablement en un conflit ente la Chine et les Etats-Unis dans le Pacifique. Et la puissance militaire chinoise lui permettrait certainement de travailler sur les deux fronts en Europe centrale et en Pacifique.

    Cependant, la Russie doit avoir conscience que, si elle ouvre l'espace centre-européen à la Chine, alors la Russie sera largement occupée par la Chine, notamment par la mise en place des mouvements de troupe de Chine en Europe centrale.


  3. La Russie semble perdre patience

    La Russie a avalé beaucoup de couleuvres, notamment de la part des Européens, mais aussi, et surtout, des américains. On pense aux nombreuses sanctions économiques et autres actes de guerre énonmique que la Russie subit depuis vingt ans au moins. Sa réplique a été son rapprochement avec la Chine. Elle pourrait perdre patience en Ukraine et au Bélarus.

    On constate en effet que la Pologne est très remontée contre la Biélorussie et que l'Ukraine américanisée pousse à une reprise d'une guerre d'annexion des deux républiques autonomes de Donetsk et Louhansk, mais aussi de la Crimée annexée à la Russie.

    On signale dans ces trois secteurs la présence de nouvelles troupes russes - jusqu'à 170.000 hommes à la fontière russe avec Donetsk. La présence militaire américaine devrait actuellement se chiffrer à 40.000 hommes en Pologne près de la Biélorussie et peut être 20.000 hommes en Ukraine. Mais on ne sait pas. De plus, la flotte américaine est en vue du port d'Odessa et un débarquement peut être rapide.

    De plus, séparant de l'Otan les Etats baltes, l'enclave de Kaliningrad peut aussi servir de base d'action de guerre pour la Russie. L'idée d'une "enclave" fait penser à la débilité de l'Etat du Vatican ... Or, c'est loin d'être le cas à Kaliningrad qui fait 480.000 habitants pour 275 km². L'Oblast accueille une base de missiles balistiques Iskander qui menacent Berlin, mais aussi une bonne part du front entre la Pologne et la Bélarus. Les troupes au sol atteindraient 15.000 hommes et il existe plusieurs bases navales et aériennes.

    La Russie vient de quitter le Traité Ciel Ouvert qui avait été adopté avec les USA pour améliorre la "confiance" après la guerre froide. Poutine est par ailleurs personellement engagé dans une escalade pour exiger le retrait de l'OTAN de la zone ukrainienne. La revendication paraît incohérente, puisque il n'y a aujourd'hui aucune admission que les USA soient présents en Ukraine alors que tout porte à l'admettre. Nous ignorons seulement le décompte des forces américiane s en Ukraine, sauf pour leurs supplétifs ukrainiens qui viennent de commencer à recevoir, sur ordre du Président Biden, des dotations normalisées des forces armées américaines. L'armée américaine est donc nécessairement présente pour encadrer les troupes ukrainiennes et celles-ci sont encore plus intégrées à l'OTAN que les troupes de l'OTAN ...

    Mais, en faisant comme s'il ne savait pas, Poutine laisse quelque chose aux USA à négocier, alors que ce n'est plus négociable ! C'est fait ! Il reste juste à Poutine à investir les républiques indépendantes de Donetsk et Louhansk et de les joindre à la Crimée en s'emparant de la région côtière de Marioupol. On peut douter que l'armée ukrainienne soit en situation de défendre ces régions. Et selon les américains, Poutine vient de masser 170.000 hommes sur sa frontière. Maintenant, on se demande pourquoi Poutine ferait-il cela aujourd'hui et pas il y a deux ans. Ou trois ans ...


  4. Le mépris absolu des Américains à l'encontre des Européens

    Il existe un autre élément au conflit : le mépris total des américains à l'encontre des européens. Ces derniers sont des commerçants couards qui bavardent à qui mieux mieux, mais dont aucun n'est disposé à sacrifier le premier cent à des dépenses de guerre. D'ailleurs, la plupart des pays européens sont ruinés et n'ont pas d'argent pour une guerre et encore moins une armée ou du matériel, malgré les objurcations continuelles des américains depuis trente ans. La seule armé un peu forte est l'armée française qui dispose actuellement de 50 avions en état de marche et peut être deux cent chars et vingt pièces d'artillerie lourde. Peut être trente mille fantassins à utiliser en opération, mais presque rien pour les emmener sur le théâtre des opérations.

    Ce n'est pas avec "çà" que les américains peuvent intimider les russes. De ce point de vue, on peut donc estimer que les américains ne sont pas prêts à lancer un conflit en centre Europe. Sauf que leur mépris pour les européens pourraient les conduire à estimer que l'Europe pourrait être le lieu d'un combat d'armes nucléaires tactiques. On a déjà Tchernobyl ... Et le conflit pourrait se terminer très vite. Après .... les européens n'auront qu'à décontaminer chez eux ...


  5. De considérables mouvements de troupes aux frontières centre-Europe

    Les Russes, selon les américains et leur propagande, s'agiteraient beaucoup à la fois à Kaliningrad, en Biélorussie où ils seraient positionnés à la frontière polonaise et à la frontière russe avec l'Ukraine. Et bien entendu en Crimée. Il existe donc 4 fronts possibles.

    Le problème, c'est que l'on ne perçoit pas bien l'avantage de la Russie à envahir le centre-Europe, sauf à obtenir une position favorable dans une négociation conduisant par exemple à la création d'une zone tampon entre la Russie et l'OTAN, ce qui est la dernière revendication "extravagante" de Poutine, exposée dernièrement par Lavrov, son Ministre des Affaires Etrangères. Mais un tel conflit paraît bien hasardeux ... pour nous. On peut donc seulement espérer qu'il le sera aussi pour Poutine ... qui n'a pas beaucoup de raisons de nous ménager depuis que la nouvelle coalition socialiste en Allemagne a annoncé devoir se priver du gaz russe ...


  6. L'hystérisation des idéologues américains

    Il existe encore un autre paramètre dans l'appréciation géopolitique en Centre-Europe : l'hystérisation de l'idéologie américaine depuis Obama - Clinton. L'intermède Trump n'a rien arrangé et le retour de Biden l'a porté à un paroxysme.

    Alors que le chaos règne en Amérique - on tire sur n'importe qui dans les rues - les américains depuis trente ans n'ont eu de cesse que de semer le même chaos et de préférence en plus fort au Moyen-Orient, en Afghanistan, en Afrique orientale, en Centre-Europe. Par ailleurs, les américains ont tout fait pour pourrir les relations avec la Russie, la Chine, la Turquie, l'Europe, ... Leur géopolitique sème le chaos partout, favorisant partout l'émergence d'une caste d'hyper-riches tout en assurant la misère et le désordre dans les peuples qu'ils soumettent à leur loi chaotique.

    Il s'agit maintenant d'une idéologie dont la démence s'est étalée lors des élections présidentielles précédentes où l'idéologie démocrate triomphe même si le camp démocrate perd les élections. Parce que le pouvoir est maintenant concentré entre les mains de la caste des hyper-riches qui délèguent la gestion du désordre au parti démocrate et à lahaute fonction publique. Dans ce contexte, il est possible que les américains aient absolument besoin de maintenir des confilts régionaux pour empêcher l'émergence de nouvelles puissances.

    Ils ont été incapables d'empêcher la restauration de la Russie, et celle de la Chine. Seuls, les Etats qui se sont laissés entraîner dans leur orbite, semblent se dégrader progressivement et avec constance depuis trente ans et plus. Ces éléments ressortent de l'hystérisation des idées qu'ils font exposer par des quotidiens comme The New York Times ou The Washington Post et par des "think tanks", comme le CFR ou des ONG comme Gavi ou EcoHealth Alliance.


En manière de conclusion : la guerre, quand, comment ?

La nature belliqueuse des Etats-Unis n'a fait que croître depuis la victoire de 1945. Depuis lors, les USA ont monté une formidable machine de guerre qui exige qu'on s'en serve d'une part et une formidable mchine économique, essentiellement destinée à soumettre les autres économies à ces diktats, d'autre part.

La Russie a perdu depuis l'époque soviétique toute vélléité de domination impériale du monde, malgré ce que l'hystérie idéologique du New York Times laisse supposer aux gens simples. Les objectifs de Poutine sont simples. Il estime que la Russie a un destin national et que ce destin national a besoin d'un équilibre multipolaire entre puissances coopérantes. Mais Poutine rencontre trois adversaires résolus :

  • l'impérialisme américain, nous en avons déjà parlé ici ;
  • l'impérialisme chinois, très spécial parce que, malgré son apparence capitaliste, cet impérialisme est communiste, peut être même "national-communiste" ;
  • l'ilôtisme de l'Europe, inexistante comme puissance, à la remorque des USA et incapable de se fixer un destin, ni en meute à 27, ni séparément.

Le problème de Poutine est que son économie est contamment menacée par les actions déstabilisatrices des USA. Il est constamment attiré par les provocations des USA qui tentent par tous moyens d'exciter sa réaction militaire. Heureusement pour nous, Poutine est très réluctant à entrer en guerre. Sa stratégie en Syrie est remarquable de ce point de vue, même s'il a rencontré la traîtrise d'un Erdogan. Il s'est ainsi ménagé les bonnes grâces de l'Iran, sans perdre le concours limité d'Israël, et aussi celui des émirats. Il subit toujours l'animosité des européens qui obéissent en cela aux américains.

Aujourd'hui, nous ne savons pas si les USA vont déclencher cette guerre ou si Poutine va céder à la provocation.Cette nuit ou dans dix ans. Maintenant ou jamais ...


Revue C-Politix (c) 18 Décembre 2021