Le 7-Octobre d'Israël. Observations

Philippe Brindet - 12.10.2026

Dans un article paru dans le Figaro, le très calme Nicolas Baverez écrit un des articles les plus alarmés et les plus alarmistes qui aient parus en France depuis longtemps. La partie publique de l'article est la suivante :

Nicolas Baverez : « La France au bord du chaos »

Par Nicolas Baverez

publié le 11/10/2026 à 10h45

CHRONIQUE - Enfermée dans le déni, la classe politique remet le sauvetage du pays entre les mains de la troïka composée du FMI, de l’Union européenne et de la BCE.

En cet automne 2026, l’accélération des trois crises financière, sociale et politique place la France au bord du chaos. La crise financière tout d’abord. À la mi-2026, la dette de la France s’établissait à 3 600 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, son plus haut niveau depuis 1946. Le 1er octobre, les taux ont dépassé 5 % et l’écart avec l’Allemagne 150 points de base, fait sans précédent depuis 2008. Notre pays se trouve aujourd’hui dans la situation de l’Italie en 2011, qui affichait une dette de 120 % du PIB, des taux de 7 %, un spread de 150 points avec l’Allemagne et un déficit de 4,6 % du PIB. Ceci s’acheva par la chute de Silvio Berlusconi et l’application d’un sévère plan d’ajustement sous l’autorité de Mario Monti et la supervision de la BCE.

La France n’est plus un pays du coeur de l’euro mais une nation périphérique qui menace la stabilité de la zone. Le danger pour la monnaie unique ne vient plus des Piigs qui se sont re ...

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/economie/nicolas-baverez-la-france-au-bord-du-chaos-20261011

N'ayant pas accès au contenu complet de l'article, je ne me permettrai pas de commenter l'analyse de Nicolas Baverez, laissant le soin à mon lecteur de se reporter à cet excellent auteur, dont le moindre que l'on puisse dire est qu'il n'est pas un critique de la politique libérale démocratique mise en oeuvre par le régime occidental.

Critique que n'était pas non plus celui qui est souvent considéré comme son prédecesseur, Raymond Aron qui, cependant à la fin de ses Mémoires publiés en 1983, écrivait un chapitre intitulé "La fin d'une génération" après avoir écrit : "La fin de l'hégémonie américaine" puis "La décadence de l'occident". >Et il écrit :

"Précisément parce que leur mission historique semble s'achever, les Européens doutent de leur destin et se demandent à quoi s'en prendre."
  1. Des crises ou le chaos ?

    Baverez analyse la situation de la France en trois crises. Cette évocation de "crises" explique certainement pourquoi Baverez imagine la "France" au bord du chaos ... quand d'autres analystes - dont je partage le point de vue - constatent froidement que le chaos est déjà là. Nous ne sommes pas "au bord" : nous sommes dedans !

    Or, le fait de constater une ou plusieurs crises comme le fait Baverez, ne place pas l'état de chaos comme une situation naturelle à la crise. Cette position est partagée pour des raisons variées par des auteurs même anciens. Par exemple :

    • Marx, Luxemburg, Wallerstein : les crises sont des contradictions structurelles du capitalisme.
    • Schumpeter : les crises sont nécessaires à l'innovation et au renouvellement économique.
    • Minsky : les crises viennent de la finance elle-même.
    • Polanyi et Bourdieu : elles résultent des tensions sociales engendrées par le marché.
    • Les régulationnistes comme Aglietta : elles apparaissent lorsque les institutions n'encadrent plus correctement l'accumulation du capital.

    Or, Baverez semble limiter les crises qu'il constate à la France. Par exemple, comme de nombreux analystes conservateurs, il relève que le taux d'emprunt de l'Etat français présente un écart de 150 points de base avec l'Allemagne, comme si du coup, l'Allemagne était "exempte de crise financière". Or, il ne faudrait pas être victime du complexe d'infériorité : "c'est mieux ailleurs" ....

    Non les "crises" analysées par Baverez sont présentes partout en Occident. Et ces crises sont majeures et elles ne sont pas liées aux institutions "françaises" qui d'ailleurs n'existent plus en tant que "françaises". Ou très peu. Autrement dit, en 2027 votez pour qui vous voudrez. Peu importe, vous élirez quelqu'un qui n'aura aucune influence sur les "crises de Baverez".

    Les crises relevées actuelles ne sont pas des crises "normales", naturelles. Le pessimisme de la fin des Mémoires de Raymond Aron que j'évoquais plus haut est là pour nous démontrer que la situation n'est pas celle d'une crise ou de plusieurs crises "naturelles". Il y a quelque chose de plus, quelque chose de pire ... qui ne sera résolu par des mesures d'austérité. Nous n'en sommes plus là.


  2. Le mythe du sévère plan d'ajustement

    L'imagination de Baverez l'entraîne à situer "la France" comme marginalisée dans la zone "euro" et susceptible de devoir suivre la "recette de Mario Monti" subie par l'Italie il y a quelques années.

    Je suis parfaitement d'accord que les français n'échapperont pas à "l'austérité". Mais cette austérité ne sera pas décrétée par je ne sais quel "Mario Monti" déguisé ici par Baverez en "sauveur de l'Italie". L'austérité elle est déjà là avec 50% des salariés français à un salaire médian inférieur au revenu minimum nécessaire pour soutenir les dépenses contraintes. Et la situation n'est pas vraiment meilleure en Allemagne (Lire par exemple : Etat économique du peuple français à l'orée de la campagne présidentielle 2027, Philippe Brindet - 06.09.2026)

    Et la situation n'est pas meilleure aux Etats-Unis et ce depuis très longtemps. La BofA publie des rapports annuels qui montrent que, là-bas aussi, dans ce "pays de cocagne", plus de la moitié des salariés ne couvrent pas leurs dépenses contraintes. Pire encore, partout en occident, les gens ne disposent plus de l'épargne nécessaire pour faire face aux dépenses imprévues nécesssitées par les accidents de la vie.

    Comment quelqu'un comme Baverez peut-il ignorer la situation économique à ce point ?

    La première raison est la capacité inouïe des "intellectuels français" - occidentaux à tout le moins - à ignorer avec superbe les arcanes de la statistique. Si 50% des gens sont pauvres, celà signifie pour eux que 50% des gens sont riches. Et ils en concluent que nous autres français - aka occidentaux - sommes bienheureux de vivre dans ce meilleur des mondes ... Cela leur permet d'ignorer froidement ... 90% de leur population. Une mince affaire ! Alors, il suffit simplement d'instaurer un régime d'austérité et ... il n'y aura plus de problème !

    Le problème réside en ce que, pour l'immense majorité des gens en France, en zone euro", en Union européenne, en Occident, l'austérité est déjà là. Et ce n'est pas parce que de petites gens partent en avion en séjour de 5 jours à Marrakech que ces gens sont riches !

    Or, j'imagine que Baverez ne part pas en vacances 5 jours à Marrackech par un "charter". Il est trop raffiné pour ce genre de "pélerinage" ... Les intellectuels ne se rendent pas compte qu'en général, ils sont issus de familles qui ont les moyens de "sauver" leur patrimoine de la prédation fiscale et les moyens de leur faire attribuer des revenus qui n'ont rien à voir avec ceux des moyennes et autres médianes de la statistique ... Un régime d'austérité ne les touche pas, ni eux ni leurs proches. Alors le reste du monde !...

    Railleries mises à part, personne ne sauvera la situation par quelque plan d'austérité que ce soit. Appliquez un plan d'austérité. Bien conçu - et ce serait étonnant - il touchera la minorité fortunée et rendra alors quelque argent pour renflouer une part du déficit. Mais, la faillite n'est pas à venir ! Elle est en cours. Elle est même terminée !

  3. Des crises au chaos ...

    Or, quand la faillite est achevée, le temps du chaos est ouvert. Si les crises engagent dans la faillite, la faillite est toujours suivie du chaos. Ce que les économistes du régime libéral sont totalement incapables de comprendre c'est que la réalité ne s'encombre d'aucune représentation. Or, suprême perversion, les économistes libéraux se sont laissés "prendre" par la lubie de l'argent-dette. Or, le piège du crédit s'est refermé sur les économistes linéraux qui sont désormais absolument convaincus des bienfaits du crédit et même de son absolu nécessité, de l'impossibilité totale de s'en passer.

    Cette idée infuse ainsi dans la classe politique absolument convaincu que les déficits publics sont légitimement couverts par la dette. De cette position liée à l'académisme, les entreprises et les gouvernements se concentrent sur deux positions :

    • Ou bien la dette est quelque chose qui ne doit jamais être remboursée ;
    • ou bien la dette est quelque chose qui doit toujours être renouvelée.

    Il existe aujourd'hui un extrêmiisme de la dette qui conduit les économies libérales au gouffre. Du fait de l'appauvrissement résultant de l'accumulation de la dette, le chaos s'installe parce que l'économie se met à dysfonctionner. La crise sociale évolue alors en guerre civile et civilisationnelle.

    Nous y sommes.





Revue C-Politix (c) 12 Octobre 2026