Observations géopolitiques sur la chute du régime syrien

Philippe Brindet - 10/12/2024

En une dizaine de jours, les rebelles sunnites sont partis de Idlib au nord de la Syrie, pour parvenir à Damas près de la frontière israélienne. Assad et sa famille sont partis à Moscou où ils ont été accueillis au titre de l'asile politique. Selon les informations publiques, l'armée régulière syrienne n'a pratiquement pas résisté. Le Hezbollah ou l'armée iranienne n'ont pas bougé. On a parlé d'un corps expéditionnaire irakien. Manifestement, il s'est borné à s'emparer de quelques terres dans l'Est syrien. Les Kurdes ont repris une zone tampon aux Russes au Nord de la Syrie. Les Turcs ont probablement aidés les rebelles syriens. Mais on ignore l'implication pratique d'Erdogan. Une information a indiqué qu'un drone turc était intervenu dans un paisible village syrien. On n'en sait pas beaucoup plus.

L'aviation américaine à longue distance a bombardé des formations de rebelles syriens. L'aviation israélienne a fait de même qui semble se concentrer sur les dépôts d'armes et de munitions tant de l'armée régulière syriene que du Hezbollah. En effet, tant les USA qu'Israël redoutent des rebelles syriens. Et pourtant, USA et Israël les arment et les activent au grè de leurs fantaisies. En majorité sunnites, une partie des rebelles syriens est financée par la CIA et par les services spéciaux britanniques, une autre partie par la Turquie et presque tous par les Etats Arabes Unis.

La Russie s'est contentée de retirer sa flotte militaire des ports de Tartous et de Lattaquié pour leur éviter les "éclaboussures" du conflit. Il semble que les rebelles syriens, même s'ils se sont emparés du district de Lattaquié, auraient assurés qu'ils ne toucheraient pas aux bases russes. En fait, son apparente défaite dans son "soutien" d'Assad déposé pourrait déboucher sur une catastrophe politique et civilisationnelle de l'"Occident collectif" ... Voyons celà.

A peine Assad parti à Moscou, les Européens ont célébré "la chute d'un dictateur sanguinaire", qui est l'image imposée par la propagande américaine depuis 2008. Et ces mêmes Européens se sont empressés d'annoncer qu'ils retiraient l'asile politique aux "réfugiés syriens" ou à tout le moins qu'ils arrêtaient d'attribuer cet asile politique, demandant aux "réfugiés syriens" de rentrer chez eux. L'idée que ces derniers vont rentrer chez eux est une idée étrange qui procède de la "wishfull thinking". De l'autopersuasion, si vous préférez ... Il est même prudent de considérer qu'un nouveau flux de Syriens va aborder en Grèce et dans les Balkans, notamment des réfugiés syriens "stokés" par Erdogan qui voudra s'en débarrasser en les convoyant "manu militari" à sa frontière avec la Syrie. Or, ces réfugiés syriens n'ont pas forcément intérêt à rentrer dans leur pays, ruiné et quadrillé par la charia des vainqueurs de Assad et tout à gagner à gagner l'Allemagne.

Certains analystes qui se croient malins, comme Trump, estiment que la chute de Assad démontre la faiblesse de ses "parrains", l'Iran et Poutine. La Russie serait "épuisée" par la guerre en Ukraine, et le Hezbollah aurait été anéanti par l'offensive israélienne au Sud-Liban. C'est possible, mais l'affirmation n'est soutenue que par le fait "brut" de la chute de Assad ... C'est bien insuffisant pour ne pas être là aussi de la "wishfull thinking" ... Mais, c'est une possibilité.

Cependant, les Israéliens pourraient rencontrer un problème bien plus grave que celui avec l'Iran et son Hezbollah, indubitablement installé en Syrie et fortement "malmené" au Liban par l'offensive israélienne. Ce problème pourrait résider dans le djihad des rebelles syriens. Il pourrait se porter, par les exilés syriens en Union Européenne, mais aussi par les nouveaux maîtres de Damas, qui viseraient la conquête du Golan, puis de la Galilée.

L'"Occident collectif" est victime de sa croyance sans fondement que tout Etat a une loi, un exécutif, un Parlement et des juges, tous indépendants et "soumis à la démocratie". Le terme de Syrien n'a de sens que dans le régime laïc des Assad. Dans la région comprise entre la Turquie est Israël, il n'existe que des tribus islamistes, très majoritairement sunnites, qui oppriment les Druzes, les Kurdes, les Alaouites, les Chrétiens et les Juifs. Des gens comme Assad, ou comme Hussein, ou encore Khaddafi, avaient imposé une certaine dose de laïcité, occidentalisée ou occidentalisable. Les Américains depuis les Bush, jusqu'à Biden et Trump, ont travaillé et travaillent pour démolir les régimes arabes laics, ou qui avaient acquis des composantes laïques. L'effet a été dévastateur : les Américains ont été vaincus en Irak par des chiites et par des Sunnites, même s'ils l'occupent encore partiellement. On peut signaler le cas de l'Afghanistan d'où ils ont été chassés par des Sunnites, de la Libye où ils n'ont jamais pu mettre le pied, ... Ils se font "promener" par les Turcs, par les Saoudiens, par les Houthis, par les Quataris, par ... Mais les Américains sont content de leur "victoire de la démocratie" ....

Les Israéliens sont incapables de comprendre le monde islamique parce que, si ces israéliens sont des juifs religieux, ils se moquent éperdument des musulmans avec lesquels ils vivent depuis 1.400 ans, et s'ils sont socialistes, ils les méprisent, parce que ce sont des "religieux"... Pour eux, la religion, quelle qu'elle soit est une honte absolue ... Mais les Israéliens sont contents de leur "victoire d'Israël" ...

Jamais Israël n'a été aussi menacé par l'Islam. Jamais l'Amérique n'a été aussi ridicule d'arrogance dans sa défaite. Nous autres Européens n'avons qu'un espoir : qu'"ils" ne se rendent pas compte que nous existons encore ... Chut ! Pas de bruit ! Ils vont "repartir" ...


Revue C-Politix (c) 7 Décembre 2024