Géopolitique de l'Ukraine. La situation sur le terrain

Philippe Brindet - 14 Avril 2023

On a déjà donné quelques observations sur la guerre en Ukraine et sur la fuite de documents "secrets" provenant du Pentagone [1]. Du moins du secteur des armées américaines.

Une future offensive ukrainienne

Il existe des rumeurs d'organisation de plusieurs contre-offensives ukrainiennes. Elles semblent pour l'instant relativement limitées, du domaine du "détournement de l'attention de l'adversaire". On a noté des mouvements ukrainiens :

  • sur le secteur centre - sud de Zaporidja entre Kamyanske et Malynika ;
  • sur le secteur est- sud entre Marynka et Gorlova ;
  • sur le secteur est- nord de Kupiansk entre Lyman et Slatove.
  • On pourrait ajouter sur le secteur de Kherson, il y a eu fin mars et début avril quelques duels d'artillerie qui soutenaient l'idée d'une offensive ukrainienne dans cette zone.

    Ces préparations d'offensive ukrainienne ne semble cependant pas destinées à déboucher sur la grande opération de printemps. Selon des rumeurs issues des services spéciaux otaniens, il semble que Zelinsky soit devenu conscient que ses offensives seraient condamnées à échouer parce que l'armée ukrainienne est très éprouvée et qu'elle commence à manquer d'armes et de munitions. Mais ces "rumeurs" pourraient ausi bien être des "intoxications" des services ukrainiens et otaniens pour tromper la défense russe.

    Les assauts russes

    Pendant ce temps, sous les quolibets des média occidentaux (en France illustrés par LCI) qui estiment que la résistance ukrainienne les condamne à piétiner, les Russes entretiennent des avancées générales du front du Dombass et particulièrement sur les villes de :

    • Kupiansk
    • Terny
    • Dibrova
    • Bilohorivka
    • Artemiovsk ( dénommée Barmuk chez les Ukrainiens) avec une bataille terrible dans la ville et deux mâchoires lancées vers l'ouest par les troupes aéroportyées russes au nord et au sud de la ville ;
    • Adiivka avec la même stratégie qu'à Artemiovsk et ses deux mâchoires Nord et sud ;
    • Marinka ;
    • Vuledar où le front s'oriente de sorte que l'assaut russe est orienté vers le Nord et qu'il y piétine depuis deux mois au moins.

    Ce que l'on sait, c'est que la tactique russe conssiste à écraser les défenses ukrainiennes par de l'artillerie et des missiles avant de lancer de l'infanterie blindée. La tactique est donc très lente et soumise à la qualité du renseignement aérien, des drones notamment qui permettent de repérer les formations au sol. Les ukrainiens repèrent eux aussi les russes avec des drones et le combat pour abattre les drones de l'adversaire est aussi intense des deux bords. On sait que le renseignement satellitaire otanien ne fait pas défaut aux ukrainiens. A priori, le renseignement satellitaire russe est certainement performant aussi. Mais on ignore l'étendue des informations glânées de chaque côté. Par contre, il semble que si les ukrainiens manquent de munitions, l'artillerie russe ne manquerait ni d'obus ni de missiles.

    Que peut-il se passer les jours prochains.

    Le contrôle complet de la région de Artemiovsk par les russes leur ouvre la porte vers Kramatorsk et Izyum. Ce contrôle leur permet aussi d'écarter la menace de l'artillerie ukrainienne qui pilonne quotidiennement la ville de Donetsk. Deux autres fronts sont alors peut être réactivés celui de Zaporijia et celui de Kherson. Mais cela dépendrait de plusieurs facteurs :

    • l'épuisement de l'armée ukrainienne ;
    • la reconstitution d'une force russe reposée notamment formée sur les récents appelés ;
    • l'accroissement de l'effort militaire russe : on sait que la Russie vient de se doter d'une loi d'appel de militaires provenant du civil par infiormatique (courriels).

    A l'inverse, la poursuite de l'avance russe peut être remise en cause par le déclenchement d'une offensive ukrainienne majeure. Cette offensive serait d'une importance renforcée si :

    • l'Otan accroît ses livraisons d'armes et surtout de munitions ;
    • l'Ukraine lance une mobilisation générale avant la fin du printemps pour avoir le temps de former des troupes légèrtes pour une offensive d'été.

    On note que plusieurs sources indiquent que le régime de Zelinsky aurait discuté d'une telle mobilisation générale avec le Président polonais, dont l'Etat sert de plaque tournante pour les livraisons otaniennes à l'Ukraine. La Pologne fournit aussi des troupes au format OTAN à l'Ukraine et pourrait accroître son effort.


    Notes

    [1] Lire dans la revue C-Politix :

    Pour suivre l'avancée sur le terrain on s'est basé sur les analyses vidéo diffusées sur YouTube de Defense Politics Asia, de Free Russia Channel et de Weeb, et sur les analyses écrites de Edouard Husson sur le Courrier des Stratèges, de BigSerge et des rapports quotidiens du ministère russe de la défense.


    Revue C-Politix (c) 14 Avril 2023