Ukraine et Israël. Observations

Philippe Brindet - 12.01.2024

Deux conflits comparables

Ni l'Ukraine, ni la bande de Gaza n'ont reçue une déclaration de guerre en bonne et due forme. Formellement, il s'agit de quelque chose comme une opération de "police militaire" - une OMS - destinée à châtier quelques criminels. Les acteurs d'opération militaire spéciale sont respectivement la Russie et Israël.

Les Ukronazis se sont comportés à l'encontre des Ukrainiens russophones - à quelques degrés près - de la même façon que le Hamas s'est comporté à l'encontre des Juifs de Palestine. Et la réaction internationale depuis le début de l'opération militaire spéciale à Gaza ne traite pas vraiment de façon différente la République d'Israël que les Républiques de Lougansk, de Donetsk, de Zaporijzia ou de Kherson. Poutine est traduit devant la Cour Pénale Internationale tout comme Israël.

La technique d'opération militaire spéciale plutôt que la guerre

Très clairement, la Fédération de Russie laisse "traîner" l'état de guerre non déclarée depuis près de deux ans - et la situation pourrait ne pas changer avant longtemps. Israël est en opération depuis plus de trois mois et nul ne prévoit l'arrêt des opérations là non plus.

Ma première observation est que, au point de vue du droit, de telles "opérations militaires spéciales" sont difficiles. Malgré la propagande, je comprends que ces opérations permettent de modérer l'impact guerrier sur les populations civiles à la différence d'une guerre totale comme la mène les américains notamment. Je comprends aussi que l'opération militaire spéciale constitue une sorte de prise de l'initiative qui est destinée à immobiliser l'ennemi, souvent composé du barbare cause de l'initiative et de ses alliés poltrons, Ukraine et USA + Europe pour l'un, Autorité palestinienne et Etats musulmans pour l'autre. Mais, n'étant pas un spécialiste du droit de la guerre, je ressens quand même une impression pénible sur la cause de l'opération militaire spéciale. Historiquement, rien ne vaut mieux qu'une "bonne guerre" comprise nettement entre déclaration et traité de paix.

Cette opération militaire spéciale - telle que la pratique russes en Ukraine, israéliens à Gaza - ressemble à une fuite en avant inventée par le bloc américain avec le prétendu droit d'ingérence. Ici aussi, les militaires sont employés comme s'ils étaient des policiers pour rétablir "l'ordre". Il s'agit d'un emploi pervers du soldat.

L'OMS russe

Examinons à nouveau le cas russe. Imaginons qu'il ait pour objectif de détruire son adversaire selon la méthode de la "guerre classique". Le casus belli a été clairement identifié par Poutine dès le 26 Février 2022. L'adversaire de la Russie se révèle en ce qu'il opprime les minorités russophones d'Ukraine, qu'il développe une idéologie raciste, l'ukronazisme et enfin qu'il menace directement l'existence de la Russie en annexant l'Ukraine à l'Otan. Je sais que le régime de Kiev et ceux de Washington et de Berlin protestent contre la réalité de ce casus belli. Mais laissons le débat ici. Il est très rare que deux belligérants soient d'accord ...

La guerre au sens classique engagée par Poutine devrait avoir pour objectif de détruire le régime de Kiev et, très certainement, ceux de Washington et de Berlin. Il est évident que une telle guerre conduirait à une annihilation nucléaire.

La guerre classique n'est donc pas possible ici. Enfin, pas encore. La solution de l'opération militaire spéciale permet d'engager essentiellement des forces militaires sans trop de sévérité à l'encontre des populations civiles. Et deux ans de pratiques ont montré que la Russie parvenait à appauvrir les ressources militaires, financières, commerciales, industrielles - du moins pour le matériel militaire - des régimes de Kiev, de Berlin et même de Washington. Même les relations internationales du régime de Washington, le bloc le plus puissant de la planète, ont été considérablement perturbées et, probablement, pour longtemps. Il n'est pas sûr qu'une gruerre classique serait parvenue à un tel résultat en deux ans.

L'OMS israélienne

Examinons ensuite le cas d'Israël. La question de savoir si le lancement de son "OMS" a été prévu avant le 7 octobre 2023 reste ouverte. De nombreux observateurs ont trouvé étrange la facilité avec laquelle le Hamas a exécuté sa terrible razzia sur le territoire d'Israël même. Oe, on sait que le Hamas s'est implanté dans la Bande de Gaza avec l'aide clandestine des services spéciaux israéeliens il y a une dizaine d'années.

Je remarque que ceux qui s'enthousiasment sur la lutte du peuple palestinien derrière le Hamas, ou bien nient la réalité des massacres du Hamas du 7 octobre pour annuler la légitimité du "casus belli" israélien, ou bien la passe sous silence, ce qui a le même effet. Très étrangement, ce sont les mêmes qui conspuent le casus belli identifié par la Russie en Ukraine. Comme la guerre entraîne souvent la confusion, il faut indiquer ici que la Russie soutient la "lutte du peuple palestinien" ... Mais, l'Amérique soutenant Israël, la Russie mène une sorte de jeu macabre qui consiste à empirer la situation de son pire ennemi plutôt que de la favoriser.

Les Israéliens ont très clairement identifié leur adversaire : c'est le Hamas. Laisser subsister le Hamas, c'est entretenir une menace mortelle à l'existence d'Israël. "Du fleuve à la mer ...".

Mais outre le fait que la Bande de Gaza, ni le Hamas ne sont un Etat sujet du droit international, une guerre directe avec Gaza pourrait précipiter dans la guerre la majorité des Etats musulmans, et tout d'abord l'Iran de plus en plus redoutable militairement. Peut être à cause de l'assistance de la Russie, de la Chine et de la Corée du Nord ... Pour l'instant, l'Iran intervient indirectement avec les Houthis au Sud et avec le Hezbollah au Nord. Un engagement direct de l'Iran serait très désagréable pour Israël. Et pour ses seuls alliés, les américains.

Un autre élément rend l'OMS israélienne bien plus critique que l'OMS russe. Alors que l'armée russe parvient relativement à ne pas frapper la population civile ukrainienne, la distinction du peuple de Gaza avec le Hamas est probablement devenue, il y a déjà plusieurs années, impossible. Le Hamas a le pouvoir politique et le pouvoir religieux à Gaza, comme région exclusivement musulmane. Les jeunes gazaouites sont encadrés dès la naissance dans les organisations tenues par le Hamas et les gazaouites plus âgés, dépendent de l'aide internationale, distribuée exclusivement par ... le Hamas. Pour montrer l'intrication des "gazaouis" avec le Hamas, on peut rappeler que plus de 200 otages juifs ont été enlevés lors de la razzia du 7 octobre 2023. Beaucoup d'entre eux sont entre les mains, non pas de miliciens du Hamas, mais de simples particuliers gazaouites ...

Tsahal par son OMS aurait pour objectif de détruire les "cadres du Hamas" responsables de la razzia du 7 octobre. C'est ce qui donne le trait "police militaire" à son OMS. Mais, du fait qu'il n'existe pas que des cadres du Hamas parmi les responsables du 7 octobre, Tsahal doit aller plus loin ... Toujours est-il que, en trois mois, la "guerre" reste modérée hors de la Bande de Gaza, qui elle est totalement ravagée par les actions de l'armée israélienne.

Nous ignorons s'il existe encore une population gazaouite dans la bande de Gaza. Ni même si le but d'Israël est de la vider de toute population. Au nom de l'existence d'Israël. La guerre n'est jamais belle. Les Opérations militaires spéciales pas davantage.



Revue C-Politix (c) 12 Janvier 2024