Syrie Islam US Israël Russie Iran Turquie et quelques autres

Philippe Brindet - 08/01/2025

Le coup de la Syrie est pour l'instant incompréhensible.

Le moteur principal du coup d'Etat qui a renversé la famille Assad à Damas a été construit, alimenté et commandé par les services spéciaux américains. C'est une évidence.

La question première, qui commande probablement toutes les autres, est de savoir comment des islamistes terroristes dont la tête était mise à prix jusqu'à 10 millions de dollars par les services spéciaux américains ont été en une semaine déguisés en démocrates musulmans par ces mêmes services spéciaux américains, a priori contrôlés par l'administration Biden. Sur le départ. Mais subitement hyperactive.

La question seconde, qui découle peut être de la première, est de comprendre comment les Russes sont quasiment contraints à se retirer de Syrie. Ces Russes qui soutenaient ouvertement le régime Assad depuis plus de dix ans. Régime qui devait tomber sous les coups de la CIA de Hillary Clinton en 2011. Les fameux "printemps arabes" ...

La source de ces deux questions essentielles produit cependant un effet secondaire. Non seulement Assad est éliminé, mais l'Iran perd probablement - ce n'est pas encore certain, l'Orient est compliqué et le Moyen-Orient encore plus - le droit d'utiliser la Syrie et donc le Liban pour menacer le Nord d'Israël. Enfin, cette perte de l'Iran est peut être seulement "une vue de l'esprit occidental" qui "aime" les choses rationnelles, celles qui ont une raison.

Derrière cet effet secondaire, on peut voir se dessiner deux futurs géopolitiques.

Le premier futur géopolique est celui des Israéliens. La grande victoire qu'ils emportent - grâce à Biden peut être - c'est qu'ils sont débarrassés de la présence "gênante" du Hezbollah iranien à leur frontière Nord. Mais, cette "grande victoire" pourrait ne pas en être une du tout. Dès le premier jour de son arrivée à Damas, le "lider maximo" islamiste, HTS, a déclaré sa sympathie pour le Hamas et ... pour le Hezbollah. Or, se tromper d'ami est caractéristique de la politique récente d'Israël. Peu après les accords de Camp David, les génies stratégiques de Tel Aviv - et peut être leurs parrains de Langley - ont joué le Hamas contre le Fatah. Résultat de quinze ans d'errance : le pogrom du 7 Octobre 2023. Le "coup de Damas" - je ne le souhaite pas - pourrait provoquer une catastrophe plus épouvantable encore. Dans quelques mois, dans quelques années.

Je vais m'égarer quelque peu dans les méandres de l'Histoire, mais les occidentaux - et les israéliens ne déparent pas la collection - ne comprennent rien à "la religion". N'importe quelle religion. Pour les occidentaux, "la religion" est une espèce de chose dégoutante, qui agrège des abrutis arriérés. Hier encore, des politiciens britanniques, empêtrés eux aussi dans l'invasion de l'islam qu'ils n'osent même plus désigner, s'intimaient l'ordre clair : "Block migrants from cultures with medieval attitudes to women" ... Leur répond l'effroyable éclat de rire de "la religion" ... Ils ne comprennent même pas ce qui les frappe.

Le second futur géopolitique est celui du conflit de quarante ans d'âge entre les Etats-Unis et la Russie nouvelle. Factuellement, la Russie est chassée de Syrie ou du moins, elle est contrainte de se chercher une base navale ailleurs. En Libye semble t'il. Et cette installation est presque aussi incertaine que la désinstallation de Lattaquié. Comment la Russie a t'elle pu se laisser entraîner dans une telle situation ? Une hypothèse, faite par certains analystes, serait que Biden aurait traité avec Poutine : "Tu nous laisses la Syrie et on laisse tomber l'Ukraine ..." En effet, la Russie a militairement et économiquement vaincue les occidentaux en Ukraine. Par contre, en Syrie, la Russie était entrainée dans le combat mortel entre l'Iran et Israël, lutte dans laquelle la Russie n'a aucun intérêt, sauf celui de gêner les américains.

Ici aussi, l'analyse est peut être "trop rationnelle", "trop occidentale" ... Mais, elle a le mérite d'être prédictive de ce futur qui, hélas devient de moins en moins incertain d'une période de guerres de plus en plus puissantes, en le parant de couleurs moins meurtrières.

Si la déflation de l'agressivité du monde moderne est hautement souhaitable, elle se heurte à deux grandes haines.

La grande haine numéro 1 est celle qui anime les musulmans à l'encontre d'Israël parce qu'il est "l'Etat juif". Or, ce que ne comprennent pas les occidentaux, c'est que cette haine n'est pas celle de l'Etat iranien contre l'Etat d'Israël, mais de tous les musulmans contre tous les juifs. Que ces musulmans soient chiites ou sunnites, wahabbites ou autres. Et ce que ne comprennent pas les occidentaux, c'est que cette haine des musulmans à l'encontre des juifs n'est rien en compraison de celle qu'ils vouent aux "chrétiens". Et le plus paradoxal encore dans cette affaire, c'est que les occidentaux n'ont pas plus la conscience d'être "chrétiens" que les israéliens d'être "juifs". Ils ne perçoivent donc pas cette haine musulmane. Les occidentaux imaginent avoir "calmé" la haine de l'Etat d'Iran contre l'Etat d'Israël. Or la grande haine n'est pas une affaire d'Etats. C'est beaucoup plus grave et les occidentaux, israéliens inclus, ne le comprennent pas.

La grande haine numéro 2 est celle qui anime les occidentaux à l'encontre des Russes, et la guerre d'Ukraine a augmentée cette haine au delà de tout. Cette haine est reconnaissable dans toutes les actions du régime ukrainien et de ses membres. Ce n'est pas une haine d'Etat. C'est une haine individuelle, viscérale, nourrie par les centaines de milliers de victimes infligées au régime de Kiev par les Russes. Cette haine va nourrir un terrorisme atroce des vaincus kiéviens à l'encontre des Russes. Et ce terrorisme sera alimenté et dirigé par les services spéciaux américains. Quelqu'accord de "cessez-le-feu" ou traité de "paix" qui seraient passés.

Mais cette haine "chaude" des partisans de Zelinskyy n'est rien en comparaison de la haine "froide" des occidentaux, polititicens et média confondus, à l'encontre de la Russie nouvelle. Avant l'attaque du 24 février 2022, cette haine occidentale était claire. Les politiciens et médias occidentaux la concentraient sur le personnage étonnant de Poutine. Mais, depuis cette date, les occidentaux ont compris qu'ils n'avaient de prise que sur une minorité de Russes, l'immense majorité adhérant, participant à la politique de Poutine qui a su depuis trente ans mobiliser leurs énergies. Le fondement rationnel de cette haine froide est le désir des américains de s'emparer des richesses naturelles de la Russie, dont Poutine les a écarté alors qu'ils avaient la main dessus ... Mais, il existe aussi un fondement irrationnel à cette haine froide, fondement qui provient peut être de querelles civilisationnelles, parfaitement identifiées par les Russes, beaucoup moins par les occidentaux.

En toile de fond, il y a peut être la question religieuse. Je n'en suis pas certain, pas convaincu. Mais elle est possible. L'athéisme des occidentaux, un athéisme exaspéré par la décadence, par une haine irrationnelle de la religion tandis que les Russes n'hésitent pas à exposer leurs religions. Et les occidentaux sont incapables de le comprendre, d'abord parce qu'ils méprisent "la religion", toute religion. Ensuite parce que la Russie de Poutine n'est pas seulement chrétienne. Elle est aussi étonnamment musulmane, juive et bouddhiste. Et beaucoup d'autres religions aussi, dont l'athéisme ... La Russie est à la fois multiculturelle, multiethnique et multireligieuse. Tout ce que l'occident prétend avoir réalisé et qu'il a raté.


Revue C-Politix (c) 8 Janvier 2025