Evaluation du conflit en Ukraine au début Octobre 2022

Philippe Brindet - 4 Octobre 2022

La Guerre en Ukraine est en état "indécis"

Lorsqu'on suit les média et les politiciens atlantistes, on est certain que Poutine a perdu la guerre qu'il a déclenché contre la libre Ukraine, que son armée se débande à gros bataillons, qu'il a des pertes énormes et qu'il est incapable de soutenir la logistique de sa campagne, etc. On en vient à se demander comment se fait-il que les "valeureux" Ukrainiens ne se trouvent pas encore aux portes de Vladivostok.

Lorsque l'on suit les informations russes et des russophiles, on est certain que tout se déroule selon le plan prévu, que les pertes de l'armée russe sont limitées et que celles des "bandits" ukrainiens sont énormes tant en hommes qu'en matériel. On en vient à se demander comment les Russes ont été conduit à se retirer de la région de Kiev, puis de celle de Kharkov, demain peut être de celle de Kherson.

Très probablement, ces deux points de vue sont faux. Mais au début du huitième mois de guerre - ou d'opération militaire spéciale - on peut reconnaître que la situation de la Russie n'est pas favorable et que celle des Ukrainiens ne dépend que des Américains et de leurs vassaux, probablement anglais d'abord, polonais ensuite.

A ce propos, on croit savoir que jusqu'à un niveau très bas dans le commandement, les opérations ukrainiennes sont dirigées par les militaires américains. On est certain que le renouvellement en armes et l'approvisionnement en munitions sont fournis par l'Occident et que ces deux ressources commencent à s'épuiser. Il semble que, sur le plan des munitions, les Américians soient en train de transformer leur économie industrielle en économie de guerre pour renforcer la production de munitions. Mais, le problème serait que les Ukrainiens ne sont pas entièrement au standard OTAN, de sorte qu'ils disposent encore d'armes au "format soviétique" qui vont devenir muettes.

A court terme, la situation militaire est donc indécise. Sauf que l'initiative revient actuellement aux Ukrainiens qui sont victorieux dans le région nord de Koupiansk - Lyman et dans la région sud de Kherson à partir de Mikolaiev. Du côté russe, il semble qu'il se soit passé des choses favorables dans la région de Zaporijjia plus "centrale", quasi "protégée" par la centrale nucléaire Ernogodar, et dans celle de Odessa, où les Russes auraient utilisés avec succès des drones suicide d'origine iranienne Shehab. Mais, on en sait pas trop ce qu'il s'est passé.

La mobilisation partielle des Russes ne sera pas efficace avant plusieurs mois et, sauf si l'état-major décide d'envoyer des troupes disponibles d'autres régions de Russie vers l'Ukraine, la situation reste difficile pour les Russes, sauf si "tout" se fige avec l'Hiver. Mais l'envoi de troupes russes en Ukraine dégarnirait des fronts menacés par les Américains notamment au niveau de la Finlande qui vient de passer à l'OTAN et des Etats baltes férocement anti-russes tout autant que les Ukrainiens. Et que les Polonais. Tous ces Etats ne rêvent que de se venger des 70 ans de soviétisme et de satisfaire la soif de chaos de leur suzerain américain.

La Russie et l'Europe ne veulent pas d'une extension de la guerre ukrainienne

On voit bien le problème de la Russie. Elle ne peut pas ou elle ne veut pas encore déclarer une vraie guerre à l'Occident. Probablement pour manque de moyens militaires. De fait, le format d'une "opération militaire spéciale" sur la seule région Est de l'Ukraine lui permet de confiner les occidentaux de l'OTAN en trafiquants d'armes pour le compte de l'Ukraine et "obligent" les Américains de rester dans les coulisses de l'état-major ukrainien. Mais, c'est une règle du jeu qui ne vaut que tant que les américains acceptent de la "respecter". Or, de telles règles du jeu, les Américains ne les respectent jamais longtemps. D'abord parce que la guerre n'est jamais un jeu. Ensuite parce que la stratégie des Américains, parfaitement identifiée par Poutine dans son dernier Discours du Kremlin du 30 Septembre 2022 [1], tend à démembrer la Russie par tous moyens.

La Guerre ? Les Européens sont strictement incapables de la soutenir, ni moralement malgré les éructations guerrières de leurs médias, ni matériellement. Leurs armées sont incapables d'une action de guerre. Les Américains ont perdu toutes les guerres qu'ils ont entreprises depuis 70 ans. Leur régime militaro-industriel est pourtant parfaitement adapté à n'importe quel format de guerre et c'est lui qui pousse à la guerre. Mais, la stratégie américaine se heurte aux civilisations qu'elle veut détruire. La raison est simple : l'Amérique n'est pas une civilisation [2].

Les extensions techniques possibles du conflit en Ukraine.

On agite beaucoup l'épouvante nucléaire. Beaucoup d'analystes l'estiment très surfaite. La Russie possèderait un arsenal nucléaire capable de "traiter" aussi bien l'Europe que les Etats-Unis. Or, de l'un ou de l'autre, les Etats-Unis ne veulent à aucun prix. Ils possèdent l'Europe tout autant - sinon plus - qu'ils possèdent le continent nord-américain. Ils y ont beaucoup investi et on peut estimer qu'ils ne veulent pas assister à la destruction de leur capital. La Russie est une cible évidente pour les ogives nuclaires américaines. Mais, la Russie est un immense territoire. Si l'armement nucléaire américain doit traiter intégralement ce territoire, il est certain que l'ensemble du globe en sera affecté. Et donc les possessions américaines.

L'emploi de l'arme nucléaire "stratégique" est donc improbable. Cependant, la présidence des Etats-Unis est déjà occupée par un homme en démence sénile. Et ce n'est pas une "vocifération à la Mao". C'est un quasi diagnostic médical. Si les Etats-Unis sont arrivés à un tel degré de déchéance politique, l'emploi stratégique de l'arme nucléaire n'est donc pas inimaginable. Non pas que Biden aurait l'initiative "d'appuyer sur le bouton", mais plutôt que les puissances obscures qui ont installé un homme à leur convenance sur le trône impérial de Washington en sont parfaitement capables.

On parle aussi de l'emploi de l'arme nucléaire "tactique". De puissance plus faible, ses destructions seraient au dire de ses concepteurs, beaucoup plus limitées. On a les tristes exemple de Hiroshima et de Nagasaki. Dans une confrontation Russie - Amérique, l'emploi tactique ne peut qu'être suivi de l'emploi stratégique. On est ramené au problème de l'arme stratégique.

D'autres menaces sont possibles : virologiques ou bactériologiques. On a de la peine à les imaginer. Mais, la récente pandémie de SARS-CoV-2 pourrait ressembler, dans une plus ou moins large mesure, à un acte de guerre virologique. Les Etats-Unis ne respecteraient aucune interdiction "morale" à l'emploi de telles armes qui pourraient être bien adaptées à la superficie de la Russie assez grande pour qu'on puisse l'isoler du reste du monde. Selon le Ministère russe de la Défense [3], depuis vingt ans, les Américains auraient déjà diffusées plusieurs "petites" épidémies dans le sud de la Russie depuis leurs "biolabs" d'Ukraine et de Géorgie.

Mais de tout cela, on ne peut que former des hypothèses. Le risque existe. A quel degré ?

Que vaut l'idée d'une opération militaire spéciale ?

Après 7 mois de guerre, l'opération militaire spéciale n'a pas encore atteint ses trois objectifs : détruire l'armée ukrainienne, protéger les populations russophones, écarter l'OTAN des frontières de la Russie [4]. L'armée ukrainienne a repris l'initiative, les populations du Donbass sont régulièrement bombardées par les Ukrainines, quand elles ne sont pas re-capturées par eux et jamais l'OTAN n'a été autant chez elle en Ukraine. L'opération miluitaire spéciale des Russes n'est donc peut être pas encore un échec, mais elle est dans une mauvaise passe.

La question n'est pas tant de savoir comment les Russes auraient dû s'y prendre pour réussir - le débat est ouvert en Russie pourtant - mais de savoir comment elle peut définitivement échouer ou définitivement réussir.

La tactique russe depuis le début consiste à ne pas s'accrocher en un point où l'armée russe et ses alliés subiraient trop de pertes. L'armée ukrainienne a travaillé à l'inverse en s'assiègeant dans des villes pour "fixer" le maximum de troupes russes. Cependant, depuis la fin Septembre, les Ukrainiens sortent de leurs retranchements et repoussent avec succès les Russes - d'autant plus que ceux-ci refusent de résister au-delà d'un certain prix.

Or, la tactique russe utilise de manière extensive l'artillerie et les missiles et réserve l'emploi des chars à la prise de villes. Le succès de l'artillerie russe est encore assez mal évalué. Il a été insuffisant pour anéantir l'armée ukrainienne sauf si tous ses soldats sont "polonais" maintenant, ce que nous ignorons. Il semble cependant que l'artillerie russe a besoin que soit formée une sorte de "poche à feu" pour détruire son adversaire. Lorsque cette condition n'est pas présente, comme dans le cas de l'offensive rapide et massive sur Lyman, il semble qu'elle n'a pas le temps de se concentrer sur l'adversaire. Les Russes vont probablement devoir mettre en place une nouvelle stratégie pour réaliser une contre-offensive. Les instruments pour cela comme l'aviation et les chars seraient fragiles à cause des missiles portés par l'infanterie ukrainienne.

Si une parade n'est pas trouvée par les Russes, ils vont devoir s'enterrer et résister à outrance. Il va leur falloir accroître les effectifs et faire admettre des pertes humaines aux peuples russes qui sont hétérogènes. Ce ne sera plus une opération militaire spéciale. Ce sera Verdun.

La question est donc de savoir si la condition essentielle de succès d'une opération militaire spéciale n'était pas la rapidité du succès. 8 mois ? C'est trop tard.


Notes et commentaires

[1] Lire dans la Revue C-Politix, 01.10.2022<, Le discours de Poutine du 30 Septembre 2022.

[2] Lire dans la Revue C-Politix, 03.10.2022,La vassalité de l'européisme.

[3] Lire dans la Revue C-Politix, 21.09.2022, Des informations concernant les biolabs américains en Ukraine.

[4] Lire dans la Revue C-Politix, 17.03.2022, La question russe. Observations françaises.


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