Quelques observations sur la politique des retraites.

Philippe Brindet - 14 Décembre 2022

Le régime macronien vient de décider un nouveau report de la discussion sur une loi nouvelle d'organisation des retraites. La raison serait de permettre à deux partis d'oppposition qui viennene tde renouveler leur état-major de se préparer au projet de Loi. Cet argument est certainement risible. Mais, la présentation du projet de loi est de toutes façons encore une fois différée. La mesure "centrale" annoncée par lez régime macronien serait le report de l'âge légal de la retraite du régime général de 64 ans à 65 ans. Il y a certainement d'autres mesures, mais je ne les connais pas.

Je voudrais faire quelques observations simples. Elles ne visent pas à "résoudre" le problème des retraites. Simplement à faire des observations. Mes lecteurs en feront ce qu'ils voudront.

  1. Reporter de 12 mois seulement l'âge d'entrée à la retraite paraît dérisoire.

    Lorsque la retraite par répartition a été instituée, la survie du retraité était de 5 à 7 ans à compter de l'âge d'entrée à la retraite. Il ne "pesait" sur les comptes des organismes de retraite que de 5 à 7 ans. Aujourd'hui, la survie du retraité est de 25 ans ou peu s'en faut. Soit 4 à 5 fois plus longue. Et dans le même temps, chaque retraité qui comptait 4 actifs pour financer sa pension n'en a plus que 1,4 en 2020 !

    Voilà l'argument massue brandit par le régime macronien et par ses supporteurs pour affirmer, les yeux exorbités, qu'il faut de toute urgence augmenter l'âge de la retraite.

    Or, le problème réside en ce que, malgré cette situation qu'on voudrait nous décrire catastrophique, le régime des retraites, globalement, est à l'équilbre et il a des réserves pour tenir de longues années.

    Alors, l'analyse qui se fonde sur l'allongement de la durée de vie d'une part et sur le rétrecissement de la population active pour exiger un retard de l'âge de prise de la retraite d'autre part, n'est pas correcte.


  2. La destruction de la population active

    Ce que ne dit pas le régime macronien, c'est que les différents partis qui se sont succédés au pouvoir depuis quarante ans se sont ingéniés à détruire la population active. Les différents pouvoirs politiques ne faisaient qu'obéir aux ordres du capitalisme financier qui cherche depuis longtemps à accroître la productivité, essentiellement en diminuant le revenu du travail.

    La première méthode employée a été celle de détruire la natalité de la population française. Depuis la loi Veil de 1974, il y a de manière stable 250.000 avortements chaque année. Ces naissances manquées font que la population active de plus de vingt ans a un défaut de 7,5 millions de travailleurs actifs qui devraient actuellement cotiser aux régimes de retraite. Mais, le régime au pouvoir depuis cette époque déjà lointaine a fait beaucoup d'autres attaques contre la démographie française. Il faut juste reconnaître que la situation est strictement la même dans tous les Etats d'Occident américanisé. Cette remarque ne justifie en rien la situation française.

    La deuxième méthode employée a été celle de remplacer le peuplement "naturel" par les naissances par un peuplement allogène essentiellement fourni par les populations incultes d'Afrique. Ces populations, initialement venues en France pour assurer des métiers de manoeuvres et d'ouvriers non qualifiés, à la faveur du "regroupement familial", ont peu à peu exécutées un repeuplement de la nation française par des individus, certainement méritants, mais qui travaillent peu et surtout dans des emplois sous-qualifiés, donnant très peu de cotisations sociales notamment pour financer le régime des retraites.

    La troisième méthode a consisté à "massacrer" l'emploi des seniors en les contraignant à des régimes de semi-activité ou même de chômage complet de sorte que la France a, parmi les nations qui se pensent encore développées, le plus faible taux d'emploi des plus de 40 ans. Or, ces emplois fournissent et de loin, les plus fortes cotisations parce que le système de rémunération, surtout des salariés, mais pas seulement, augmente régulièrement avec l'expérience du travailleur et, le plus souvent de son âge.

    Avec ces trois méthodes, on est assuré qu'à terme la population active deviendra insuffisante pour assurer le financement de la retraite par répartition. Mais, ce n'est pas encore le cas.


  3. L'appauvrissement des travailleurs actifs

    Une autre réalité largement dissimulée par le régime, est que les travailleurs, surtout salariés, mais pas seulement, bénéficient e revenus du travail de plus en plus réduits. Il y a cinquante ans et plus, un travailleur intellectuel ayant des tâches de direction ou de recherche ou d'enseignement d'un certain niveau, pouvait suffir à entretenir seul sa famille. Aujourd'hui, ces mêmes travailleurs, pour les mêmes tâches, sont très heureux si leur conjoint a un travail rémunérateur. Ces emplois, salariés ou non, ne sont plus rémunérés au niveau où ils l'étaient autrefois. Aujourd'hui, plus de la moitié de la population active française se trouve avec un niveau de revenu inférieur à un montant très peu supérieur à celui nécessaire pour faire face aux dépenses contraintes.

    La perte de nombreux salaires élevés au cours des années n'est cependant pas aussi forte que notre remarque voudrait le faire apparaître. En effet, il existe des métiers fortement rémunérateurs et qui contribuent à un bon financement des régimes de retraite. Ce sont les métiers du commerce international, de la finance, ....

    En conséquence, les retraites qui se trouvent sous le seuil de "rentabilité" sont de plus en plus nombreuses et dépassent la moyenne.

    L'appauvrissement des travailleurs actifs induit une diminution réelle des cotisations prélevées en faveur des retraités.

    En plus des salaires insuffisants en moyenne, il faut souligner le fait que le travail rémunéré se raréfie en France. Ceci est indiqué notamment par le relèvement de l'âge d'entrée dans la vie active. On reste "étudiant" de plus en plus longtemps et on met de plus en plus de temps à trouver son premier emploi. C'est bien sûr un facteur important pour mettre en péril le financement des retraites par répartition.

    Enfin, on doit souligner les ravages provoqués par le chômage, complet ou partiel, mais aussi provoqués par le "mauvais" travail, peu payé, à temps partiel, les contrats "jetables" ....

    Tout ceci concourt à une mise en danger des régimes de retraite.


  4. Le remède aux problèmes des retraites par répartition

    Il faut se méfier des schémas simplistes. On sait que certains accusent le système de la répartition d'être une pyramide de Ponzi. Ce n'est pas entièrement faux. Mais, c'est le système qui prévaut. Aujourd'hui, il semble que nous devrions encore vive avec. Pour de longues années. Quoique ...

    Les remarques précédentes cependant, offrent des voies de réflexion pour trouver des solutions, chacune partielle, mais qui pourraient ensemble produire une amélioration du système de retraites, de son financement. Notre plus grande préconisation serait de lutter contre le chômage et ses semblables d'une part et de hausser la rémunération du travail à taux de prélèvements sociaux constants d'autre part. On peut ici citer un autre risque auquel est confrontée la politique de l'Etat en matière de retraites : celui d'imaginer aider le financement des retraites en "aidant" les bas salaires par des exonérations de charges sociales. C'est probablement la plus forte menace contre les régimes de retraite et d'autres régimes (maladie, maternité, ...).

    C'est certainement irresponsable de la part d'un gouvernement d'y recourir. L'Etat français y recourt depuis vingt ans et plus. Et il ruine le travail salarié ainsi.





Revue C-Politix (c) 14 Décembre 2022