Le décès de Benoît XVI

Philippe Brindet - 3 Janvier 2023

C'est le décès d'un tout petit homme en blanc, fragile, à la voix inaudible, enfermé dans une maison de retraite sévèrement gardée. Il a beaucoup vécu et alors que sa mort est presque invisible, il a été le chef de l'Eglise catholique romaine. Puis, il ne l'a plus été et il est retourné à la vie privée.

La grande chose de la vie de Benoît XVI se résume peut être à ceci : quand l'homme se tient pour insignifiant, il devient insignifiant. Peu importe comment, pourquoi, à cause de qui, cette insignifiance survient. Le fait de le déclarer publiquement et d'en guider sa conduite suffit à établir son insignifiance.

Or, l'unique valeur peut être à laquelle se résume la papauté, se trouve justement dans la signifiance : le fait de désigner au monde ce qui fait sens. Jésus de Nazareth, mort et ressuscité. Et le sens est tout simple. Il est caché aux doctes et aux puissants. On l'appelle la foi. Et le pape est simplement celui à qui Il a dit : "Confirmes tes frères dans la foi". Rien de moins. Rien de plus. Une chose toute simple.

Le problème de Benoît XVI, c'est que le personnage tout simple du pape a été peu à peu transformé en celui d'un puissant et d'un docte. Et au docte puissant, tout devient caché, incompréhensible. Insignifiant.

Très souvent lorsqu'une célébrité décède, c'est un panégyrique qui est exigé. De tous, partisans et adversaires. Une somme de louanges, de compliments, de satisfaction. Je comprends que les lignes qui précèdent sont loin de respecter les bons usages du monde. Mais la double mort de Benoît XVI est un événement qui étonne l'Histoire. Et pourtant, elle en a vu des événements étonnants.

En Février 2023, Benoît XVI à la stupéfaction générale renonce à exercer sa charge pontificale. "Renonce" et non pas "démissionne". Au lieu d'accuser le sort ou des adversaires que le pape ne veut pas se connaître, Benoît XVI met en cause ses propres forces déclinantes. Déclinantes ? L'homme a mis presque dix ans à mourir. Et plusieurs manifestations intempestives qu'il a eu dans la période démontrent que ses forces n'étaient pas si déclinantes que celà. Au lieu d'accuser la pusillanimité de Benoît XVI, ou son manque de courage, il faut remettre les choses en perpectives.

Benoît XVI n'était pas un maçon dont les forces déclinantes l'engagent à prendre une retraite méritée. C'est le piège dans lequel sont tombés la majorité des gens qui ont commentée ou observée la renonciation de Benoît XVI. Beaucoup parmi ces observateurs qui étaient catholiques - ou estimaient administrativement l'être - en ont déduit que la grande invention de Benoît XVI avait été de créer une caisse de retraite pour papes émérites, qu'une telle innovation allait changer le visage du catholicisme, le rendant plus moderne, plus conforme aux usages du monde. Votre boulanger prend sa retraite. Pourquoi pas le pape ?

Le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI montant à la guillotine, voulut s'adresser une dernière fois à son peuple pour expliquer le royaume de France. Le "général" Santerre pour le rendre insignifiant ordonna qu'on couvrit la voix du roi par un roulement de tambour. En 2013, quand il a entendu le roulement de tambour, Benoît XVI s'est rendu insignifiant. Comme son maître, un certain Jésus de Nazareth il y a deux mille ans. La victoire du christianisme.

Ce qui reste caché aux doctes et aux puissants, Il le révèle aux pauvres et aux simples.


Revue C-Politix (c) 03 Janvier 2023