Quelques réflexions sur l'affaire afhgane

Philippe Brindet - 06 Septembre 2021

Ainsi que nul ne l'ignore, les américains ont décidé de quitter le sol afghan qu'ils occupent - ou pas c'est selon la façon de raconter - depuis vingt ans. Et si leur entrée ne s'était pas très bien passée, leur sortie - du moins celle de août 2021 - s'est encore moins bien passée. Et que leur occupation entre les deux. Un succès en bref.

  1. La première remarque concerne l'état de ... disons santé du Président des USA

    C'est une réflexion très impertinente du fait de la puissance de la fonction. Et certains en déduisent hâtivement que, parce que je n'ai pas été jeté en prison (ou pire), nous vivons dans un paternel régime démocratique qui laisse prospérer les critiques. Il n'en est rien. En réalité, si je dis de Monsieur Dupont, sous-chef d'atelier du garage Payetan, que c'est un vieillard sénile, j'ai de grands risques de faire les frais d'un procès si j'utilise un grand média ... Si j'attaque Biden depuis cette Revue, je ne risque pas grand chose.

    Mais, du fait que je n'exposerai pas un risque en affirmant cela, les gens en déduisent que c'est une honte de prétendre que Biden est en état de démence sénile. En fait, la nouvelle est écrite depuis plus de deux ans dans les journaux américains et celà n'a ému personne. Surtout pas ses électeurs. Et encore moins ses partenaires internationaux. Même Poutine que Biden avait traité de "tueur" quinze jours avant de le rencontrer à Genève ... Il faut dire que c'était la première fois depuis un mois que le Président des Etats-Unis produisait une phrase ayant à peu près un sens.

    Depuis, on attend.

    Son ordre de sortir immédiatement d'Afghanistan a stupéfié les américains d'abord, le reste du monde ensuite. Et pas les Afghans qui se sont précipités sur les "surplus" américains, à peine ceux-ci ayant abandonné leurs bases militaires. Et quand ils sont arrivés à l'aéroport de Kaboul, la panique était à son comble. Les Afghans ont intimé l'ordre à Biden de retirer ses américains avant le 31 août. Le 30 aout, le général commandant en chef se faisait photographier, partant le dernier sur la passerelle d'accès au dernier avion de retour ... Ce n'était plus la Chevauchée des Valkyries de Apocalypse Now. C'était plutôt les adieux de Wotan dans le Crépuscule des dieux ...

    Très clairement, la manière dont s'est déroulée l'évacuation de l'Afghanistan, l'arrivée immédiate des afghans - dénommés "Talibans" pour dire "ennemis" - alors que les "terroristes" étaient réputés détruits, démontre la sénilité démente de Biden. C'est ce qui se fait jour dans les commentaires de beaucoup d'électeurs démocrates quelques mois après avoir voté "Biden" et qui par ailleurs approuvent le principe du retrait d'Afghanistan.


  2. Un acte de démence vraiment

    Le problème, c'est que ce n'est pas Biden le plus dément dans l'affaire. Le pauvre homme a eu le droit à un verre de lait après avoir signé l'ordre d'évacuation. Il est content. Cà suffit à son sujet.

    Le problème de l'évacuation estivale d'Afghanistan se trouve dans l'écroulement du gouvernement fantôche mis en place par les américains sous Obama et Trump, et défintivement adoubé sous Biden. Or, la constante des trois ou quatre présidences, ce ne sont pas les présidents, ce sont les patrons des agences de l'Administration américaine.

    Comment avoir construit à la fois une opposition "en pleine forme" et un gouvernement "inexistant". Le seul acte un peu significatif du président afghan installé par Biden a été de fuir au Quatar avec 160 millions de dollars. La CIA, le DoD, et je ne sais combien d'agences américaines sont elles donc peuplés uniquement de vieillards séniles ?

    C'est possible, parce que, plus rien n'est impossible en occident où on ferme l'économie pour une épidémie moins virulente qu'une grippe en 2017. Mais il y a deux faits. Le premier c'est que le fiasco afghan met la panique parmi les alliés des USA. Notamment les japonais et les taïwanais qui se demandent ce que vaut le "parapluie" américain face à la Russie et à la Chine. Et les européens qui se demandent s'ils sont dans la situation des taïwanais ou dans celle des afghans ?

    Quant au monde musulman, il est en ébullition devant la défaite du grand satan américain.

    Que rechercheraient les universités et les administrations américaines ? L'instauration d'un grand chaos mondial qui permettrait de ruiner définitivement tout ce qui n'appartient pas aux USA.

    Il faut en effet écarter définitivement l'idée que les Etats-Unis sont le leader du monde libre et de la démocratie. Il existe encore des gens aux USA qui agissent dans ce sens. Ils permettent aux autres d'avancer encore masqués. Mais en réalité, depuis une vingtaine d'années et plus, d'autres groupes d'influence se sont constitués pour qui la démocratie et la liberté ne sont plus du tout l'objectif de l'empire américain. Et cette nouvelle orientation demande de nouveaux moyens pour poursuivre l'empire américain dans une autre voie.

    Ce nouveau moyen est le chaos. La guerre sans les chars et l'aviation. Ou très peu. Mais avec l'exacerbation des haines et des rancoeurs des peuples que le chaos américain a frappé. Le démence peut être stupide : Biden. Mais elle peut être terrifiante avec les forces encore un peu indistinctes qui s'agitent derrière le sénilisme de Biden.


  3. La Chine et l'Afghanistan

    Les Talibans ont annoncé qu'ils ont signé un partenariat avec la Chine comme meilleur allié de l'Afghanistan. Il est probable que les chinois sont déjà à Kaboul et dans une grande partie du pays. Or, quand on est chinois et en Afghanistan, on est en Iran, Et là, on est en Turquie.La Turquie à qui les américains ont imprudemment confié la "défense" de l'aéroport de Kaboul. Et là, on est ... en Europe. Avec l'appui de nations musulmanes.

    Il y a deux problèmes à cette stratégie. Le premier, c'est que le traitement des Ouighours musulmans par la Chine ne facilite pas l'amitié entre les peuples ... Mais, la Chine a d'autres arguments pour convaibncre les commerçants musulmans. Y compris Ouighours. Le second problème est géographique. Entre la Chine et l'Afghanistan, il y a le Couloir du Wakhan, une chaîne de montagnes qui ne s'abaissent jamais en dessous de 5.000 m d'altitude, sans plaines, sans fleuves naviguables, sans route. D'autant que, du côté chinois, la géographie sur plus de mille kilomètres n'est guère plus favorable. Mais, la "China National Highway 314 rejoint la Karokoram Highway N35 au col de Khunjerab (4700 m). Rien d'impossible pour les ingénieurs chinois.

    Pour résoudre ce second problème, les Chinois peuvent recourir à l'aviation au moins partiellement. Et la construction de routes rapides et de voies ferrées, même à très grande vitesse, les Chinois savent les construire plus de mille kilomètres plus à l'est, sur les montagnes du Tibet, largement aussi hautes, et plus froides.

    Par ailleurs, les Chinois en lutte contre les Indiens dans le Cachemire, pourraient compter sur les pakistanais dans une participation à la "Nouvelle Route de la soie".

    C'est à se demander si la démence des administrations fédérales US ne serait pas un tout petit peu liée à la corruption que la Chine a ouverte ses quinze dernières années aux USA ?


  4. La Russie et l'Afghanistan

    On en a parlé. Il est clair que la Russie ne peut pas laisser la Chine occuper l'Afghanistan sans réagir. D'autant qu'elle est en plein partenariat avec la Chine, depuis que l'Europe la plus bête du monde a perdu défintivement l'occasion - grâce aux administrations US ... - de jouer des relations économiques avec la Russie.

    Mais la Russie, même si Poutine a restauré la puissance russe - plutôt l'orgueil national d'ailleurs ... - n'est probablement pas de taille à retourner en Afghanistan. D'autant qu'elle est déjà en Turquie et depuis un siècle. Et qu'elle est en Europe avec ses guerres en Serbie, puis en Ukraine. Et sa non-paix avec la pologne. Par ses républiques musulmanes surtout, elle n'a pas besoin de la Chine pour accéder à l'Afghanistan.

    Mais la route vers l'Asie du Sud-Est n'a pas un grand intérêt pour la Russie. Surtout, si elle veut maintenir un partenariat essentiel avec la Chine, l'Amérique et l'Europe se dérobant à toute coopération amicale. On peut estimer qu'un engagement en Afghanistan ne serait pas très populaire dans la population russe. Peut être quelques revanchards appuyeraient l'opération. Ce serait très insuffisant.

    Il n'en reste pas moins vrai que la Russie doit absolument contenir la Chine en restant associée à un dessein occidental de la Chine. D'autant que la Turquie est sur le chemin de la Chine.

    Y a t'il un risque de confrontation ? C'est possible. C'est peut être le calcul des stratèges du désordre à Washington.


  5. Un rôle pour l'Europe ?

    On s'interroge sur lequel. Militairement, l'Europe n'a aucun moyen d'agir en Afghanistan. La seule force française serait incapable de se projeter si loin. Par ailleurs, les militaires français connaissent l'Afghanistan. Pas aussi bien que les Russes, mais presque ... On ne les voit pas reprendre du "service" là-bas. Et pour quoi faire.


  6. La gabegie de l'intervention américaine en Afghanistan

    Commencée en 2001 au lendemain de l'attentat des Twin Towers sur un mensonge, la guerre américaine a pris le relais de la vieille guerre soviétique. On se bornera à quelques chiffres rassemblés dans la presse et qui sont certainement douteux.

    Morts civils afghans+ de 20.000
    Morts rebelles Talibans+ de 50.000
    morts soldats afghans réguliers+ de 100.000
    Morts soldats alliés3.500
    budget des USA sur la guerre+ de 1.000 milliards de USD
    évaluation du prix du matériel US
    saisi par les Talibans
    + de 150 milliards de USD

    Un article issue de données de la Chambre des Représentants US indique :

    Between 2003 and 2016, the United States transferred 75,898 vehicles, 599,690 weapons, 162,643 pieces of communications equipment, 208 aircraft, and 16,191 pieces of intelligence, surveillance and reconnaissance equipment to the Afghan forces, according to a 2017 Government Accountability Office report.

    From 2017 to 2019, the United States also gave Afghan forces 7,035 machine guns, 4,702 Humvees, 20,040 hand grenades, 2,520 bombs and 1,394 grenade launchers, among other equipment, according to a report last year from the Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction (SIGAR).

    Une gabegie. Les Talibans pourront utiliser les armements manuels et quelques véhicules pas trop "technique". Probablement peu les avions et les hélicoptères, ainsi que le matériel de communication. Mais "çà" se revend très bien ... aux chinois par exemple. Alors, de la partt des administrations US, on se demande : démence, corruption, trahison ?