Quelques notes au sujet de l'effondrement de l'Occident

Philippe Brindet - 05-07-2026

Effondrement ou ruine ?

Est-ce un mouvement en cours - et donc inversible - ou est-ce un état stable ? L'effondrement est une dynamique, quand la ruine est un état dont on ne sort pas.

Pour passer à l'état de ruine, une civilisation met du temps : cent, deux cents, trois cents ans, ... Plus encore ?

Or, l'Occident est dans un état critique depuis très lontemps. On peut relever trois auteurs qui ont annoncé cet état critique :

  • Ernest Renan ;
  • Oswald Spengler ;
  • A. Toynbee ;

Deux auteurs français plus récents tout en étant des soutiens de la démocratie libérale, ont émis des analyses très proches de l'effondrement. Il s'agit de Raymond Aron, puis de Nicolas Baverez. Leur point de vue est plutôt politique pour Aron, plutôt économique pour Baverez. Et si Aron admet des difficultés au niveau de l'occident, Baverez reste très axé sur la France. Mais ces deux auteurs, pour des raisons idéologiques, en restent à la considération d'une crise dont l'issue est encore disputée. Or, elle ne l'est plus. Et ce n'est plus une crise.

Mais, même la plupart des critiques du régime occidental n'imaginent pas qu'il est détruit depuis longtemps, ni qu'il n'y a plus aucune possibilité d'un retour en arrière. Cet aveuglement des élites occidentales est une raison suffisante qui permet de constater que l'Occident est une ruine archéologique dans laquelle des ombres s'agitent de manière erratique sans aucun autre but que de suivre le mouvement d'agitation que l'énergie ambiante résiduelle leur impulse. On peut estimer que ce constat est une manière de révélation.

Cette apocalypse, c'est que l'humain survit assez bien dans les ruines qu'il a lui-même provoquées. Beaucoup s'y vautrent avec délices. Peu en souffrent. "Décadons", entend on partout. La pitoyable fierté des occidentaux modernes quand ils contemplent avec admiration leurs ruines éclate comme une évidence aux yeux des étrangers à l'occident. Quand ils s'y aventurent, ces étrangers expriment leur stupéfaction devant l'incroyable arrogance des occidentaux quand ils condescendent à examiner le reste de l'humanité. C'est une autre raison suffisante au constat de la ruine.

Depuis quand ?

L'Histoire telle que l'écrit le régime occidental n'est qu'une longue suite de cris d'admiration sur les temps modernes. La croyance que le monde entier n'est qu'un ramassis de gens éperdus de reconnaissance pour l'immense valeur que leur cède l'Occident maganime dans son triomphe.

La destruction de l'Occident débute par l'indépendance des Etats-Unis d'Amérique qui secouent le joug de la vieille Angleterre. Cette "création" occidentale provient de mouvements convergents qui comprennent :

  • l'effrayante stupidité géopolitique du régime royal français et de quelques autres ;
  • la généralisation de l'esclavage des Africains par une immigration forcée ;
  • le génocide furieux des populations originales américaines ; et
  • la putréfaction sociale des immigrants européens en Amérique.

La destruction de l'Occident débute par la fondation des Etats-Unis. Toute cette destruction ne sera qu'une longue répétition des erreurs civilisationnelles commises à cette occasion.

Les étapes de la destruction de l'Occident qui suivent sont essentiellement :

  • la Guerre de sécession des Etats-Unis, guerre "interne" aux Etats-Unis qui "inventent" la guerre "industrielle" de destruction massive des populations et des biens ;
  • la Guerre franco-prussienne où la stupidité nationaliste des uns et des autres se donne libre cours ;
  • les deux guerres mondiales - qui en fait n'en forment qu'une en deux périodes, et qui culminent par l'emploi de la bombe atomique par les Etats-Unis contre un peuple asiatique, pour mettre fin à une civilisation différente.

Ce qui suit, n'est qu'une longue suite de brutalités le plus souvent commises par des gouvernants civils ayant de moins en moins recours aux militaires et de plus en plus aux policiers de la tyrannie.

La ruine de la civilisation occidentale ?

Beaucoup d'historiens et de sociologues outre qu'ils rejettent formellement cette analyse de la "ruine" occidentale - imaginent parfois que la civilisation cocidentale disparaîtra un jour, dans le futur, comme toute civilisation : Athènes, Rome, les Incas, ... Mais que nous en sommes loin. Nous serions même dans cette apogée par exemple fantasmée par l'"intellectuel américain" Fukuyama : l'Occident est la fin de l'Histoire qui n'a plus besoin d'évoluer.

Ils n'ont rien compris à la civilisation occidentale. D'autres intellectuels, d'abord moqués, comme Huntington et sa guerre des civilisations, imaginent qu'il existe encore une civilisation occidentale. Qu'elle serait peut être en plein essor. Ses "difficultés" actuelles proviendraient seulement de la guerre que les autres "civilisations", comme l'islam, lui mèneraient et le résultat de cette guerre ne serait pas encore connu. Cette thèse nous paraît - à quarante ans de distance mieux adaptée à la situation actuelle. Le problème dans l'analyse de la guerre vue par Huntington tient radicalement au fait que l'occident a rejeté sa religion. L'occident a même détruit sa religion. Complètement.

Or, l'Histoire démontre que la civilisation occidentale est entièrement énergisée par une religion unique dans les annales de l'Histoire : le catholicisme, lui-même produit par le christianisme qui est beaucoup plus qu'une religion, puisqu'il est le dépassement de toute religion par la divinité même, comme l'avait montré Pierre Chaunu.

Or, le catholicisme est à la fois la cause du triomphe de l'occident et une victime de sa destruction.

Le catholicisme est le rameau romain du christianisme. Ce dernier a développé un autre centre au Moyen-Orient avec les Coptes, les Syriaques, les Maronites, les Arméniens et s'est étendu en un rameau oriental avec l'orthodoxie : Byzance, Moscou, l'Inde, ...

Aussi le catholicisme est-il essentiel à la civilisation occidentale en ce qu'il contient trois mouvements :

  • contestation du judaïsme que le christianisme vient achever sans le réduire ;
  • assimilation du droit romain et d'une partie de la pensée grecque, passée par la Rome Antique ; et
  • expansionisme mondial provoqué par sa propriété intrinsèque de catholicité.

L'expansion coloniale d'abord des Espagnols et des Portugais vers l'Amérique du Sud, puis des Anglais et des Français vers l'Amérique du Nord, l'Afrique et l'Asie est fondamentalement produite par le catholicisme romain. Cette "catholicité" est complètement intégrée dans l'universalité des Lumières, du XVIII° au XX° siècle. Avec le XXI° siècle, l'occident détruit brille d'un dernier "feu" - comme une étoile à hydrogène se détruisant en supernova - avec le mondialisme américanisé.

Or, le mécanisme de destruction de l'occident tient à celui de la destruction du catholicisme. La colonisation - une grande fierté du catholicisme qui imagine avoir obéi à sa "catholicisté" - est devenu la honte de l'occident qui, aujourd'hui encore, la dissimule. Mais cet occident américanisé a converti son colonialisme en impérialisme mondialiste, centré sur les Etats-Unis, l'Union européenne revendiquant sans honte sa vassalisation qu'elle confond souvent avec sa souveraineté.

Avec l'application politique et commerciale de la catholicité, le catholicisme romain a dès le XV° siècle signé l'arrêt de mort de la civilisation occidentale. A cette même époque, avec le développement commercial et partant, financier, la société occidentale s'est peu à peu émancipée de sa religion qu'elle n'a plus alors de cesse de détruire.

Quels signes de la ruine de la civilisation occidentale ?

Le premier signe est le rejet du catholicisme par les agents du régime occidental. Ce rejet s'est fait par étapes successives de sorte que beaucoup de catholiques ne l'ont pas encore compris. Ils vivent dans un monde anti-catholique en imaginant que ce monde est catholique. Or, l'action anti-catholique est tellement violente que les catholiques ont été contraints de réaliser un "agiornamento" de leurs principes, de leur religion. Un aggiornamento qui devait leur permettre de vivre non plus en lutte avec le régime occidental, mais comme partenaires, partie prenante. C'est le mouvement du Concile Vatican II. Et de fait, le catholicisme s'est chaque année davantage aligné sur le régime occidental. Il en a même épousé les causes les plus destructrices. A la fin du XX° siècle, le catholicisme avait partiellement adhéré aux différentes mouvances du socialisme alors même que la mouvance la plus toxique s'effondrait. Dans cette première partie du XXI° siècle, le catholicisme s'est adapté au progressisme woke intrinsèque au régime occidental autour deux mouvements : la soumission aux exigences des minorités actives du régime occidental d'une part et propagande ouverte en faveur de l'immigration allant principalement de l'Afrique musulmane vers l'Europe catholique, d'autre part.

Je crois avoir montré plus haut que le catholicisme est le moteur de la civilisation occidentale, que czlà plaise ou non à ses contempteurs. La destruction du catholicisme, parite par ses contempteurs athées, partie par ses cadres eux-mêmes, obère le futur de la civilisation occidentale.

Le deuxième signe de la ruine du régime occidental est l'apparition de plusieurs blocs de nations qui se réorganisent selon leurs dynamismes propres, sans aucune influence de l'imperium occidental. Dans l'ensemble, les agents du régime occidental peuvent prendre quelque décision qu'ils souhaitent. Elles n'ont pratiquement plus d'autre effet que de les couper du reste du monde. Ainsi, le régime occidental a décidé de détruire les blocs de la Chine, de la Russie et de l'Iran. Malgré les efforts de sa propagande, l'occident ne parvient pas à détruire ces trois blocs.

Prenons le cas de l'Iran que les américains tenaient en Février 2026 pour un agrégat de "néanderthaliens", incapables de résister à l'Amérique "great again" ... Nous sommes en juillet 2026 et à la trêve de "Trente jours" a succédé celle de "soixante jours". ET l'Iran expédie au moins autant de bombes volantes sur les USA et leurs alliés "malgré eux" que les Usa ne leur en adressent. Les vassaux du régime occidental découvrent une fois de plus que l'arme américaine n'est plus ce qu'elle était.

Le troisième signe de la ruine du régime occidental est la coexistence d'une frange corrompue de la population qui sert d'agents d'exécution au régime occidental et le reste de la population de plus en plus pauvre, ne bénéficiant plus des "bienfaits" de la démocratie libérale. Culture, santé, enseignement, libertés individuelles, capacité d'initiatives, ... tout celà, l'immense majorité de la population occidentale en est de plus en plus privée. Parce que le régime occidental n'en a plus les moyens. Il peut laisser s'enrichir les hypermilliardaires dont la richesse n'est que le produit de la corruption, fruits desquels bénéficient une frange toujours plus étroite d'esclaves du régime occidental. Peut être 5 à 10% de la population.

Le quatrième signe de la ruine du régime ocicdental est l'effondrement complet et de l'idéologie républicaine et de l'idéologie démocratique. Cet effondrement provient essentiellement de celui de la nation. Nation qui produit le souverain de la démocratie et qui bénéficie du bien de la république. Au lieu du bien public, il y a désormais la corruption de la caste occidentale qui agglomère dans un système maffieux milliardaires, médiacrates et politiciens. Cete caste est illustrée par le World Economic Forum dont la corruption est totale. Il n'y a donc plus de nation, plus de peuple, mais seulement la Caste qui règne sur un ramassis de pauvres hères, sans travail, sans initiatives, sans culture, ... Ce ramassis est une charge pour la Caste et elle n'aura de cesse dans les années à venir à en réduire la démographie.

La Caste occidentale a déjà commencé son travail de dépopulation avec l'avortement, la destruction du mariage, l'euthanasie, l'alimentation poisoneuse, les médicaments toxiques, les conduites mortelles, ...

Multiplier ces signes n'est pas nécessaire. L'énoncé précédent suffit.

Que signifie une civilisation ruinée ?

Beaucoup d'intellectuels ont abondamment décrit les anciennes civilisations aujourd'hui disparues. Certains même imaginent que les civilisations humaines sont aussi mortelles que les humains. Je ne suis pas un partisan de la biologie sociale ...

D'autant que la civilisation romaine a été largement reprise par la civilisation occidentale et avec elle, la civilisation grecque. Les civilisations ne meurent pas complètement toujours. Parfois, elles se transforment.

Le futur de la ruine de la civilisation occidentale est peut être sa disparition complète. Je l'ignore. Or, elle est menacée par deux autres civilisations qui sont en position de la piller. Il s'agit selon moi de la civilisation chinoise et de la civilisation islamique. La pénétration du monde islamique en occident est croissante depuis cinquante ans. Elle est le futur le plus probable de l'occident. Au moins transitoirement.

Mais, la civilisation occidentale, même ruinée, conserve un attribut essentiel : le catholicisme. Or, ce dernier tient à une institution bimillénaire : l'Eglise catholique. Même si le catholicisme est en effet ruiné, l'Eglise catholique est - j'en suis certain - indstructible. Elle subsiste dans chaque chrétien qui, malgré la corruption occidentale conserve le sens du bien d'une part et la foi en Dieu Trinité d'autre part, le premier étant un don du second.

Je suis persuadé que le christianisme occidental renaîtra, peut être avec l'aide du chritianisme africain. Mais peut être aussi avec l'aide du christianisme oriental. Une nouvelle évagélisation est en cours. Dans le royaume de la Foi, rien n'est jamais perdu. C'est l'affaire de chacun de se situer par rapport au Seigneur Jésus. Qui n'est pas pour Lui est contre Lui.


Revue C-Politix (c) 5 Juillet 2026