Politique intérieure - Peu avant les Législatives 2022

Philippe Brindet - 8 Juin 2022

En tant que zone économique intégrée à l'Union européiste, la politique intérieure de la France n'a plus grand intérêt. Mais comme le régime occidental continue à jouer la comédie de la "conservation" des institutions "nationales" - qu'il sape en permanence avec le concours des classes politiques "nationales" ... - il est encore amusant de commenter cette comédie que les média nous détaillent chaque jour. Avec candeur ou avec hypocrisie.

En effet, bien des gens en France - ailleurs, c'est probablement pareil - sont dupes eux-mêmes de cette comédie de la "souveraineté" [1]. Mais, d'autres ont parfaitement "compris". Ils sont même salariés par la caste au pouvoir pour entretenir l'illusion de la "démocratie" alors même que la République s'est éteinte dans un silence fracassant.

1 - L'ordre régnait au Stade de France

Si j'ai bien compris, la finale d'un championnat de football devait se dérouler à Saint-Pétersbourg. L'invasion de l'Ukraine par la Russie a été le prétexte pour relocaliser la finale dans un autre lieu. Et le gouvernement français a demandé à accueillir cette finale au Stade de France. Ce fut l'occasion de trois événements importants

  • le blocage de l'entrée des supporteurs anglais dans le stade ;
  • le prétexte invoqué par les politiciens français des faux billets ; et
  • les exactions en bandes organisées contre les spectateurs sortant en fin de match.

Sur le blocage des entrées, les anglais et les espagnols ont été extrêmement choqués par ce qu'ils estiment être de l'incompétence. Malgré les protestations des supporteurs bloqués et parqués dans des files dangereuses, les forces de l'ordre privé du Stade de France et public de la gendarmerie ont été parfaitement insensibles et même inflexibles. Or, selon plusieurs vidéos diffusées, on a constaté que de nombreux "jeunes" des quartiers avoisinant escaladaient les barrières bloquant les entrées et accédaient sans billet, ni contrôle aux places convoitées par les supporteurs. Ces voyous ne rencontraient presqu'aucune résistance des mêmes forces de l'ordre, public et privé, qui, au contraire, gazaient pendant ce temps les supporteurs bloqués dans les files d'attente.

Cette attitude exaspère les honnêtes gens, et pas seulement les fans de Liverpoool et du Real Madrid. Mais je crois qu'il s'agit d'une tactique universelle prise au moins par les pouvoirs publics en France pour faire sentir aux "braves gens" la puissance de l'Etat. Et de détecter très vite les gens qui se rebellent ou pourraient se rebeller. Cette attitude se répète lors des manifestations où la police gaze et frappe dès qu'elle en a l'occasion dès lors que les individus visés semblent ne pas présenter une virulence particulière. Le régime applique un principe politique simple : être fort avec les faibles et pousser les forts à appliquer une injustice à l'encontre des faibles. Le blocage de l'entrée des supporteurs au Stade de France est une illustration de plus de cette politique.

Devant la vague internationale de protestations qui est montée dès le soir même, le gouvernement a agité une "excuse" insultante pour les supporteurs. "On a été contraint de vous bloquer", prétendent les autorités françaises, Ouvea et Darmanin, à la télévision dès le lundi matin - "parce que vous aviez des faux billets d'entrée au Stade de France." Et Darmanin, le ministre de la police macronienne, a même estimé leur nombre à 40.000 ! Pour 70.000 places dans le Stade ... Or, il y avait réellement 70.000 vrais billets en circulation et un contrôle d'accès professionnel aurait permis de traiter les faux billets dont le nombre était assurément sans commune mesure avec ce qu'a dit Darmanin. Mais ce dernier devait répéter l'alibi que lui a fourni son préfet de police, le calamiteux et servile Lallemand qui, pour se défendre du fiasco du Stade de France, a certainement "chargé les anglois", responsables de Crécy, Waterloo, Trafalgar et ... Dunkerque !

Mais le plus grave est arrivé après le match. Lorsque les spectateurs sont sortis du match - quand ils avaient pu y accéder - ont été harcelés sur leur trajet de retour jusqu'aux transports en commun par des hordes de bandits qui se jetaient sur eux pour les arracher de la foule et les voler avec violence. Plusieurs vidéos captées par les victimes sont absolument édifiantes. Selon les témoignages, les bandes armées étaient fortes de plusieurs centaines de bandits issus manifestement des quartiers avoisinants le Stade de France.

Et les spectateurs victimes de ces razzias n'ont été ni protégés, ni secourus par aucune force de l'ordre. Plusieurs témoignages ont même rapporté que des escouades de policiers casqués et armés défilaient silencieusement à proximité et évitaient soigneusement le contact avec les bandes en train de razzier les spectateurs effrayés.

L'ordre régnait au Stade de France, comme partout en France.

Mais, l'effet sur le public international est extrêmement mauvais. Or, la France "organise" au même endroit les Jeux Olympiques. Beaucoup d'étrangers ont annoncé qu'ils renoncent définitivement à revenir à Paris. Et le problème est d'autant plus grave que les mêmes scènes se produisent au coeur de Paris dans le quartier Trocadéro - Champ-de-Mars, et dans plusieurs villes de France : Marseille, Saint-Etienne, Nantes, ...

L'ordre macronien - préfiguré par Néron, qui, de son "Elysée", admirait l'incendie de Rome - règne en France. Il n'y a là rien que de très "normal" et d'attendu par le pouvoir.

2 - L'ordre règne quand la police tire dans le tas ...

Dans le même ordre d'idées ... le leader de la gauche "radicale", Jean-Luc Mélanchon, a "twitté" que "la police tue". Il réagissait à la nouvelle répandue par les média de masse que trois policiers à vélo auraient abattu un automobiliste qui refusait d'obtempérer. Un peu "hâtif" mais "outré", Mélanchon, sous les acclamations des "jeunes" et de leurs exciteurs, en a déduit qu'il y avait en France rétablissement de la peine de mort pour un refus d'obtempérer.

Les conservateurs, d'accord ici avec les macroniens, hurlent à l'atteinte à la République, atteinte que commettrait Mélanchon en ne respectant pas la police, pilier de la république. D'un certain point de vue, ils n'ont pas tort, d'autant que un responsable syndical de police, les seuls habilités à s'exprimer ...., a souligné que les policiers avaient instruction de tirer sur un refus d'obtempérer. Je n'ai pas vérifié. Mais, c'est cohérent ou cela rend sa cohérence au "tweet" de Mélanchon.

La question est compliquée et Mélanchon en habile politicien, utilise ses ambiguïtés. En effet, les "braves gens" sont terrorisés par la hausse de la délinquance et, depuis quelques temps, du crime, deux hausses qui leur paraîssent les viser personnellement. Ce n'est pas faux. Plus encore, les policiers et les "braves gens" qui réclament leur protection, sont de plus en plus souvent la cible d'exactions et de choses autrefois rares, comme les refus d'obtempérer. Lorsque donc un malfrat se fait abattre par la police, celle-ci est souvent soutenue par l'opinion publique.

A l'inverse, les bandits qui prolifèrent un peu partout et plus seulement dans quelques rares quartiers "défavorisés", alliés à une frange radicale de l'électorat, souvent jeune et universitaire, chômeurs et titulaires de petits boulots, tentent de profiter de l'incident pour semer le chaos politique. C'est certainement ce que souhaite Mélanchon qui vise - de droit, semble t'il estimer - le prochain poste de premier ministre de Macron ....

La chose peut paraître effarante aux petits-bourgeois qui font le coeur de l'électorat macronien. Mais elle effraye aussi les mêmes petits-bourgeois qui sont par nature "conservateurs". Sauf à exiger que l'électorat de Madame Le Pen vote exclusivement pour les députés de Mélanchon - ce qui, après réflexion, n'est peut être pas aussi impossible que le croient les petits-bourgeois - Mélanchon n'a aucune chance d'obtenir la majorité à l'assemblée nationale.

Sauf, qu'en agitant des motifs révolutionnaires - peut être plutôt "pré-révolutionnaires" - Mélanchon pourrait attirer les électeurs de "gauche" qui se sentent trahis par le "banquier" Macron. C'est probablement le calcul de Mélanchon avec son "la police tue". Mais il commet une erreur de calcul : tous les banquiers sont de gauche ! Et c'est la grosse rigolade dans les dîners en ville ...

Mais, sur un malentendu, la stratégie de Mélanchon pourrait s'avérer "gagnante". D'autant que la "Justice" est vent debout contre la Police ! Mélanchon n'est donc pas si isolé qu'on le croît chez les conservateurs et les macronistes.

Maintenant, nous avons tout de même un problème avec la police de Macron. Outre le fait qu'elle arrête des bandits que la Justice remet en liberté - c'est du moins ce qu'estiment les petits-bourgeois effrayés et que la Justice nie farouchement - la police française a un curieux rapport avec le "maintien de l'ordre". Elle est capable de tirer dans le dos d'un malfrat alcoolique et sans permis et, six jours plus tôt, d'assister l'arme au pied et le ricanement aux lèvres aux violences des mêmes malfrats au Stade de France.

On ne peut s'empêcher de penser que, s'il est abusif de rester l'arme au pied un samedi soir, il l'est tout autant de tirer dans le dos d'un fuyard. Je ne sais pas pour vous. Mais pour moi, il y a un problème que je ne situe pas bien .... Après tout, Macron peut estimer que l'ordre règne quand la police tire dans le tas ou qu'elle sème la terreur parmi les spectateurs d'un match de foot. Après cela, les moyens de la terreur importent peu.

3 - La NUPES est une "nuance"

En parfaite cohérence avec la nullité de la campagne présidentielle - agitée seulement à son début par le trublion Zemmour - la campagne des législatives qui lui succède est d'une nullité politique abyssale. Je suis au regret de constater qu'il ne surgit de la foule qui se presse devant nos yeux ébahis d'électeurs strictement aucune personnalité capable d'animer un débat parlementaire, de soutenir une initiative législative de nature à relancer l'économie sociale et politique française.

Je n'en suis pas vraiment étonné dans la mesure où la précédente législature a été d'une nullité parfaite parce que Macron en a décidé ainsi. Macron a été installé par la caste des hommes d'affaires pour régenter la France comme une zone économique à l'intérieur de la zone européenne, vassale des Etats-Unis. De telles zones économiques occupées n'ont besoin d'aucune loi, ni de gouvernement au sens républicain. De telles zones ont besoin de réglementations de normes édictées par des experts et que la population devra appliquer en toute circonstance sous la menace de contraintes. De telles contraintes n'ont plus aucun besoin d'être imposées par la Loi. Il suffit d'instiller la "peur" et de contrôler les pénuries : de travail, d'énergie, de loisirs, d'alimentation, ...

Une assemblée législative n'a donc plus aucun intérêt, sauf à servir de paravent aux normes décidées par la caste.

De fait, Mélanchon pourrait parfaitement devenir premier ministre de Macron. Il servirait certainement à renforcer - sans y rien comprendre - toutes les contraintes que la Caste veut nous imposer à l'avenir, après être parvenue à en imposer de folles pendant les deux années précédentes de "pandémie".

Dans le genre "poudre aux yeux", pour faire croire à la population qui sert de masse électorale qu'il existe encore une députation nationale, Mélanchon est parvenu à reformer une sorte d'"union de la gauche" qu'il a appelé la "NUPES". Il semble que Mélanchon prétend maaintenant que les partis qui ont composé cette "alliance" doivent disparaître derrière l'étiquette unique de "NUPES", C'est un vrai coup de génie qui fait disparaître en un mot insensé, "NUPES", le parti socialiste, les partis radicaux, les partis et mouvances écologistes, peut être le parti communiste français ...

Le cauteleux patron de la France ... très peu insoumise, serait donc parvenu à éteindre les lumières de tant de partis qui ont animé la politique française.

Ne l'entendant pas de cette oreille, un certain nombre de plaignants ont demandé au Conseil d'Etat de "ruiner" la Nupes.

Le problème, c'est que le Conseil d'Etat est entre les mains de Macron. Avec une ruse consommée, de la même façon qu'il avait abusé de l'urgence sanitaire dans des centaines de décisions, le Conseil d'Etat vient de consacrer une nouvelle forme d'association politique : la nuance. La Nupes" est une nuance ...

Cette décision du Conseil d'Etat dit tout de la future assemblée nationale : elle sera toute en nuances ... Pour ne rien décider.


Notes et commentaires

[1] Cette comédie de la souveraineté nationale s'est illustrée avec la campagne présidentielle qui a vu la défaite de tous ceux qui croient ou veulent croire que rien n'a changé, le dépit de ceux qui ont compris, mais qui ont été écartés par la Caste et le triomphe néronien de celui qui a été élu. Avec ses affidés, il a à nouveau les mains libres - tant que l'illusion de comédie jouera - pour mener une tyrannie instaurée par les "américains" et leurs vassaux les européistes". Cette tyrannie se joue depuis Berlin, manoeuvré par New York.


Revue C-Politix (c) 8 Juin 2022